‹ Gabrielle (volume 3)Chapitre 20 sur 40 · G0NF1DENG1 S DE II .1 NES PILLES · texte numérisé non relu

G0NF1DENG1 S DE II .1 NES PILLES

attachés sur ce billot, un léger bruit se lii à la fenêtre. Mou premier mouvement lui de nie dérober aux regards, en rentrant précipitamment dans le cabinet, et en poussant la porte vitrée qui me permettait de tout voir sans être vue, la chambre étant éclairée, et le cabinet dans l'obscurité. A peine y étais-je entrée, que la fenêtre s'ouvrit : comme elle était au rez-de-chaussée, elle présentait une issue commode, et le prince entra à mon grand étonnement !.. mais ma surprise s'accrut bien autrement, quand je vis Rose arriver presque en nirnio temps par la porte, suivie de M. Yves qui disait avec emportement :

« --Je vous le répète, madame, c'est lui que vous alliez chercher! »

Et, la prenant par la main brusquement, à la vue du prince :

oum ii>i:\< l:s de jeunes pilles. sas

« — La preuve... s'écria-t-il, c'est que le voilà ! »

Rose jeta un cri douloureux à ces mots, et resta ensuite immobile et muette. . . Les deux jeunes gens se regardèrent avec colère sans rien dire.

Après quelques instants de silence , M. Yves, qui semblait plus maître de lui, prit un ton plein d'ironie, en disant :

— Puisque vous vouliez , madame , nous envoyer demain matin au-devant de monsieur, vous devez être charmée que je puisse le rencontrer ici dès ce soir, et lui faire compliment sur des succès dont vous ne m'auriez peut-être pas chargé de le féliciter.

— 0 ciel! s'écria Rose effrayée du ton

insolent et moqueur de ces paroles et de i. ts

l'effet qu'elles produisaient sur le prince, songez-vous à qui vous parlez?

— Oui , madame , reprit Yves encore plus dédaigneux; je sais très-bien à qui je parle, et je...

Le prince l'interrompit à ces mots , en disant d'un ton simple, quoique encore un peu ému :

— Vous parlez , monsieur , à un jeune homme comme vous... qui croit, comme vous, avoir le droit d'être ici , que vos paroles ont offensé, et dont la présence vous offense ; et ce jeune homme est prêt, monsieur, à vous en demander et à vous en rendre raison ; rien de plus ! . . .

— Très-bien, monsieur, reprit Yves d'un ton plus poli ; mais , souriant amèrement , il ajouta : Nous verrons maintenant a qui restera le champ de bataille...

Le prince était en uniforme, il avait une épée ; Yves y porta les yeux, et dit... Venez !..

— Nous ne sortirons pas d'ici; il y aurait du danger pour vous, monsieur, dit le prince.. . Avez-vous des armes?

— J'allais au-devant devous, monsieur, répondit Yves, quand j'ai rencontré madame près de la porte du parc : j'étais donc préparé à vous recevoir...

A ces mots, il prit une épée qu'il avait posée sur un fauteuil en entrant dans la chambre.

Rose voulut se jeter entre eux.

— Restez donc tranquille! dit M. Yves avec dédain ; vous êtes notre témoin.

Rose, sans force contre son mépris, resta

22,s KMDENCES DE Ji:t m:s rii.T.rv

sur un siège, anéantie : je \ is l'épée du prince se diriger contre le cœur de celui que j'aimais ; j'oubliai tout, j'entrai brusquement , je me précipitai près de lui avec un cri terrible!... Chacun fut interdit de ma présence; le prince venait d'être blessé à la main droite, le sang coulait abondamment; il était impossible qu'il tint son épée, et le combat était fini.

— Monsieur, dit le prince, je dois à la vérité de déclarer que, si tout a dû me donner l'espérance d'être bien reeu ici ce soir, rien ne m'a jamais donné le droit d'y rester!... En achevant ces mots, il sortit.

