‹ Gabrielle de Rochechouart de MortemartChapitre 56 sur 136 · MADAME DE MONTESPAN A HUET, ÉVÉQUE DE SOlSSONS · texte numérisé non relu

MADAME DE MONTESPAN A HUET, ÉVÉQUE DE SOlSSONS

On est bien heureux, Monsieur, quand vous prenez une cause sous votre protection. Ce que vous m'avez dit surl'é-

* Bibl. Sainte-Geneviève. Mss. ]J. [1-, fol. 691.

* Bibl. iinp. Mss. S. F. 5,27-2. Correspondance de Iluef, t. I.

« Celte lettre n'est point autographe. L'original fut sans doute adressé à Huet. qui l'a fait imprimer sur un quart de feuille, sans date ni suscri ption ; il a seulement écrit en tète : Lettre de madame de Montespan. Elle se trouvait au commencement du portefeuille des lettres aulo-

criture m'y a fait trouver des inêriles dont je ne m'étois jamais aperçue, J'avols toujours cru que la vivacité de la converialion et le plaisir de voir naître les pensées le devoit emporter sur le froid d'une lettre qui peut être faite avec un grand loisir, et dont les déguisements ne peuvent être découverts par les mines, ni les secours * par aucun témoin. Mais ce que vous m'avez dit m'a bien fait changer d'avis , vous m'avez fait trouver la conversation grossière, trompeuse et dangereuse ; l'on s'y emporte souvent à dire des choses contre sa pensée; l'avis des autres nous entraîne ou nous l'évolte; nous parlions selon ce qu'on nous dit, et point selon les véritables sentiments de notre cœur. On se fait par là des eirnemis de g-Mis à qui l'on ne veut aucun ninl ; on laisse ent'Midre des choses si précieuses qu'elles perdent de leur mérite en les livrant aux témoins que l'on a souvent sans les connoîlre. Un ton plus haut nous coupe la gorge dans les affaires de conséquence, et la timidité nous ôte quelquefois tout le mérite d'une jolie pensée, parce qu'elle n'est pas prononcée agréablement.

L'écriture met à couvert de tous ces inconvénients; elle fait en même temps la sûreté de ceux qui écrivent et le bonheur de ceux à qui l'on écrit. On s'explique avec confiance, parce qu'on n'est entendu que de celui de qui on

graphes de iriesdames de Montespan et de Fontevrault. Coniine nous ne présumons pas qu'elle soit connue, malgré ce que nous venons de dire, nous la joignons à cette collection dont elle fait réellement partie. Il est cependant à présumer quelle a été retouchée par Huet, ou dictée à sa sœur pnr l'abbesse de FonLevrauU ; car on verra que les lettres suivantes de madame de Mjntespan ne se ressentent nullement de celte pureté de diction. » Sole de I^diicht d'Aniz-y. auleur du recueil auquel la lettre est empruntée.]

J'avais publié cette lettre et celles portant les numéros 55, 56, 57 et 58 dans Madame de Moutespan et Louis XIV J'estime également qu'elle a été dictée par labbesse de Fontevrault, et c'est pour cela que jai cru devoir la reproduire ici.

* Sie dans la copie .

veut l'être, et ce qu'on dit lui devient mille fois plus agréable par Tassurance qu'il a de ne le partager avec personne. Mais ce qui donne, à mon sens, l'avanlage tout entier aux lettres sur la conversation, c'est qu'elles ne vous donnent pas seulement des paroles que le vent emporte et que l'air dissipe; elles rendent les pensées vii>ibles et aussi durables que le papier même à (pii on les confie. On a la joie d'y reconnoitre la mani de la personne qui nous écrit, de la suivre dans toutes les lignes où elle a jtassé. On recherche jusque dans la manière dont les caractères sont tracés, ce que les termes les plus vifs ne sauroient jamais bien faire senlir.

Vous voyez, Monsieur, que j'ai assez bien profité de vos instructions, et j'espère que vous vous en apercevrez encore mieux, dans la suite, par la régularité que j'aurai à entretenir le commerce de lettres que je commence aujourd'hui avec vous.

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