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F Li Ici, point de récits merveilleux : l'enfant, fille d’un 1: employé ministériel du gouvernement autrichien, ne court
pas les hasards sur les grands chemins. Marie-Gabrielle Krauss naît à Vienne, le 23 mars 1842; elle grandit et se développe au foyer d’une nombreuse famille, dans un milieu bourgeois, simple et patriarcal.
Elle montra de bonne heure du goût et de grandes dispositions
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pour la musique. Dès l’âge de six ans, elle répétait correctement les mélodies chantées par sa sœur aînée, qui l'imitia aux premiers éléments de l'art.
Un jour, Gabrielle Krauss se trouvant en présence d’une assemblée d'artistes, on la pria de se faire entendre. Elle se mit alors ingénument à chanter une cantate de Joseph Haydn, Ariane à Naxos, que Rossini admirait entre toutes les compositions du grand symphoniste. Le directeur de l'Académie de musique fut tellement ravi de la voix et du sentiment de la petite Gabrielle, dont le goût se manifestait déjà pour la musique des grands maîtres, qu'il engagea M. Krauss à cultiver les heureuses aptitudes de sa fille.
En 1853, elle fut reçue au Conservatoire, où elle commença par étudier le piano, l'harmonie et les langues étrangères. En 1858, elle aborda le cours supérieur de chant, dirigé par madame Marchesi, élève de Garcia, et se fit remarquer par une prodigieuse mémoire et les qualités les plus solides. Bien qu'elle fût la plus jeune des élèves du Conservatoire, Gabrielle Krauss montrait une supériorité telle, que pendant les fréquentes indispositions de son professeur elle dirigeait la classe. Son savoir et son sentiment musical frappaient les juges les plus sévères. Un exemple suffira pour en donner l'idée,
L'Académie avait mis à l'étude le Paradis, de Schumann. A l'une des répétitions, la veuve du grand compositeur se désolait de l'absence de la cantatrice dramatique; on lui proposa de confier l'interprétation vocale à mademoiselle Krauss: la jeune fille de seize ans chanta le rôle à livre ouvert et de façon à surprendre grandement tous les auditeurs.
Après cela, 1l est inutile de dire qu'elle remporta toujours les premiers prix de piano, de chant et d'harmonie, ainsi que la grande médaille d’or, couronnement de ses sérieuses études.
Gabrielle Krauss encore au Conservatoire signait déjà un engagement avec l'Opéra impérial de Vienne, où elle débuta le 20 juillet 1860, dans le rôle de Mathilde de Guillaume Tell. Quatre jours après elle se montrait dans celui de Berthe, du Prophète, et le 5 août dans celui d'Alice, de Robert le Diable.
Cette même année on la vit aborder encore les rôles suivants : Pamina, de la Flüte enchantée; Gabrielle, d'Une nuit à Grenade ; Agathe, du Freyschütz; Élisabeth, du Tannhauser; donna Elvira et donna Anna, de Don Giovanni; Elsa, du Lohengrén.
La seconde année, elle enrichit son répertoire des rôles suivants : Anna, de la Dame blanche; Valentine, des Huquenots; Leonora, du Trovatore; Antonima, de Bedsario; Senta, du Vaisseau fantôme.
Enfin, la troisième année, mademoiselle Krauss chanta Amélie, de Gustave HT, d'Auber; Hélène, de da Croisade des Dames, de Schubert; Léonore, de Fidelio ; la comtesse, des Noces de Figaro; Rosaura, de Cost fan tutte; Églantine, d'Euryanthe; en 1865 : Lalla-Rookh, Lucrezia Borgia, Maria dé Rohan, Ernani et Zampa.
Voilà certes un répertoire varié, riche et brillant, où l'artiste viennoise déploya les émimentes qualités qui l'ont portée au premier rang des cantatrices de l'Europe. Il ne me parait donc pas sans intérêt de citer, en les traduisant fidèlement, les opinions de quelques critiques autrichiens sur celle que nous étions appelés à juger nous-mêmes un jour. Elles concernent quatre rôles importants. Voici comment s'exprime un journal de musique sur l'interprétation du rôle de Léonore dans Fridelio :
« L'attrait particulier de cette soirée était de voir une nouvelle actrice dans le rôle principal. Mademoiselle Krauss le jouait pour la première fois. Ce n’élait plus seulement l'artiste sûre, pleine de goût, accomplie que l’on sait ; elle a surpassé les grandes espérances qu’on fondait sur son talent et sur son inspiration. Mademoiselle Krauss a déployé une sûreté merveilleuse en s’élevant à la hauteur de la tâche la plus grande peut-être qui ait été créée jusqu'ici pour une cantatrice dramatique. Rien ne pouvait donc donner une preuve plus éclatante de la nature artistique de mademoiselle Krauss. Le poids du fardeau, loin de paralyser ses forces, excitant au contrairé son courage, lui a permis de s'élever à des hauteurs qu'il est donné à peu d'artistes d'atteindre. Elle grandissait à mesure qu’augmentaient les difficultés d’un rôle avec lequel son esprit s'était
complétement identifié.
» Pour bien apprécier tout le mérite de cette exécution, 1l faut se rappeler, d'une part, tout ce que le role d'Éléonore exige de voix, de mémoire, d'intelligence chez la cantatrice, et de science scénique chez la comédienne, et se souvenir, d'autre part, qu'elle paraissait pour la première fois dans F'idelio, et qu’elle devait avoir l'esprit tendu sur des points bien différents à la fois.
» Que mademoiselle Krauss ait interprété le rôle sans pécher contre les règles de l'art, 1l n°y à rien là qui étonne de la part d'une organisation si profondément musicale; mais il faut surtout lui tenir compte de son jeu si savamment gradué , de Fensemble de ces quahités artistiques, de jour en jour plus rares, qui lut permettent de produire à la fois des effets de force, et de donner l'expression partant de l’âme, conditions indispensables pour atteindre les sommets les plus élevés de l'art.
x Il n’y a pas de rôle où ces qualités soient plus nécessaires que dans le second acte, où quatre grands morceaux se succèdent immédiatement, Il n°y a pas de rôle où il soit plus difficile de bien distribuer ses effets, car chaque morceau, par son caractère passionné, rend inutile tout effort tenté pour se ménager en vue de l'explosion finale.
» Mademoiselle Krauss a développé dans le personnage d'Eléonore une grande puissance dramatique, la voix la plus fraiche, et toujours l'expression la plus saisissante. à
M. Zellner, archiviste du Conservatoire de musique à Vienne, parle ainsi à son tour du début de mademoiselle Krauss dans les Noces de Figaro :
w.. Mademoiselle Krauss a réussi complétement dans le rôle de la comtesse. Son interprétation s’est montrée comme un foyer lumineux au milieu de l'éclat d'un merveilleux ensemble. Le rôle est aussi difficile à Jouer qu'à chanter. Il ne demande pas, 1l est vrai, un déploiement extraordinaire de qualités techniques, mais il exige une expression calme, parfois touchante, et un style noble. Nous ne nous souvenons pas qu'aucune cantatrice ait satisfait à ces conditions d’une façon aussi complète que mademoiselle Krauss.
» Elle a exécuté dans un style particulièrement remarquable Fair
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