Rose sembla se ranimer un peu à ces paroles.

— Vous l'entendez? dit-elle à M. Yves ; je n'eus aucun tort envers vous ! ... et toi , Élénore, laisse-moi t'expliquer...

— Je ne veux rien entendre! m'écriai-je; je sais tout ! Ah ! c'est affreux !

— Affreux! reprit Rose avec une profonde douleur; car, depuis huit années, tout mon cœur est à lui , à lui seul î

Et elle désignait M. Yves, qui parut plus surpris que touché de ces paroles.

— Après deux années d'absence , continua-t-elle en sanglotant, deux ans où je l'avais regretté chaque jour, il revint d'Angleterre triste et découragé ; il lui fallait, disait-il, un peu de bonheur pour supporter la vie... Ah! Élénore, la meilleure leçon pour une jeune fille, c'est d'apprendre la vérité , de voir le monde tel qu'il est!...

Moi, c'était toute mon existence que cet a inour ! ce fut à peine pour lui une distraction] 11 s' affligeai! encore d'une position

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perdue, d'une (arrière interrompue, que sais-je? de mille choses que je ne comprenais pas!... même à mes côtés, même avec mon amour ! et quand j'oubliais tout pour lui, il regrettait encore, il s'inquiétait sans cesse.

Deux années se passèrent ainsi ; lui, toujours ennuyé, moi, toujours désolée et blessée de son ennui ! Des reproches et des plaintes achevèrent de l'éloigner.

C'est ainsi, Élénore, que finissent dans les regrets et les humiliations quelques jours de tourments et de troubles qu'on appelle du bonheur!... Lui, il chercha des plaisirs nouveaux... le dépit me prêta assez de force pour ne le pleurer qu'en secret. C'est alors que tu vins près de moi, et toi seule as su ce que recouvraient d'amères douleurs

ï parures, ces fêtes et ces plaisirs pai b squels je cherchais à m' et ourdir,

Je voulus interrompre Rose; mais elle parlait avec tant d'emportement , qu'elle ne m'entendit pas, et qu'elle continua malgré moi, malgré M. Yves, quirestait interdit d'une véhémence si peu naturelle au caractère de Rose, et que la situation cruelle où elle venait de se trouver lui avait seule donnée.

— Élénore , continua- 1 -elle , tu t'en souviens? il y eut une fête où il vint par hasard, où je te le présentai, où ses regards ne me quittèrent pas, où je crus l'avoir retrouvé!... où, me voyant entourée et courtisée par la foule et par les hommes les plus élégants, par le jeune prince dont toutes enviaient l'hommage, il sembla revenir à moi!... Enfin, que te dirai-je? j'espérais de la vanité ce que je n'attendais plus de l'amour ; je voulus que ma tendresse, dont il ne se souciait plus en secret, fût encore

cherché* par lui eji public, qu'il y mît de l'orgueil, que mes succès pussent flatter son amour-propre! Je souhaitais avoir encore des sacrifices à lui faire pour payer son retour!... (Juo vcu\-tu? quand on sent qu'on s'égare, et qu'on se perd, on prend tous les chemins qui se présentent ; on essaie de toutes les routes que l'on rencontre, on voudrait atteindre le but à tout prix! Je ne raisonnais plus, je ne voyais plus, je voulais le ramener près de moi!... et pour cela tous les moyens me semblaient bons, toutes les folios me semblaient raisonnables !

Ah! tu l'as vu comme moi, Élénore, il était là! ... il élait revenu! je le frouvaischez moi, je le rencontrais dans tous les salons; il était de moitié dans tous mes plaisirs... il paraissait occupé des assiduités du prince... il \ienl de s'en offenser. . . Il m'aime doue

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encore puisqu'il est jaloux!... Je n'ai plus qu'à le convaincre que sa jalousie était le seul but que je poursuivais; que si ma folie a donné des espérances à un autre , je ne voulais pas , je ne pouvais pas les réaliser, car je n'ai jamais aimé, je n'aimerai jamais que lui.

