AUX COUVENTS DE L'ORDRE
A Fontevrault, ce 5 juin 1684.
Chères filles et bien-aimées religieuses, si la loi de Dieu n'a été écrite sur des tables de pierre que depuis qu'elle a cessé d'être gravée dans les cœurs des hommes, et si quelques Pères de l'Église reprochent aux chi étiens de leur temps le besoin qu'ils ont des saintes écritures comme un effet de
* Arcbives départementales de l'Aube, liasse 444.
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eiir endurcissement et de leur dépravation, que vous dions-nous de ce qu'ayant entre vos mains la même écriture, ttlie règle, et une infinité d'ordonnances de vos supérieures, {ui ne tendent qu'à vous expliquer l'une et l'autre, vous i'tes néanmoins si négligentes, non-seulement de pratiquer, inais encore de lire des instiuclions si nécessaires à votre ';alut?
Nous ne prétendons point vous charger d'ordonnances louvelles, et nous rcconnoissons avec joie que quelques-unes il' nos connnunautés pourroient, par leur bonne conduite, ions dispenser entièrement de ce soin. Nous conjurons celes-là, qui par malheur sont en petit nombre, de remercier >i(ui lorsqu'elles trouveront ici des règlements qu'elles praiquent déjà, et de prier pour leurs sœurs à qui ces dits relit inents peuvent être nécessaires, au lieu de publier avec uni mure qu'on leur fait des lois inutiles, et d'anéantir par
; orgueil tout le mérite de leurs bonnes actions.
<'omme on n'avance rien, dans la guérison des maladies, (il <qu'on ne les combat que dans leurs effets, et qu'on ne
liUache pas à en détruire la cause, nous travaillerions aussi iiulilenient pour le bien de notre saint Ordre, si nous conr! liant de vous recommander l'esprit de retraite, le silence, assiduité au chœur, la modestie et l'uniformité dans vos laliits, l'union, la paix et toutes vos autres obligations, loiis ne vous découvrions encore la source des fautes que eus commettez contre ces devoirs si essentiels à votre tat.
Huand nous examinons la conduite des monastères bien ■è-lés, nous y remarquons trois maximes inviolables, qui ont visiblement les gai diennes de la régularité :
1' Les sorties entièrement interdites ou très-rares, et accompagnées de toutes les précautions qui peuvent en diini- 'luer le péril ;
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S*" Les parloirs fermés de bonne heure et trop austères pour attirer les gens mal intentionnés;
ô^ Les directeurs en petit nombre, choisis par un sage supérieur, et non pas par l'inchnation naturelle des particulières, et ces mêmes directeurs occupés uniquement du salut des âmes, évitant avec soin de s'attacher aux personnes, (pie, pour cela, ils ne voient que rarement, et avec une extrême circonspection.
Voilà ce qui forme et entretient ce grand nombre de religieuses que l'Église regarde avec joie, et tout le monde avec admiration, et c'est aussi par les trois désordres opposés que les personnes qui veulent allier l'esprit et les manières mondaines avec le nom et l'habit religieux font un composé monstrueux que l'Église désavoue, et que le monde rejette avec autant d'horreur que de moquerie.
Vous trouverez dans cet exposé la source des plaies dont le relâchement a affligé notre saint Ordre, et un moyen général de les guérir, à quoi nous ajouterons quelques considérations parlicuhères dont nous souhaitons ardemment que vous receviez quelque utilité.
]'' Que ces sorties si fréquentes et si peu mesurées, outre le tort notable qu'elles font à nos consciences et le mépris qu'elles nous attirent de la part des séculiers, ne nous déhvrant point pour toujours de la profession dont elles nous dégoûtent, nous laissent une amertume dans le cœur, capable de nous rendre malheureuses pour toujours;
2^ Que cette liberté d'aller au parloir et d'y demeurer tard est cause ou tout au moins l'occasion prochaine des attachements criminels, et le fondement inévitable de plusieurs discours et jugements scandaleux qui se font de nos maisons; que, par là, le silence est aboli, le service divin négligé, les prières accompagnées d'une foule de distractions, les secrets du cloître livrés aux personnes du siècle
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qui en font toujours un mauvais usage, et enfin vos biens temporels dissipés dans le dehors, pendant que vos bâlimcnls demeurent sans réparations, et vos personnes dans l'indigence de plusieurs choses nécessaires;
5*^ Que celte multiplicité de directeurs introduisant dans vos monastères des opinions et dos maximes différentes, ruine entièrement la subordination et la charité ; que, par là, vos conmuuiautés, qui devroient être des sociétés douces et paisibles, deviennent des assemblées tumultueuses qui ne travaillent qu'à s'inquiéter et à se détruire, d'où s'ensuit infailliblement la ruine du recueillement et du bien temporel, car ces directeurs se succédant toujours les uns aux autres, ne vous laissent jamais sans distractions par leurs entretiens continuels, et sans dépenses extraordinaires par l'attachement que vous avez à les bien traiter.
Nous vous ordonnons donc de tout notre pouvoir de vous réformer très-soigneusement sur ces trois chefs, vous soumettant avec docilité aux moyens que nos vicaires vous fourniront pour parvenir à ce but, en quoi ils agiront conformément à nos boimes intentions, et au besoin des lieux qu'ils pourront connoîlre pendant l'acle de leur visite.
