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l'incertitude est le vagué et l'ennui! Henri de Marcenay était là avec son insouciance moqueuse et ses petites vanités toujours contentes et jamais satisfaites. Il s'empara de l'arrivant de Londres. C'était une occasion pour lui d'en exercer quelques-unes, soit par l'effet qu'il produisait sur l'àme du jeune homme, soit par l'effet qu'il produisait par lui sur les autres.
Yves de Mauléon chercha vainement M. Simon; il ne put le retrouver, mais il revit souvent alors madame de Savigny; il allait chaque jour chez elle ; le monde parla de ses assiduités; mais l'ennui du jeune homme continua.
Un jour qu'il se promenait avec Henri de Marcenay, il aperçut M. Simon, et quitta brusquement son ami pour le retrouver.
La joie de l'un fut aussi visible que l'embarras de l'autre à cette rencontre inatten-
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due. M. Simon annonça même son dépari
pour le soir de ce jonr-là , afin de ne pas laisser à Yves les chances de le revoir, que celui-ci lâchait de faire naître; mais à l'approche d'Henri qui venait les rejoindre, M. Simon balbutia une espèce d'excuse, et les quitta subitement.
— En vérité, mon ami , lui dit Henri , voilà une singulière connaissance pour le dur do Mauléon !
- Vous savez quel est cet homme? s'écria Yves en prenant le bras d'Henri , et tellement sous l'influence de la curiosité, qu'il n'avait pas remarqué le ton ironique qui présidait à la question.
—Cet homme ! reprit Henri avec dédain, tout le monde le connaît, et personne ne veut le connaître; on l'évite généralement
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avec autant de soin que vous serti b lez en mettre à le chercher.
— Qu'y a-t-il donc contre lui? reprit avec inquiétude M. de Mauléon.
— Ma foi, je ne sais pas au juste, répondit avec un insouciant mépris Henri de Marcenay : on dit qu'il s'est mêlé aux scènes sanglantes de la révolution de quatre-vingttreize d'une horrible manière... Je ne sais pas de détails, ni rien de précis. . . mais, ce qui est certain , c'est qu'on le fuit comme un homme odieux.
— Vraiment, Henri, dit Yves d'un ton sérieux, votre insouciance et vos paroles me semblent un étrange contre-sens.
— Est-ce qu'on a le temps de vérifier ce qui se dit dans le monde? Cet homme à l'air si honteux, si embarrassé, qu'il justifie
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ainsi tout le mal qu'on pense de lui. D'où le connaissez-vous donc?
— 11 m'a rendu un grand service.
— Cela ne m'étonne pas , il cherche les occasions d'être utile... c'est un faiseur de belles actions. Mais, tenez, si , au lieu d'employerson argenté soulager les pauvres, il s'en servait pour amuser les riches, personne ne lui reprocherait rien.
Yves voulut interrompre Henri qui ajouta avec une gaieté pleine d'amertume.
— Il faut avoir tout le courage de sa position : quand on est honteux de son sort, de sa fortune ou de sa personne, on est méprisé ; il vaut mieux, en vérité, un bon vice dont on se pare, qu'une vertu dont on rougit
— \ nus plaisantes , dit le jeune homme d'un ton dv reproche.
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— Je vous en citerais mille exemples : un tort grave, un vice, un crime peut-être, pourvu qu'il ne soit pas du ressort de la Cour d'assises, dont les bancs sentent le peuple et sont de mauvaise compagnie , tout cela, mon ami, porté effrontément, n'empêche, de notre temps, ni de faire son chemin, ni d'être bien reçu partout.
— L'opinion publique, reprit Yves avec humeur, n'est -elle donc pas une puissance?
Henri répondit d'un ton plus sérieux :
— L'opinion publique, dans un temps de révolution , a été si souvent égarée par les passions, qu'elle a perdu sa force comme tous les pouvoirs dont on abuse. Les habiles la dirigent, les insouciants s'en moquent, et chacun dans ce monde s'arrange à sa manière sans s'embarrasser des autres,
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Prenez votre parti, mon ami, amusez-vous; laissez les choses telles qu'elles sont ; ne vous affligez pas ainsi que vous le faites des torts ou des erreurs des hommes; profitez-en pour votre plaisir; e\itez les ennuyeux moroses comme M. Simon; ne faites pas de réflexions morales, c'est de mauvais goût ; et surtout ne tentez pas aussi comme les autres votre petite révolte contre la société : quand on arrive mal à propos, au lieu d'être un héros, on est don Quichotte.
C'était ainsi qu'Henri se faisait , pour Yves, une espèce d'organe de ce que le monde a de décourageant, de petit et de mesquin. La position du jeune homme était par elle-même assez triste ; aucun avenir ne s'offrait à lui ! La société qui l'entourait était placée en dehors de tout, ci sa fortune étani très-bornée, il fallait
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qu'il vécût inactif, retiré, sans carrière pour exercer son intelligence, sans ce luxe qui ressemble presqu'à la gloire par l'éclat. Tout cela lui semblait insipide ; il tomba dans un ennui si profond que sa santé en fut altérée : Henri s'inquiéta, et voulut le distraire; dans la jeunesse, avec le caractère ardent qu'avait Yves, si l'on ne fait pas de grandes actions, on fait de grandes folies : il fallut donc se décider pour les dernières, les premières étant impossibles.
Parmi les nombreuses distractions que lui chercha Henri, se trouva celle de le faire recevoir au Jochey's club.
Le Jockey's club est une création nouvelle ou plutôt une importation anglaise , fruit du désoeuvrement et de l'ennui, et l'asile des plus sottes vanités, celles de la naissance, de l'argent et de la folie.
Avant sa réception , Yves avait résolu
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pour sa Fortune, l'emploi-don I avait parlé M. de llhinville : ses propriétés vendues lui avaient donné quatre cent mille francs qu'il comptait manger en quatre ans, aussi le <hic de iMauléon, jeune, beau, ennuyé, el extravagant pour échapper à l'ennui, (util reçu au jockeys club comme un naturel du pays.
Au milieu de Paris, au centre de l'activité, du mouvement et de la vie, dans l'endroit même où s'agitent mille intérêts et mille passions, sur un des boulevards où la foule inquiète se presse à toute heure , entre l'Opéra , la Bourse et les Tuileries, il est d'élégants et riches salons, où vit dans le plus complet désœuvrement, dans l'oisiveté la plus absolue , et dans l'indifférence entière de toute chose utile, la partie la plus jeune, la plus active et la plus vivante de cette population parisienne si vivante