A ces mots, quelle m'adressait pour convaincre un autre, car toutes ces paroles étaient dites devant lui et pour lui , moi , dont elles enlevaient tout l'espoir, dont elles détruisaient toutes les illusions, je ne pus m'empêcher de m'écrier malgré moi : Ah ! pourquoi ne me l'avais-tu pas dit? pourquoi sacrifiais-tu jusqu'au bonheur de ton amie?

Je ne puis te dire, Gabrielle, quel effet produisirent ces paroles qui s'échappèrent avec amertume de mon cœur... Oh ! je ne me trompai point alors! non! rllo H;<i!

réelle la joie qui brilla dans les yeux de M. Yves! c'était une expression de bonheur, un mouvement involontaire de plaisir, qui lui fit répondre vivement, en s'approchant de moi, et en me prenant les mains :

— Serait-il vrai, vous m'aviez deviné?

vous partagiez mon amour?

— Quel bonheur! s'écria Gabrielle eu embrassant Élénore avec transport; c'est toi qu'il aime!... Ah ! c'est bien à lui, c'est un honnête homme ! Et tu pourras lui promettre mon amitié, aussitôt que vous serez mariés... car je parie maintenant que les obstacles vont venir de cette femme que je déteste puisqu'elle t'a fait du chagrin ! Mais il faudra que nous en triomphions! Je t'aiderai, c'est mon droit, tu <'s mon amieç est-ce qu'on aime une personne pour autre

chose que pour la rendre heureuse ! il faudra bien que tu le sois.

Élénore sourit tristement de la vivacité naïve et bonne de Gabrielle, et continua :

— Te dire , ma chère amie , ce que le cœur de cette femme, ulcéré depuis si longtemps , éprouva de ce nouveau malheur inattendu, est impossible. Si j'en juge par la souffrance qui parut sur son visage, par les impressions diverses qu'on put y lire , son àme ressentit une telle douleur, que je ne fus pas maîtresse d'un mouvement de pitié; mais son mal ne s'exprima plus par des paroles. Elle qui avait trouvé tant de mots passionnés pour l'amour qui espérait encore , resta muette devant le désespoir ; où les mots lui semblèrent impuissants pour exprimer sa pensée. Un geste indicible, don! rien ne peut donner une idée

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précise , interrogea seul celui devant qui

Kose paraissait maintenant trembler :

— Est-il donc vrai que nous ne m'aimiez plus? semblait demander énergiquement le geste muet qui disait tant de choses.

M. Yves hésita, puis répondit avec douceur :

— Ma vie. . livrée depuis longtemps à de grandes dissipations, ne m'offrait rien qui ressemblât aux douces et tendres impressions que j'éprouvais en voyant votre amie... vous m'attiriez vous-même auprès d'elle.1. . et , sans projets, sans espérances, je cédais au charme puissant de l'innocence et de la beauté, voilà tout !

Kose voulut parler, demander raison de i ette jalousie qui a\ail ajouté a son erreur : du moins |c < i us la comprendre, et . lui

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aussi, il interpréta de même quelques mots inarticulés qui s'échappaient de ses lèvres pâles et tremblantes; car il reprit :

— Il y avait, madame, tant d'affectation... Pardonnez-moi d'oser rappeler ici toute... la vérité, dit-il en s'interrompant. En ce moment M. Yves semblait autant craindre d'offenser Rose qu'il avait eu l'air de chercher à l'irriter quelques instants auparavant; son ton était gracieux et plein de respect... l'amour qu'il ne partageait plus lui inspirait autant de pitié que la coquetterie et l'infidélité qu'il avait soupçonnées lui causaient avant de dédain et de mépris... Il y avait dans la vérité de la passion de Rose quelque chose qui imposait. . .

