A ].()V]< XIV
Du VJ novoiiilnv 1701.
Sire, je suis soumise avec tant de scrupule, iioii-SLuIe. nient aux ordres de Votre Majesté, uiais encore à ses moindres intentions, que, me trouvant conviée par les engagements de ma charge et par l'exemple des autres généraux d'Ordre, à défendre le point de nos privilèges qui nous rend seuls maîtres des sorties de nos religieuses, je ne veux faire aucune démarche là-dessus sans la permission de Votre Majesté. On m'assure qu'elle veut bien encore entendre les raisons des privilégiés, et qu'elle a chargé M. le chancelier de les recevoir et de lui en rendre compte. Je lui communiquerai les miennes, si vous me faites l'honneur de l'agréer, et j'ose me promettre cette liberté quand je vois qu'elle est accordée à d'autres personnes qui n'ont pas tant de preuves que moi de la protection et de la bonté particulière de Votre Majesté. Si j'envi^ageois mon repos, je ne ferois pas une demande qui m'engage dans un assez grand travail, peut-être infructueux ; mais il me seroit encore plus impossible de souffrir la honte et le reproche que j'aurois sans doute à essuyer de la part de mon Ordre et des autres supérieurs qui sont dans les mêmes droits que n oi, si je demeurois dans l'inaction par rapport aux privilégiés, pendant qu'ils font tous leurs efi'orts pour les maintenir, et ce reproche seroit une tache, non-seulement à ma vie, mais encore à ma mémoire.
Je ne me défendis point, il y a cinq ans, contre M. l'archevêque de Reims, et je lui laissai obtenir un arrêt par dé-
* Dibl. iinp., département des imprimés. Ms. (Copie.) H, — r— ,
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faut contre moi, parce que j'avois élè informée que c'étoit déplaire en quelque manière à Votre Majesté que de contester l'entière exécution de votre édit. Cependant quelques généraux d'Ordre ont plaidé depuis sur le même point que je cédai alors, et ont ol^tenu des arrêts contre quelques-uns de MM. les évêquos; ce qui m'a fait accuser de foiblesse et d'indifférence pour des droits que je dois avoir à cœur et que j'ai en effet, non pas (si j'ose le dire) par une inclination naturelle, mais parce que la conscience et l'honneur m'obligent à les maintenir, etqueje nepuis m'empêcher de trouver Irèsmortifiant qu'ils commencent à être entamés dans le temps précisément que je m'en trouve responsable , après s'être soutenus en leur entier pendant prés de six siècles. J'ose ajouter que cette espèce d'humiliation n'est pas ce qui m'afflige le plus. Je ne prétends nullement me donner pour zélée, mais je crois sentir que je préfère l'intérêt général de la religion à mon intérêt personnel. S'il y a de la vanité à penser cela de soi et de la témérité à l'oser dire, je lui en demande très-humblement pardon et lui proteste avec sincérité que je n'avance rien là-dessus que je ne croie comme j'ai la simphcité de le dire, et que ce sentiment me fait remarquer avec un grand déplaisir tous les inconvénients qui naissent de l'affoibhssement des privilèges. Peut-être auroit-il été plus dans l'ordre qu'ils n'eussent jamais été accordés; mais, dans l'état où ils sont, les atteintes qu'ils souffrent sont souvent cause que la charité est blessée, sans que la discipline monastique en reçoive nul accroissement. Je sais ce que ces changements ont produit dans notre Ordre, et je connois les couvents en général de trop longue main pour n'être pas persuadée que ce qui se passe parmi nous arrive aussi dans les autres Ordres.
J'aurai donc l'honneur de vous représenter, Sire, que sans compter les contestations perpétuelles entre MM. les
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évoques ctlos supérieurs régulieis, dans lesquelles l'aigreur peut se mêler quelquefois, des religieux et religieuses se trouvent aussi divisés entre eux à ce sujet et moins obéissants à leurs supérieurs, et ces supérieurs, moins autorisés à les remettre dans le devoir, les premiers cherchant l'appui de MM. les évéques, au premier mécontentement qu'ils conçoivent dans le cloître, et les autres étant assez foibles pour craindre davantage celte espèce de désertion que l'aflbiblissèment de la régularité.
J'ai des exemples de tout cela que je n'ai garde d'exposer plus en détail à Votre Majesté, ayant une confusion extrême d'avoir déjà tant abusé de sa patience. J'ajouterai seulement, sur l'article des sorties des religieuses, que la permission de MM. les évéques n'en peut guère retrancher les abus. Ces messieurs, ne connoissant point par eux-mêmes les religieuses qui ont besoin de sortir, ils s'en rapportent, comme de raison, au jugement de leur supérieur naturel. Il arrive donc seulement que la religieuse sort avec deux permissions, au lieu qu'auparavant elle n'en avoit ({u'une; mais la sortie n'en est pas pour cela plus mesurée , ni moins longue.
Je me jette aux pieds de Votre Majesté pour lui demander Irés-humblement pardon de m'être laissée emporter à une liberté que je meurs de peur qui n'aille jusques à la hardiesse. J'avois commencé cette lettre avec une intention plus retenue qui se bornoit à la permission que j'ai demandée d'abord et que j'espère que vous me ferez l'honneur de m'accorder.