Nous confirmons les ordoimances de feu Mesdames les abbesses, de nos dits vicaires et les nôtres précédentes, vous enjoignant d'en lire tous les mois en chapitre quelque partie, en sorte que vous les puissiez toutes parcourir dans le cours de chaque année. Nous vous exhortons aussi de tout notre pouvoir à la lecture fréquente de notre sainte règle, dans laquelle vous trouverez des instructions de tout ce que vous devez faire, et un sujet légitime de vous humilier par la piodigieuse différence que vous remarquerez entre vos obligations et vos prati'iues.
Nous avons honte de défendre aux mères officières de s'approprier ou de gratifier leurs parentes et amies des biens
de la religion qui leur sont confiés, nous semblant que cet abus si incompatible avec une conscience et une probité même médiocre, ne devroit seulement pas être connu parmi des personnes de naissance, et qui de plus sont religieuses. Mais, comme nous ne savons que trop qu'il a pris de profondes racines dans quelques-uns de nos couvents, nous ne pouvons éviter de le condamner ici comme un larcin d'autant plus criminel qu'il s'attaque au bien de la religion, et qu'il est commis par des épouses de Jésus- Cbrist, de qui ce divin époux exige une fidélité scrupuleuse. C'est tomber dans le même désordre que de prétendre bériter les unes des autres, sous prétexte de parenté ou de quelque autre liaison.
Nous ordonnons aux mères offîcières d'écrire elles-mêmes leurs comptes, et d'y marquer avec simplicité et sans détour ce qu'elles auront reçu et dépensé ; elles ne sauroient éviter avec trop de soin de confier aux gens d'affaires les titres et papiers des maisons, et on a là-dessus plusieurs fâcheuses expériences.
Nous ordonnons qu'il y ait toutes les nuits une lampe allumée dans chaque dortoir. En négligeant ce devoir de charité et d'humanité, on se rend coupable de plusieurs accidents, auxquels on ne peut quelquefois remédier faute de lumière.
Nous recommandons aux mères portières de ne confier jamais leurs clefs à personne, et de ne point ouvrir les portes sans être accompagnées d'une de leurs aides.
Nous vous défendons les médecins, chirurgiens et domestiques de la religion prétendue réformée ; il seroit insupportable que ces hérétiques fussent reçus favorablement dans les maisons religieuses, pendant que le roi travaille avec tant de zèle et de succès à en purger son royaume.
Ayant appris que, dans quelques rnonastèresoù l'on souffre
que les religieuses ombrassent leurs parents à la porte, ces mêmes parents se glissent souvent par surprise dans l'intérieur des maisons, nous nous croyons obligée d'ôter l'occasion de ce désordre, en défendant que les portes soient jamais ouvertes pour ce sujet, que le mauvais usage a rendu criminel et illégitime.
Les reliccieiises qui, dans les retraites spirituelles, se dispensent de l'assistance au chœur pour vaquer à quelques dévotions particulières, sont dignes du reproche que Xolre- Seigneur faisoit aux pharisiens, sur ce qu'ils négligeoient les commandements pour s'attacher à leurs traditions.
Il y a plusieurs choses sur lesquelles il seroit à propos de vous parler, que nous omettons néanmoins, les ayant trouvées fort au long dans nos dernières ordonnances que vous devez lire et observer comme celle-ci. Nous y renvoyons pareillement nos chers et bien-aimés religieux, nos pères confesseurs, sur les articles qui les regardent, et entre autres ceux qui leur défendent les chevaux en propre, les voyages inutiles et indépendants des mères prieures, et les entretiens trop fréquents aux parloirs. A quoi nous ajoutons que c'est contre nos lumières et presque par force que nous tolérons les pensions qui leur sont données pour leurs habits, et que nous souhaiterions ardemment que leur désintéressement d'une paît, et de l'autre la justice et l'honnêteté des mères officières, les remit à cet égard dans l'usage plus conforme à notre sainte règle.
Nous prions Dieu de tout notre cœur de vouloir vous inpirer des sentiments équitables sur le sujet de nos dits pères confesseurs pour lesquels vous faites paroître presque toujours, ou un éloignement qui tient de la haine, ou une affection déréglée. Et ce qui est étonnant, c'est que ces deux choses si contraires subsistent souvent dans le même monastère, qui se trouve déchiré par cette division, et dé-
tourné de la piété par le même moyen qui devrcit l'y conduire. On ne sauroit trop déplorer ce désordre et on iroit trop loin si on entreprenoit d en spécifier toutes les suites funestes; elles ne sont que trop publiques dans le monde par les discours que vous faites sur ce sujet à vos parents et amis, avec une imprudence et une exagération si grande, qu'ils n'ont que faire de leur malignité naturelle pour en tirer des conséquences pernicieuses. ji
Voilà, mes chères filles, ce qu'un véritable désir de votre iJ salut et de votre repos nous a inspiré de vous prescrire; nous vous conjurons parle même motif de vous y soumettre avec sincérité, et d'être persuadées que nous vous aimons avec toute l'ardeur et toute la tendresse à laquelle notre charge nous obhge -.