— Oui, madame, continua-t-il de ce ton doux et bon ... je voyais , je croyais voir de l'affectation à me condamner sans pitié à un rôle ridicule; à me retenir... pour

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me rendre témoin de votre... empressement... pour un autre... Je croyais...

Pardonnez... Et il hésitait à chaque mot, semblant craindre de l'offenser et de l'affliger.

Je croyais, dit-il, que les reproches adressés par vous... à mon inconstance... cesseraient enfin quand j'acquerrais devant vous la preuve de la vôtre. Convenez que ma surveillance a dû un moment se croire bien inspirée. . . que j'ai pu douter de la vérité... et oublions l'un et l'autre, madame, ce qui peut... dans tout cela avoir blessé votre cœur et le mien. Je quitte à l'instant le château... il est probable que nous ne nous re verrons plus... nos entrevues n'offriraient rien d'agréable ni pour vous...

Son regard me chercha, puis il salua profondément^. Je ne l'ai plus revu.

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Comment cela? demanda vivement Gabrielle.

— Rose tomba sans connaissance à mes pieds, et ne revint à elle qu'avec une lièvre ardente qui mit sa vie en danger pendant plusieurs jours ; les fêtes n'eurent pas lieu ; là société quitta le château. Le monde , diton, parla beaucoup de cette nuit funeste où chacun pourtant était intéressé au secret; mais rien n'échappe à la malignité. Seulement , dans ce qui devrait rester mystérieux , comme on ne sait jamais au juste les détails, chacun les arrange à son gré, et l'on fait du récit d'un malheur secret mille récits publics plus bizarres les uns que les autres.

Cependant, dès que la fièvre laissait à Rose la possibilité de reconnaître ce qui l'entourait, ses yeux se portaient sur moi avec tant de colère et de souffrance, et, dès

qu'elle fut un peu mieux, tant de trouble et d'agitation continuèrent à la tourmenter à ma vue, que je lui exprimai le désir de la quitter. Elle accueillit si vite cette idée, annonça si promptement à M. Simon ma volonté de retourner, au moins pour quelque temps, dans cette maison , et mit tant d'empressement à me faciliter les moyens d'y rentrer, que je me retrouvai ici avant d'avoir eu le temps de réfléchir que j'y rapporterais des chagrins et des regrets qui rendraient la solitude bien difficile à supporter.

— Et depuis trois mois , Élénore , dit Gabrielle avec intérêt , tu n'as pas cherché à savoir ce qu'il devenait? N'as-tu confié tes regrets à personne? N'as-tu pas demandé conseil à M. Simon?

— Hélas! reprit Élénore, que pouvais-jc faire? Celui que je regrette n'avait-il pas

CONFIDENCES DE JLl M s FILLES: 251

appris qu'il était aimé? Ne sait-il pas que je su is libre ? Ne pouvait-il pas me chercher s'il m'eût aimée réellement? Ah ! je connais assez le monde pour savoir tout mon malheur! Les hommes attachent peu d'importance à notre destinée; s'ils se marient, c'est pour une fortune, une position, pour mille choses où la femme qu'ils épousent n'entre pour rien.

— C'est peut-être la faute des femmes, dit en souriant Gabrielle.

Élénore continua sans lui répondre :

— Rose, fit un voyage dès que sa convalescence le lui permit; mais j'ai su aujourd'hui même qu'elle était de retour.

— Aujourd'hui?... s'écria Gabrielle; tu l'as vue?

.le l'ai aperçue ; mais elle n'a pas de-

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mande à nie revoir, répondit tristement Elénore.

— Elle est donc venue ici? demanda Gabrielle. .l'aurais pu me rencontrer avec elle; déjà1 je la connaîtrais si elle n'avait pas fait un \oyage.Oh ! je sens que je n'aimerais pas cette femme! Mais pourtant, Elénore, je ne veux pas que tu la revoies sans moi. Va, je suis de meilleur conseil que tu ne crois. Il y a bien des choses que j'ignore complètement ; mais mon ignorance même me les fait voir autrement et plus juste que toi , peut-être. 11 me vient alors des idées et des projets auxquels tu n'aurais pas pensé, j'en suis sûre.