J'ai été entraînée, sans presque m'en apercevoir, à une confiance peut-être un peu trop libre, mais qui ne peu' déplaire à Votre Majesté, si elle veut bien faire réflexion que j'y ai été conduite par la conviction oij je suis de son extrême bonté qui imite celle de Dieu, en la présence duquel
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il nous est permis et même commandé d'épancher nos cœurs et d'exprimer nos sentiments.
Je suis avec un très-profond i espect et un entier dévouement, Sire, de Votre Majesté, la très-humble, très- obéissante et très-obligée sujette et servante.
7G. — A UUGER DE GAIGNIÈRES'.
A Fontevrault, ce 17 janvier 1702.
Je suis Irès-persuadée, Monsieur, des souhaits favorables que vous faites pour moi et de la part que vous avez la bonté de prendre à ce qui me touche, mais je ne laisse pas d'être bien aise que vous vouliez bien me faire la grâce de m'en assurer quelquefois. Quand vous ne m'auriez pas fait l'honneur de m'écrire, je comptois bien ne pas laisser passer ce commencement d'année sans vous la souhaiter heureuse et vous renouveler les assurances de ce que je suis pour vous, c'est-à-dire, Monsieur, de l'estime très-parlicuUère et de la sincérité avec laquelle je serai toute ma vie votre très-humble ser\-ante.
Ma sœur vous fait mille compliments. Oserois-je vous supplier, Monsieur, de dire, à la première occasion, à M. le maréchal de Noailles que j'ai commencé à entendre la musique qu'il a eu la bonté de m'envoyer, et que je la trouve d'une beauté singulière - ?
Je voudrois bien aussi qu'il sût encore que j'ai honte d'avoir annoncé des noix confites pour madame la maréchale de Noailles, que j'ai appris qui n'éloient pas encore arrivées à Paris. Je les y croyois quand je mandai qu'on les allât quérir aux Filles-Dieu, parce qu'il y avoit près de
1 Bibl.irnp. Mss. 21,901, loi. 247.
- On voudrait bien savoir de quelle mu.sique il s agit.
Ar>iu:ssK ni: ro>TKvi'..\n.i, i/r im. si: s amis, •i'io
quinze jours qu'on les avoil fait partir d'ici. La cause de ce long retardement vient de ce ([u'ellcs ont été mises dans un ballot sur la rivière, ([ui est, comme vous savez, Monsieur, une voie très-jjizaire, quelquefois prompte, et souvent extrêmement lente. J'aurois dû faire attention à celle incertitude, et c'est une faute que vous auiez, s'il vous plait, la bonté de me faire pardonner.
— A i.ons xiv.
[Fonlcvraull] Jonvicr 1705.
Sire, la permission que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'accorder depuis peu et dont je lui aurois témoigné ma respectueuse reconnoissance si je n'avois craint de lui être trop importune, me met dans la nécessité de lui adresstr encore mes très-humbles prières touchant cette même affaire dans laquelle elle a approuvé que j'entrasse, comme la place que j'occupe semlde m'y engager indispensablement. J'ai fourni un mémoire à M. le chancelier des raisons qui appuient les droits que je me vois obligée de défendre, et j'ai fait toutes les autres diligences qui peuvent dépendre de moi; mais tous ces efforts sont bien impuissants, si je suis assez malheureuse pour n'oser me flatter de la protection de Votre Majesté. C'a été jusques ici tout mon appui et toute ma force après le secours de Dieu, et si cette protection me manque dans l'oc.'asion présente, je dois m'atlendie à y succomber.
Peut-être, Sire, serois-je téméraire de dcmatuler qu'il vous [lût d'user de votre autorité pour empêcher qu'on ne troublât une possession que j'ai trouvée établie depuis six
1 520 * Bibl. imp., dépaiicment des imprimés. Ms. iCùpio. Il, — — .
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cents ans et que je me fïaltois de conserver dans l'état où elle m'avoil été confiée; je ne prends pas la liberté de demander une grâce si singulière ; je supplie seulement Yolre Majesté de vouloir bien que l'affaire dont il s'agit soit terminée par des commissaires. Elle est assez importante et d'une assez grande discussion pour avoir besoin d'un examen trèsparliculier que je me garderois bien de désirer, ce que les autres privilégiés ne désireroient pas non plus, s'ils ne croyoient comme moi que les titres qui appuient les privilèges sont plus forts et plus authentiques que MM. les évêques ne le publient.
Je supplie très-humblement Votre Majesté d'avoir quelque égard à ma respectueuse supplication, et surtout de vouloir bien considérer que je ne l'en importune que pour satisfaire à un des devoirs essentiels de la charge qu'elle m'a fait l'honneur de me confier, toute autre raison n'étant pas capable de vaincre la crainte respectueuse qui accompagne toutes mes démarches auprès d'elle, et qui même retient quelquefois celles qui n'avoient pour but que de lui montrer mon zèle et mon parfait dévouement.
Je viens de l'éprouver au renouvellement de cette année où je me suis contentée de redoubler mes vœux très-ardents pour votre précieuse conservation et pour tout le bonheur dont elle peut être accompagnée, sans oser me laisser aller au désir extrême de vous les faire connoître. Je crois que Cette liberté peut m'élre permise à l'heure qu'il est et je la prends avec plaisir, quoique l'occasion qui me la donne me soit d'ailleurs un sujet de crainte et d^ chagrin.