A SEGRAIS
A Fontevrault, ce 15 février 1G89.
J'avois espéré. Monsieur, que vous me donneriez quelque marque de souvenir au commencement de cette année, mais je vois bien qu'il faut que ce soit moi qui vous réveille. Je n'ai pourtant garde de croire que vous m'avez oubliée; j'en serois trop affligée, et il me semble aussi que nous ne devons jamais former de soupçons l'un de l'autre; mais je ne puis m'empêcher de sentir de temps en temps que notre commerce est trop rare, et de vous en savoir un peu mauvais gré. Je vous demande donc de vos nouvelles, Monsieur, et je vous apprends que les miennes sont bonnes, grâces à Dieu. En disant que je me porte bien, je dis toutes mes nou-
* Bibl. imp. Mss. Fr. 24,901, fol. 221.
velles, car ma vie est si unie qu'il suffit d'en avoir été instruit une fois pour la connoîlre toujours. Vous me direz peut-être la même chose de votre fortune, et si vous en êtes content, il ne faut pas regarder comme un malheur qu'elle demeure toujours au même état.
Je crois, Monsieur, que madame de La Fayette vous aura témoigné l'envie que j'ai de revoir votre petit opéra, que le Roland-, qui se publie à l'heure qu'il est, fait admirer de nouveau à ceux à qui vous l'avez fait voir. Si vous voulez bien m'en confier une copie, madame de La Fayette me la pourra faire tenir très-sûrement, et je vous promets d'être fidèle jusqu'au scrupule à n'en faire que l'usage que vous me voudrez prescrire. Vous pouvez certainement compter là-dessus.
Je vous supplie de faire mes comphments à madame votre femme, et d être peisuadé qu'il ne se peut rien ajouter àl'estime et à l'amitié que j'aurai pour vous toute ma vie.