‹ Gabrielle de Rochechouart de MortemartChapitre 65 sur 136 · C2. — A SEGRAIS · texte numérisé non relu

C2. — A SEGRAIS

A Fon'evrault, ce 51 jonvicr 1699.

Il faut toujours que ce soit moi qui rompe le silence; cela ie fail craindre, Monsieur, de n'avoir plus guère de part en otre souvenir. Je ne veux pas laisser passer ce premier mois e l'année sans vous la souhaiter heureuse et sans vous asurer que mes sentiments pour vous sont toujours les mêles, .le vous demande de vos nouvelles et de celles de maame votre femme, à qui je fais, s'il vous plaît, mille comlinicnts. Je compte que votre vie, à l'un et à l'autre, est ussi douce et aussi heureuse qu'elle l'est depuis plusieurs iinées, et je désire de tout mon cœur qu'elle se soutienne ncore longtemps de la même sorte.

La mienne est toujours mêlée des agitations que ma charge e peut manquerde produire, mais elle a aussi ses douceurs. l me pnroîl que toutes les personnes avec qui j'ai à vivre nt de l'amitié pour moi. J'ai la compat:nie de ma sœur au loins la moitié de l'année, et cela en attire encore d'autres ui peuplent assez ce désert pour lui ôter la tristesse que ourroit causer une solitude trop grande et trop contiuelle.

Ma sœur m'a amené ce voyage-ci votre confrère, l'ahhé enesl -, qui a, comme vous savez, un excellent esprit et ui est d'un commerce très-doux et très-agréable. C'est une ompagnie dont je m'accommode fort et que j'ai de temps

* Bibl. imp. Mss.2i,001, fol 21h.

* Charles-Claude Genest, abbé de Saiiit-Vilmcr, aumônier de S. A. R. ladame la duchesse d'Orléans niademoiselle de Blois), sécrétai) e gé-

en temps, c'est-à-dire tous les deux ou trois ans , et quelquefois moins. Je ne vous parle point des autres gens qui nous rendent visite, parce que je ne crois pas qu'ils soient de votre connoissance. Madame de Thianges, que vous avez vue sous le nom de mademoiselle de Bréval^, est ici avec son mari; mais ce sera pour peu de jours. Ils reviennent des terres de Bretagne que son mari a héritées de sa première femme.

Vous voyez, Monsieur, que, quand je me mets à vous entretenir, je vous rends compte de tout ce qui me regarde; c'est une marque que je me flatte toujours de ne vous être pas indifférente. Je serois bien fâchée de mn tromper là-dessus, et vous me feriez une grande injustice. Est-il possible que vos Géorgiques ne soient pas encore imprimées, ou qu'elles le soient sans que vous ayez eu la bonté de m'en faire part? Je vous supplie de me mander ce qui en est, et, supposé que vous m'eussiez oubliée dans la distribution des exem-plaires, de vouloir bien réparer cette faute le plus tôt qu'il sera possible.

néral de la province de Languedoc ; né à Paris en 1639, meniLre de l'Académie française, en 1698, mort en 1719,

On trouve de curieux détails sur la vie passablement romanesque de l'abbé Genest dans une lettre de l'abbé dOlivet au président Bouhier. l Histoire de V Académie française, par Pellisson et d'Olivet, édition Livet, t. II, p. Ô69.)

Attaché pendant quelques années au duc de >'evers, il avait été présenté par lui à sa belle-mère, madame de Thianges, qui le mit en relation avec ses sœurs, l'abbesse de Fontevrault et madame de Montespan. Celle-ci le donna comme précepteur à mademoiselle de Blois, dont il devint plus tard aumônier.

On a vu plus haut, page 190, qu'à Fontevrault il était obligé de lire ses propres ouvrages à l'abbesse. C'était flatteur.

'' Geneviève-Françoise de Harlay de Bréval, mariée le 2 mars 1690 au marquis de Thianges, qui était veuf.

