A SEGRAIS
A Fonfevrault. ce 14 mai 1684.
Je suis très-aise, Monsieur, toutes les fois que je vous sais à Paris, parce que je crois que vous y êtes agréablement et que je vous trouve rapproché ; mais c'est un séjour de si peu de durée qu'on n'a presque pas le loisir d'y faire attention. Je suis bien touchée que vous ayez celle de m'écrire dans un temps qui vous doit paroitre si précieux; rien ne me prouve mieux qu'en effet j'ai toujours quelque part à votre amitié à laquelle je vous assui e. Monsieur , que je suis très-sensible. Vous pouvez juger combien je le suis aussi h une séparation aussi désespérée que la nôtre, et combien je trouve mauvais qu'étant destinés l'un et l'autre à vivre si loin du monde,
- La formule comme à la lettre n° 50.
* Bibl. imp. Mss. Fr. 24,991. Uttres de Gaigiiières, fol. 204.
nous ne nous soyons pas trouvés tous deux dans la même piovince.
.1 L'us un très-grand plaisir à trouver dans votre dernière loUre que vous songiez, madame votre femme- et vous, à lit' venir voir, et qu'il n'étoit pas impossible que cela n'arlivAt quelque, jour. Je vous laisse à penser comme je vous i\'(('vrois! mais je crois, après tout, qu'il seroit ridicule de e llatter de cette espérance. Je ne suis pas surprise de ce [uc vous me dites des sentiments de madame de La Fayette 1 mon égard ; elle m'en donne des preuves dont je ne pus louler, et c'est encore une des personnes du monde qui me ait le plus regretter mon exil. Je tremble pour M. son fils, :ar je connois son extrême sensibilité sur ce sujet; et, d'ailleurs, la foiblesse de sa santé ne pourroit plus résister à une violente affliction.
Je vous remercie des nouvelles que vous m'avez mandées. Vous n'êtes pas tombé dans le défaut de presque tous les ^ens qui écrivent, qui, en supposant qu'on est instruit de ;out, laissent les pauvres absents dans une ignorance entière» Vous avez peut-être tâté de ce procédé, et c'est ce qui vous 3mpêche de l'imiter. Pour la critique de Despréaux, je l'avois apprise d'abord sans m'en émouvoir, parce que c'est une :hose inévitable dont , par conséquent , on ne doit être ni •âché ni surpris. Je savois aussi que M. l'abbé Testu l'avoit condamnée, et que tous les honnêtes gens avoient suivi son îxemple. Si on ne vouloit être content de soi que lorsqu'on seroit approuvé de ces deux messieurs, il faudroit renoncer k ce bonheur, et il me semble qu'il n'y a rien qui condamne k une si dure soumission ^
* Claude Âcher du Mesnilvité, cousine de Segrais. Elle était riche, it ne voulut épouser que lui, quoiqu'il fût sans biens. Ils s'étaient mânes en 1676.
' Ces deux messieurs étaient Racine et Boileau ; Segrais ne les ai-
IfiG LETTRES DE GABRIELLE DE RuCllECIIOUAKT
Je VOUS demande, Monsieur, la continuation de voire amitié, et je vous prie d'être toujours très-assuré de la mienne. Ma sœur de l'Hôpital vous fait mille compliments. Je ferai faire les vôtres à madame de Belin , qui est à une lieue d'ici pour prendre Tair, dont elle se porte mieux, grâces à Dieu î