A SEGRAIS
A Fontevrault, ce 8 juillet 1080.
Je vois par tout ce que vous prenez la peine de me mander, Monsieur , que vous avez pénétré tout ce qui peut augmenter la douleur de ma famille ci la mienne particulière dans la perle que vient de faire mon neveu deTliianges-. Je suis aussi irés-persuadée que vous y êtes sensible, et celte assurance me donne beaucoup de consolation. C'est un grand secours de penser que nos amis prennent part à ce que nous souffrons, mais c'en seroit un encore plus grand de les pouvoir entretenir en ces tristes occasions.
Je vous assure, Monsieur, que je vois toujours avec une extrême douleur la séparation où nous sommes, apparemment pour toute notre vie. Si vous pouviez vous résoudre au moins à la visite que vous avez quelquefois la bonté de projeter, vous adouciriez un peu cette peine. Je vous supplie de gagner madame votre fennne là-dessus et de lui faire bien des compliments et des amitiés de ma part. Je n'envisage point que je puisse aller à Paris, et il est bien certain 5que je n'irai jamais sans une vraie nécessité, qui est une chose assez rare.
.l'enverrai cette lettre par la voie que vous me marquez, et je serai fort aise de recevoir un peu plus souvent des vùlres.' Surtout, Monsieur, continuez-moi l'amitié que vous
' Bibl.inip. Mss. Fr. 24, 991, fol. 215.
- Probablement la mort de sa première femme, Anne-Claire-Tliérèse 'le la Chapelle.
m'avez promise. Je vous assure que celle que j'ai pour vous, et sur laquelle je me flatte que vous comptez, durera autant que ma vie.