‹ Gabrielle de Rochechouart de MortemartChapitre 60 sur 136 · A DANIEL HUET · texte numérisé non relu

A DANIEL HUET

A Fontevrault, ce 9 septembre 1089.

Vofre réponse à la leltre de pièces rapportées est un vrai chef-d'œuvre*. Vous ne sauriez croire combien nous l'avons lue et admirée. Nous commencions à nous impatienter de ce qu'elle ne venoit point, et nous aurions été encore plus en peine si nous avions su que c'étoit une indisposition qui vous empêchoit d écrire. Je prie Dieu (jue vous en soyez bien quitte. Il faut vous éclaircir sur les deux écritures que vous n'avez point connues. La première est de ma cou^ine de Montpineau, novice, et l'autre de ma sœur de l'Hôpital, sur laquelle il est honteu.x que vous ayez été en doute.

Mademoiselle de Tonnay-Cliarente^dit que vous lui dites de jolies choses, mais que vous ne répondez pas à ce qu'elle vous avoit mandé; cependant vous devez être conlent de vous, car vous vous êtes tiré à merveille de celte affaire. Je voudrois pouvoir espérer que toutes celles où vous avez part auront un aussi heureux succès.

La mort du pape* me donne sur cela quelques inquiétudes^, quoique niaâame de Montespnn soit persuadée qu'il se passera encore plusieurs mois avant que toutes choses soient entièiement réglées, quand même il se feroit une élection toile que nous la pouvons souliaiter, ce qui est douteux. Il ne faut donc pas perdre espérance ; et, quoiqu'il

* Bibl. imp. Mss. S. F. 5, 272, t. I.

* La letU'e de pièces rapportées ne contient qne quelques lifrnes de l'abbesse de Fontevrault. Je lai égalcnieni publiée dans Madame de Montespan .

^ Marie Elisabeth de Rochechouart, une des cinq filles du duc de Vivonne.

* Innocent XI. mort le 20 août; il eut pour successeur Alexandre VIL

3 La cour de Rome n'avait pas encore expédié les bulles pour l'évêché de Boissons.

arrive, vous faites toujours très-bien de faire entrer dans la négociation qui se traite, une circonstance qui peut être utile partout, et qui seroit d'une bienséance merveilleuse dans le poste de XQ'YTU ^ Vous êtes bien sage de voir avec joie que celui que beaucoup de gens vous destinoient soit rempli par un autre. C'est en effet un bonheur, mais l'opinion du monde qui l'emporte d'ordinaire sur la vérité en décideroit autrement. J'ai reçu votre lettre adressée aux Filles- Dieu, et j'y ai répondu. Le Journal des Savants m'a aussi été envoyé de la part de l'abbé Tallemant'. Pour l'affaire de ma sœur de Brielles, j'avois déjà ordonné à mon vicaire de La France d'en prendre connoissance. Il est inouï qu'une religieuse soit sans obédience ^ et il faut que celle-là soit folle, aussi bien que sa mère, pour faire de pareilles choses. Elle rentrera à Foigny ^ qui est son couvent de profession; ainsi je n'en serai guère importunée. Je vous envoyai dernièrement une lettre pour madame de Charenton", que je crois que vous aurez eu la bonté de faire tenir. La pauvre Couperette auroit grand besoin de votre protection, à l'heure qu'il est; ses affaires empirent tous les jours et la résolution est prise de la laisser cet hiver avec les sœurs de la Sainte- Famille, pour être instruite et veillée de près. Elle en a grand besoin, et elle est si menteuse, que, malgré votre recommandation, je suis forcée de convenir de son tort.

Nous avons été effrayées ces jours passés de ce qui est arrivé en Flandre, où vous savez que M. du Maine a été exposé comme un volontaire.

Il y a dans notre voisinage deux abbayes de filles, dont

^ On cherche en \ain la signification de ce mot mal reproduit sans doute par les copies.

' Paul Tallemant, né à Paris le 18 juin [Qi-2, mort en 1712.

* C'est-à-dire qu'elle soit sortie sans permission.

^ Diocèse de Laon .

10 Vraisemblahlement Tabbesse d'un couvent situé à Charenton.

l'une est vacante, ot l'autre en soupçon de vaquer bientôt par la démission de Tabbesse. Nous travaillons, ma sœur et moi, à faire avoir l'une ou l'autre à ma nièce de Mortemart. Si la cbose réussit, vous croyez bien que je vous en informerai promplemenl, puisque je ne vous laisse pas même ignorer la négociation. M. l'archevêque de Tours *^ a sollicité le Père de La Chaise, sans en être prié ; on ne peut rien ajouter à rhonnêtetè de son procédé en cette occasion.

Je vous mande sans ordre tout ce que votre lettre et ce qui se passe ici me fournissent, parce que j'écris fort à la hâte et que j'ai envie de ne rien oublier. Toute la maison vous fait, Monsieur, mille compliments. Vous jugez bien que votre leltre a été fidèlement rendue à la Cossonniére^*.

10 septembre. — Cette leltre ne partit point mercredi, parce que je ne songeois à rien ce jour-là qu'à regretter le départ de ma sœur. La veille, nous ne nous doutions pas Tune et l'autre de cette séparation; au contraire, les nouvelles de l'armée et celles du voyage de Fontainebleau pour le mois d'octobre avoient reculé celui de ma sœur jusqu'à ce moment-là; mais mademoiselle de Blois eut le même soir un mal de tête accompagné d'étourdissemenls dont nous fûmes si démontées, que nous conclûmes qu'il falloit la mener promptement en lieu où l'on eût le pouvoir de la traiter de tous ses maux bizarres. Celui-ci disparut aussitôt que la colique ; elle passa bien la nuit, et les gens qui sont venus m'apprendre de ses nouvelles de dessus la route, m'ont assuré que le mieux continuoit. Cette brusque séparation, fondée sur un sujet d'inquiétude, m'a causé un saisissement dont je ne suis pas encore revenue. L'abbé Genest ^^

*' Claude de Saint-Georges, archevêque de Tours de 1687 à 1695 : nommé, à cette épo(]ue, archevêque de Lyon.

*j Commune de Pontvillain, Sarlhe. A qui appartenait le château?

*^ Charles -Claude Genest, abbé de Sainl-Vilmer. Voir leltre n" G2, p 205, note 2.)

m'est demeuré pour huit jours; sa conversation et la lecture que je lui fais faire de ses ouvrages et de quelques autres livres conlribueront à me remettre peu à peu de l'ennui où un si grand changement de vie m'a jetée.

Je viens de recevoir une de vos lettres à laquelle je ne répondrai autre chose pour celle fois, sinon que vous avez trè<-mal fail de ne pas lire enlièremenl celle que j'écrivois à madame de Charenton; vous y auriez trouvé des choses sur votre sujet, qu'il esl trop grossitr'r de dire en face, et dont je suis pourtant fort aise que vous me sachiez persuadée. Je veux croire que vous le savez par ailleurs; sans cela, j'aurois de la peine à vous pardonner votre discrétion.

J'envoie votre leltre à ma nièce Tonnay-Charenle, qui, selon mes souliails, est avec madame de Moiitef-pan, dont l'absence ne laisse pas de m'être fort pénible.

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