‹ Gabrielle (volume 3)Chapitre 18 sur 40 · ÏVES DE MU LÉON · texte numérisé non relu

ÏVES DE MU LÉON

et si active. 11 y a là des hommes dont 1 intelligence fut cultivée dès l'enfance ; à qui la fortune assure l'indépendance , et qui passent leurs jours, étrangers aux affaires du pays où ils ont un rang, une famille , et où le sol leur appartient... Ils fument , jouent, s'habillent et parlent, donc ils font partie de l'espèce humaine : mais ils mettent leur vanité à savoir retrancher habilement de leur vie tout ce qui tient à l'intelligence et aux émotions de l'homme.

S'il y a parmi eux quelques hommes distingués poussés par la curiosité; quelques amateurs de chasse et de chevaux qui cèdent à ce goût, délassement des gens occupés et occupation des gens désœuvrés; s'il y a encore là de ces intrigants san> ressources qui trouvent pâture a exploiter des étourdis riches et prodigues ; 8 il \ a aussi quelques jeunes gens de la li-

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nance qui essaient de se donner ainsi un brevet d'aristocratie, et quelques autres moins opulents qui conservent dans leur apparence de luxe les habitudes économiques du commerce, et cherchent à être mauvais sujets et grands seigneur au meilleur marché possible, la plupart de ceux qui composent cette folle réunion sont nés dans les premiers rangs de l'ancienne noblesse, possèdent de grandes fortunes, et ont reçu une brillante éducation. Pourtant ils oublient tout cela pour s'occuper exclusivement de ce qu'ils s'amusent à rendre la plus sotte chose du monde, leur personne; ils se vantent de repousser tout plaisir où la pensée serait pour quelque chose, passent gravement des heures entières à discuter la forme d'un gilet, le nœud d'une cravate, la coupe d'un habit; à parler d'un jockey, d'un cheval, et à chercher le moyen d'attacher leurs anciens noms historiques

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à quelque bizarre absurdité, genre d'illustration dédaigné de leurs aïeux. Il y en a qui aventurent toute leur fortune sur des cartes, sans aimer le jeu ; d'autres qui se ruinentpour une danseuse qui leurdéplaît; quelques-uns risquent leur vie pour une course de chevaux, et celle des autres dans un duel sans en vouloir à personne : tous se vantent d'être blasés sur les plaisirs, indifférents à ce qui fait battre noblement le cœur, et insensibles aux passions ; mais ils boivent à perdre la raison, font des excès à s'abrutir et prétendent qu'à trente ans ils se tueront. Hélas > il ne garderont pas même l'énergie nécessaire à ce dernier acte de folie, et leur intelligence ne pourra plus comprendre alors qu'ils ont usé tout ce qui existait en eux pour les années sérieuses et grandes de la destinée de l'homme.

Eb bien ! ces hommes si nuls, si insou-

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riants, si frivoles, si absurdes . \<>us CTOyçz jtciii être que c'esl la raison, l'esprit, la volonté, la force qui leur manquent? Non. Ce qui leur manque c'est la place pouf employer louf cola.

Car s'il était possible qu'à la lin d'une do ces journées remplies par tout ce que le mauvais goût peut inventer de plus singulier; quand le jeu s'est lassé de l'aire quelques Victimes âHtis regrets et quelques heureux sans joie ; quand le plaisir s'est envolé de fatigue ou de dégoût, et que les dernières lueurs de raison viennent de s'éteindre dans l'ivresse , ce dernier degré de l'abrutissement, s'il était possible qu'un homme, comme Napoléon par exemple, au temps où sa grandeur éblouissait le monde, ou bien tout autre chef dont la gloire eût constaté la puissance, s'il était possible qu'il parût tout a coup au milieu de ces jeunes tous, et qu'il leur dît :

ÏVES DE MAI LEON. it:.

