AU DOCTEUR VALLANT
A Fontevrault, ce 9 janvier 1675.
Quoique je n'aie aujourd'hui qu'un momenl de loisir, je ne puis différer à vous témoigner la joie que j'ai que vous ayez enfin songea moi. Je vous ai cru à mon égard dans un piofond assoupissement, et la supérieure*, bien loin de vous justifier, m'a quelquefois mandé de petits mots qui m'ont confirmée dans celte opinion. Ouoi qu'il en soit, puisque vous êtes réveillé, je ne prétends plus vous faire de querelle ; je vous prie seulement de ne me plus lemeltre dans la même peine.
Puisque vous voulez que je vous mande ce que je pense des plaintes que madame la supérieure fait de vous, je vous avouerai sincèrement qu'elles ne me surprennent pas, par la raison qu'elles sont déraisonnables, et que je ne puis plus être étonnée sur son sujet que quand je la verrai s'accommoder d'un procédé droit et juste comme le vôtre. Je ne sais si la charité n'est point un peu blessée dans celte décision; mais comme je ne vous apprends rien de nouveau et que je connois votre discrétion, j'espère que ma sincérité en celte occasion ne sera point criminelle. 11 me semble que madame la coadjutrice n'épargne pas sa sœur plus que moi, lorsqu'elle dit qu'on trouble son repos, en conservant la vie d'une de ses religieuses. J'admire comment on peut faire parade d'une telle injuslice, et jevoudrois bien savoir en quoi la blesse l'absence d'une personne qu'elle n'aime pas,
» Bibl. imp. Mss. 17,048. Portefeuilles Voilant, t. V, fol. 85.
- Le mot est écrit en abrégé On voit, en se reportant au premier alinéa de la lettre du '27 septembre 1G7-2, qu'il s'agit ici de la supérieure de l'Abbaye-aux-Boi?, que l'abbesse de Fontevrault n'aimait pas.
ABBESSE DE FONTE YU.V Ull, ET DE SES AMIS. 125
lorsque sa conscience est à couvert par l'atteslation de plusieurs médecins de probité, si elle^ ne veut bien laisser croire à tout le inonde que c'est par malignité qu'elle souhaite son retour, et que le repos qu'on lui ôte, en procurant la demeure de madame du Mas à Sainte-Menehould, n'est autre chose que la priver du plaisir qu'elle prondroit à maltraiter cette pauvre fille.
Je suis naturellement si choquée des injustices que je m'emporterois encore davantage sur cette matière, si je ne craignois de vous trop scandaliser, et si on ne me lourmentoit pour envoyer cette lettre. J'attends avec impatience vos réflexions sur les livres dont vous me parlez, et je vous conjure, Monsieur, de vouloir faire tenir les lettres que je vous adresse pour madame de Montmartre et madame de Sablé.