ABBESSE DE FONTE VHAULT, ET DE SES AMIS. tiOo

G3. — A ROGER DE GAIGMÈRES '.

A Fontcvrault, ce 10 février 1700.

.l'apprends, Monsieur, par le Père Roucellet^ et par M. de Lairoque^ que vous avez la buuté de vous inlérei^ser vive-

' Bibl.imp. Mss.2i,991. fol. 227.— Cette lettre est vraisemblablement !■ (loint de départ de la correspondance qui s'établit entre l'abbesse de luiitevrault et de Gaignières, qu'elle connut sans doute cliez la marécliale de Noaillcs où il était rec,u dans rinliinité. Leur correspondance fut assez active jusqu'en 1704, époque de la murt de l'abbesse. Je supprime quelques lettres de pure politesse et sans intérêt.

* Le Père Roucellet était visiteur de la province d'Anjou.

^ Daniel de Larroque était né à Vitré, vers 1660, d'un père prolestant qui a publié divers ouvrages de controverse religieuse. Il exerça d'aboid le ministère évangélique à Londres, ensuite à Copenhague. En 1690, il se brouilla avec Bayle dont il parait avoir été le collaborateur, rentra en Fiance et embrassa le catholicisme. Sans emploi, sans fortune, il consentit, en 1G9Ô, à faire la préface d'un pamphlet où le gouvernement était accusé de n'avoir pris aucune mesure pour prévenir la famine. L'ouvrage fut saisi, le libraire pendu, et Larroque enfermé d'abord au Cliàtelet, puis au château de Sauniur, où il resta cinq ans. L'abbesse de Fontcvrault, à laquelle il lit sans doute appel, s'intéressa à lui. Après bien des sollicitations, elle obtint son élargissement, le reçut à Fontevrault, et le recommanda instamment à madame de Montespan. à Gaignières, aux Noailles, qui finirent par lui trouver un emploi de traducteur dans les bureaux des affaires étrangères, ^"ommé plus tard j secrétaire du conseil de l'intérieur, de Larroque obtint, à la suppression de ce conseil, une pension de 4,000 livres qui lui permit de se livrer enlièrement à son goût pour les lettres. Un de ses amis, l'abbé d'Olivet, l'estimait autant pour ses talenis que pour la douceur et l'amabilité de son caractère.

Ainsi s'explique l'accueil bienveillant qu'il reçut à Fontevrault, où il composa, à l'aide des archives de la maison, la biographie des abbesses, que l'on trouvera à l'Appendice, pièce, n» x. Daniel de Larroque mourut à Paris le 5 septembre 1751. C'est lui, je crois, qui. à la mort de madame de Montespan, publia dans le Mercure français des mois de juin et août 1707, les deux articles que j'ai reproduits dans mon volume sur Madame de Montespan et Louis XIV, Appendice, pièce XV,,

20C LETTRES DE GADRIELLE DE ROC HECIIOUART

ment à notre affaire de Fontaines \ et que vous prenez la peine de la solliciter. Je sais depuis longtemps comme vous êtes pourvus amis, et je me flatte d'être de ce nombre. Cependant je ne laisse pas d'être surprise d'une générosité si peu ordinaire. Croyez, s'il vous plaît, Monsieur, que j'en suis touchée sensiblement et que je ne l'oublierai de ma vie. Ma sœur ne manque pas dy prendre part et vous fait beaucoup de compliments. Vous ne devez pas nous tenir couipte de l'estime que nous avons pour vous, puisque c'est une justice que vous recevez de toutes les personnes qui vous connoissent; mais nous joignons à cette estime une si sincère amitié qu'elle nous doit mériter quelque part en la vôtre dont nous nous flattons aussi, et moi parlicuHèrement qui en reçois présentement une marque si essentielle.

Je vous en demande la continuation, et vous assure. Monsieur, que je serai toute ma vie véritablement votre tréshumble servante.

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