\ l'extrémité de la France la plus éloignée de Paris, et plus loin encore de ses plaisirs et de ses idées par les habitudes que par la distauce, il est une ennuyeuse petite ville où l'on ne sait pas même qu'il existe un Opéra, et où rien ne rappelle la vie brillante, pleine de luxe et d'élégance, à laquelle vous êtes habitués : la, il est un poste dangereux où il faut avant le jour veiller a ne point se laisser surprendre, après avoir pendant la nuit interrompu son sommeil pour s'occuper de sa sùrete; là on a, à chaque heure, à chaque instant, la chance d'être tué; mais si Ion y porte courage, sang-froid et présence d'esprit, on peut sauver la Fram au retour on aura dans les premier^ range de l'armée le droit de consacrer sa vie a de nobles dangers. »

Eh bien! il n'en est peut-être aucun. parmi

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ces jeunes extravagants, qui ne disputât un tel honneur, acheté partant de périls, et qui ne sortit avec transport de sa vie indolente et dissipée pour celte vie glorieuse et pénible.

Car tous avaient été amenés là par quelques raisons semblables à celles qui y conduisaient Yves de Mauléon ; mais ils n'en convenaient ni entre eux, ni devant personne, ni peut-être avec eux-mêmes, et Yves de Mauléon lit comme eux.

Quatre ans se passèrent ainsi pour lui à se distraire de son ennui par des folies, à user ses facultés dans des excès : au bout de ce temps, il avait perdu un peu de son esprit , un peu de sa délicatesse, et un peu de son énergie; mais il trouvait qu'il avait fait un bon marché en payant la perte de tout cela quatre cent mille francs.

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La marquise de Fontenay-Mareuil avait deviné toutes ses pensées et appris toutes ses actions : ses avis n'avaient pas été écoutés dans les jours de folie ; sa douleur fit plus d'effet dans les jours de regrets. D'ailleurs Yves, ayant usé une partie des forces de son caractère, céda plus facilement à la volonté de sa mère.

Il ne lui restait plus que deux partis à prendre : un mariage ou un coup de pistolet ! l'un ne le tentait guère plus que l'autre; mais sa vieille mère était à ses pieds , pleurant, il la laissa disposer de son sort.

Peu de temps avant cette époque, le notaire de la famille était venu dire un jour à madame de Fontenay-Mareuil : « Votre petit-fils, M. le ducYvesdeMauléon, est enfièrement ruiné; voulez-lui faire épouser

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une personne qui aura quatre millions?

Un de mes amis, un M. Simon est lié avec la mère de cette jeune fille, et se charge de tout arranger.

Voilà comment M. le duc Yves de Mauléon s'était décidé à se marier, et pourquoi il était venu voir au couvent sa prétendue, mademoiselle Gabrielle Rémond.

Dès que la marquise de Fontenay-Ma-

reuil avait eu quitté le salou avec son petit-fils et le comte de Rhinville > le jour de l'entrevue, madame Rémond avait poussé un gros soupir de satisfaction qui pouvait se traduire ainsi : j'espère que je me suis tirée avec honneur d'une situation

difficile , et qu'ils doivent tous être aussi contents de la future belle-mère, que de la mariée et de la dot. . . et ce fut sans doute pour que l'approbation de Gabrielle vint ajouter à sa joie, qu'elle lui adressa un :

— ■ Eh bien ! mon enfant? qui semblait attendre un éloge, mais l'éloge ne vint point.

La jeune fille était pensive ; elle répéta machinalement : « Eh bien, maman? » et garda le silence. Sa curiosité commençait enfin à s'éveiller sur ce mariage si important aux yeux de sa mère, et jusqu'à ce moment si indifférent aux siens.

— Voilà un mariage arrangé ! reprit j'aiement madame Rémond , j'ai bien vu <|iie c'était affaire conclue : j'en étais presque siuv , ajoula-l-clle en jetant un coup d'œilsur sa fille eteusuile sur elle-même... du moment quel enh<'\ ueavail lieu !.. . K(

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