‹ Gabrielle de Rochechouart de MortemartChapitre 73 sur 136 · A IlOGEIl DE GAKiNIÈRES · texte numérisé non relu

A IlOGEIl DE GAKiNIÈRES

A Foîitcvrault, ce 2 scplciiibre 1701.

On me dit hier que Boudot s'en éloit retourné, qu'il avoil passé à Saumur sans emporter la bibliothèque de M. Chevreau, qu'il avoit })Ourlanl achetée huit mille francs, mais qu'il Tavoit aussitôt vendue pour dix mille aux Bénédictins de Saint-Jouin '. Me voilà par là privée du plaisir de vous procurer le livre que vous désiriez, et j'y ai beaucoup plus de regret. Monsieur, qu'à ceux que je m'étois promis d'acheter pour moi-même. Je ne saurois comprendre comment M. Boudot, au lieu de repasser par ici, comme il me Tavoit promis, n'a pas seulement daigné m'écrire un mot de tout cela. Et, encore une fois. Monsieur, je regrette extrêmement de ne pouvoir vous rendre le petit service dont je m'étois chargée avec un très-grand plaisir. Jevoussupplie

» Bibl. iin|). Mss. '2i,991, fol. '245.

- Il y a plusieurs coiniiHuies de ce noiii. Cesl proljablemeiit Saiiit-Jouiii» (Indre et l.oh^^;, canton de lîichelieu,. di(n.< le voi<iiiaye de Fontcvrault.

'JI8 LETTRES I>E GADUIELLE DE llOClI ECHOU ART

do conter cette petite aventure à M. de Larroque, et de vouloir bien lui faire mes compliments.

Je m'imagine qu'il va souvent vous voir dans votre belle retraite, où je regrette bien que vous n'ayez pas été établi pendant que j'étois à Paris. J'aurois été fort aise de vous y rendre visite et de voir les ornements que vous y avez mis, qui doivent être plus à l'aise dans celte belle et grande maison que dans celle où ils étoient auparavant.

75. - MADAME DE MAIME>"0.\ A LABBESSE DE FO'IEVRAULT '. Fontainebleau, ce 1" octobre 1701,

J'ai à répondre à trois de vos lettres, Madame, et je serois bien honteuse si je n'avois une très-bonne excuse. Je suis tombée malade aussitôt après l'extrémité où nous avions vu Madame la duchesse de Bourgogne, et comme nos âges sont différents, nos ressources le sont aussi. Elle est parfaitement guérie, et je suis encore abattue et dans l'usage du quinquina qui m'enivre deux fois par jour, ce qui n'est pas propre aux tètes attaquées de migraine. Mais venons à vos lettres, Madame, que j'ai devant les yeux.

Il est question dans la première de l'abbaye du Uonceray, dont le roi n'a point encore la démission. Il n'y a guère d'affaires dont je me mêle moins que de celles des bénéfic s, croyant tiès-dangereux d'en charger ma conscience. J'ai lu, Madame, tout ce que vous me dites de madame votre nièce; vuus savez l'estime que le roi a pour vous ; il est fâcheux que l'évèque y fût contraire, car on les consulte en pareil cas. Je ne comprends pas qu'eu cela vos in'érèti ;: oient contraires à ceux de madame de Uonceray, puisque vous ne pré-

* Corrcspjiidancc (jcnétale de Madamt de MalnlciioK; t. I\. p. 452

AIîBKSSl-: JH: I OMKVI'.AIM.T, KT DK SKS AMIS. 21'J

tendez à l'abbaye que lorsqu'elle ne voudra plus ou ne pourra plus en jouir -.

Votre seconde lettre, Madame, est sur la maladie de madame la ducliesse de Bourgogne, qui est très-sensible à la part que vous y avez prise. Elle est tout à fait rétablie et me charge de vous remercier de ce que vous ne Toubliez pas. Le roi a reçu avec plaisir. Madame, les compliments que vous lui avez^ faits là-dessus.

Venons à la troisième, qui est sur le portrait de celte princesse. Votre extrême politesse ne vous permeltroit pas d\ trouver à redire ; tel qu'il peut être, il nous a paru charmant. J'ai choisi cet habit parce qu'il me paroissoit avantageux, madame la duchesse de Bourgogne ayant le col un })eu trop long. On a pris sa mesure juste sur sa taille. Vous parlez très-bien, Madame, sur la coifiure; il est Irès-M'ai qu'on lui cachelrop lefroni, c'est parcequ'elle l'a trop grand. Notre princesse est laide, mais si elle avoit des dents, elle seroil plus aimable que les plus belles femmes. Elle devient grande et donnera, s'il plaît à Dieu, de beaux enfants. Elle a bien été contente de se voir traiter par vous de mérite solide, et elle l'est assez pour préférer cette louange à celle de sa personne. Elle n'a aucun ridicule là-dessus et devient très-raisonnable. Je voudrois qu'elle aimât un peu moins le jeu, mais il est difficile de s'en passer à la cour, et encore plus de s'y modérer. Je vous quitte, Madame, pour aller prendre un verre de vin qui me mettra hors d'état de conti-

- Voir, dans Madame de }Io)dcspan cl Louis XIV, p. 538, au ^ujcl des démarches pour lairc donner celte abbaye à une nièce de l'abbesse de Fontevrault et de madame de Montespan, une longue lettre de celte dernière à la maréchale de ^oailles, du 2"2 novembre 1G90.

^ M. Lavalléc dit Auriez; c'est évidcnunent une erreur. — Il y u dans le dtrnier alinéa de cette lettre tel qu'il est donné par M. Lavalléc, sur une copie certainement lautive, quelques légères incorrections de détail que nous avons pris sur nous de corriger.

luicr ma lettre et de vous faire des protestations que j'espère qui ne sont point nécessaires pour vous persuader un véritable attachement pour vous.

7i. - MADAME DE MAINTEXÛN A LAljBESSE DE FOTEVIUULT '.

Ce 7 novembre 1701.

Le roi m'ordonne de vou= mander, Madame, qu'il a lu votre lettre avec attention, qu'il trouve bon que vous disiez vos raisons à M. le chancelier, et que, bien loin de vous retrancher ce qui est permis aux autres, il vous accorderoit volontiers par son inclination ce qu'il refuseroit au reste du monde. Je me réjouis avec vous, Madame, de cette continuation de la considération que j'ai toujours vue dans le roi pour vous.

Après ce compliment, venons au portrait de madame la duchesse de Bourgogne-. Vous n'avez plus la hauteur, Madame ; elle est présentement aussi grande que moi, el le sera bientôt davantage; sa taille est encore embelhe, pan^e que le sein lui vient, mais je la trouve un peu déparée d'avoir perdu ses cheveux après sa grande m.aladie.

Il n'est question ici que de la reine d'Espagne^. Les portraits qu'on en fait ressemblent fort à notre princesse. Mais ce qu'on mande de son esprit est surprenant, et effraye les Espagnols. Voilà finir bien court, Madame; ce n'étoit pas mon intention.

* Correspondance générale de madame de Maintenon, t. IV, p. 501. — Le commencement de celte lettre se trouve aux Archives de l'Empire, L, 1,010. Elle y est datée du 7 ; M. Lavallée la datée du 9.

- Voir la lettre précédente.

'" Maine-Louise-Gabrielle de Savoie, sœur cadette de la duchesse de Bourgogne.

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