A LOUIS XIV
A FonteNTault, ce 20 septembre 1690.
Siro, je suis bien malheureuse de ne pouvoir rendre me devoirs à Votre Majesté dans les temps mêmes les plus des tinés à la joie, sans èlre forcée à la fatiguer de mes affaires Quelques fâcheuses qu'elles soient, elles ne m'empêchen pas de ressentir vivement un aussi grand bonheur que celu de savoir Votre Majesté dans une santé parfaite; mais elle; me mortifient beaucoup en me mettant dans la nécessité d< vous être importune.
Votre Majesté est instruite de celle dont il s'agit présentement et sur laquelle je garderois le silence, après ce qu( madame de Maintenon a pris la peine de me mander , si je n'étois engagée indispensableme.it à faire tous mes effort? pour garantir mon Ordre du malheur qui le menace, h n'en parle point, Sire, avec exagération. L'affaire n'est rien pour M. l'archevêque de Reims, mais c'est tout pour nous, puisque nos privilèges ont une telle liaison, que s'il y en a un seul entamé, on peut compter qu'ils le sont tous. Comme c'est l'autorité qui les a établis et maintenus depuis six cents'; ans, il n'y a que cette voie qui puisse les défendre. L'édit de 1695 n'y fait point de tort particulier; ils éloient aussi en danger en 1687, lorsque M. de Reims les attaqua pour la première fois. Votre Majesté sait bien que j'eus l'honneur de lui représenter alors que je fuyois un jugement réglé qui nous seroit toujours contraire, et que rien ne nous pouvoit mettre à l'abri que la même protection qui m'avoit déjà sauvée de M. de Poitiers. Vous m'honorâtes de cette protection, et vous voulûtes bien ajouter à une grâce si considéra-
^ Dibl. iinp., département des imprimés. Mss. (Copie). H. 1529.
le celle de m'assurer par une lettre que, pendant votre reine, on ne feroit aucun tort à nos droits. ! Ne puis-je donc espérer, Sire, et prendre la liberté de jous conjurer par la gloire de ce règne dont la puissance se lit sentir présentement par des effets si doux, qu'il plaise i Votre Majesté d'étendre la paix jusque dans notre Ordre, t de m'épargner la cruelle morlification de voir périr enre mes mains des privilèges qui ont subsisté pendant tant e siècles? Cette décadence s'attribneroit à mon indignité ersonnelle, qui en effet auroit dû l'attirer, si Votre Majesté, n m'élevant à une place si au-dessus de moi, n'avoit bien oulu suppléer à tout ce qui me manque pour la soutenir, e n'est que par là que j'ai conservé jusqu'ici ce que j'ai eçu des princesses à qui j'ai l'honneur de succéder, et si ce ecours me manque, il est impossible que j'évite la honte ont Votre Majesté s'est en quelque façon engagée de me arantir. Je n'éviterois pas non plus un malheur plus essenlel, qui seroit de perdre l'estime et la confiance des peronnes que je gouverne, et ainsi de ne pouvoir plus les onduire avec succès. J'ai si souvent importuné Votre Maesté des autres raisons qui appuient nos privilèges, que je leles répète point ici, sans compter que celle (ce me semle) qui les comprend toutes, est cette autorité des papes et les rois qui, ayant établi et soutenu, pendant six cents ans, es mêmes privilèges, les doit faire supposer justes et leur lonner assez de poids pour n'être pins exposés à l'examen t aux attaques de MM. les évêques, ni soumis à la justice rdinaire.
J'aurois fort souhaité pouvoir représenter tout ceci in peu de mots, mais je n'ai pu éviter de faire une longue etlre. Je vous supplie très-humblement de me le vouoir pardonner et de me faire l'honneur de me croire, avec out le profond respect et tout l'attachement que je dois,
Sire, de Votre Majesté, la très-humble, très-obéissante (| très-obligée sujette et servante. '
61. — MADAME DE MAINTENO>" A LABCESSE DE FONTEVRAULI A Saint-Cyr, ce 17 décembre 1698.
Il m'étoit revenu par plusieurs endroits, Madame, qu;| vous étiez contente de moi, et l'assurance que vous voule j encore m'en donner vous-même me fait un sensible plaisir Cependant, Madame, je n'ai pas fait tout ce que j'auroi voulu, ayant à me partager entre plusieurs personnes dan un temps où je n'étois occupée que devons. Je suis ravie d ce que vous me dites sur madrime la duchesse de Bourgogne mais comme l'amour est ingénieux à se faii e des peines, j m'en fais une de ce qu'on voudra vous croire piévenue, e par là douter de ce que vous direz à l'aimable princesse à qu vous plaisez autant, Madame, qu'elle vous plaît. Elle a sent votre mérite, et me dit : « Ah! que je m'accommoderoisbiei de votre abbesse ! » Enfin, Madame, il n'y a pas jusqu" Abner - qui vous trouve fort aimable ; j'avois ppnsé à vous 1 prêter, afin qu'il vous formât une troupe à Fontevrault, qu fit quelquefois pleurer madam.' de Montpineau. Vous pouve disposer, Madame, de tout ce qui est en mon pouvoir, e vous seriez très-injuste si vous ne comptiez pas sur mo comme sur une très-sincère et très-humble servante.
Je vous supplie, Madame, d'assurer madame de Montes pan des sentiments que vous avez vu que je conserve poui elle; je ne l'uis jamais cesser de m'iatéresser à tout ce qu
* Correspondance générale de madame de Maintenon, t. lY, p. 26/ — Manuscrits fies Dames de Saint-Cyr.
- Le comte d'Aven, qui jouait dans Athalie avec sa femme et la duchesse de Bourgogne.
a touche, depuis les plus grandes jusqu'aux plus petites hoses.