— Ah ! reprit Élénore avec découragement, toi aussi, le monde trompera tes espérances ; il est si différent de ce qu'on imagine ! Il y a tant de troubles secrets, tant de causes de malheur cachées! Et si les cata-

i:omii»i:\(.i:s de ii:i nés i ii;i.i:s. ;>;r>

sfrophes sont rares, les événements qui pourraient les amener sont bien fréquents !

— Ah! dit Gabrielle pensive... et tu ne voulais pas m'apprendre tout ce que tu viens de médire?

— Oui, j'ai eu tort peut-être, reprit Élénore, de jeter ainsi l'idée du mal , du désordre et du malheur dans ton esprit si pur.

— Élénore ! dit gravement Gabrielle , si j'avais dû passer ma vie à la terre d'Arnouville avec mes fleurs et mes oiseaux, peutêtre eùt-il mieux valu tout ignorer? La pensée du trouble et du chagrin est un mal pour le cœur. Écoute-moi; je ne sais rien , je nai rien appris ni rien vu, mais il m'est venu à l'esprit bien des fois qu'il y avait en nous un instinct de l'âme pour la garder de tout mal, comme il y a un instinct machinal qui nous porte à éviter ce qui peut nous

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biesser^ nous fait détourner du coup qui nous menace... .1 ai pour, vraiment, que toutes vos belles idées du monde ne servent

qu'à éteindre, ou à diminuer au moins colle lumière que le t'iel a mise en nous pour éclairer noire route ! . . . Quand j'arrivai ici, Bien or e, ma voix se lit entendre un jour pour exciter à la danse les jeunes pensionnaires, et le maître ; qui leur apprenait à chanter, m'écouta avec surprise; il vint a moi, me parla de dit lieu 1 tés, de bémols, de dièzes, de méthode et d'étude, que sais-je? .le ne le comprenais pas, et pourtant aucune de ses élèves ne pouvait imiter qu'a force de travail les accents qui me venaient d'eux-mêmes; le maître avait su plus vite donner un nom à tous les sons de ma voix qu'il n'avwl pu les rendre; il faisait une science de la musique et ne pouvait pas chanter Eh bien! ma chère amie, il me semble qu'il onesl de même dans le monde

de toutes nos bonnes impressions. On leur a donné des noms : ce sont des vertus, des qualités; on les enseigne, et c'est peutêtre cela qui empêche de les deviner. On dit qu'il faut du courage et du travail pointes acquérir, et peut-être ne faut-il que ne rien mettre de mauvais, ou d'inutile, à la place qu'elles tiennent naturellement dans le cœur.

Pourquoi cette jeune femme, cette Rose, que je ne comprends guère, a-t-elle épousé un vieillard qu'elle ne pouvait aimer? Avec uu homme qui eût pu lui plaire, .elle eût été sage et heureuse!... Pourquoi courir, dans les fêtes, à ces dangers d'amour dont on doit se garantir? Pourquoi. . . mais je n'en finirais pas, si je te demandais l'explication de tout, ce que tu m'as dit d'inexplicable... Moi. sais-tu ce que j'ai vu dans celte campagne éloignée des villes, oùj'aj pasfcé ma vie?De

itt CONFIDENCES DE lll NBS PILLES;

pauvres pavsans. . lotit près de la nature! Quand j'arrivais chez un de nos fermiers, vers le soir, je m'arrêtais quelquefois sur le seuil de leur cabane; là, je voyais une femme présidant aux arrangements intérieurs, soignant de nombreux enfants, instruisant les uns, occupant les autres, amusant les plus petits ; et bientôt les plus grands revenaient avec leur père des travaux du dehors, travaux qui laissaient , il est vrai, après eux le souci des orages... mais dont ils apprenaient tous ensemble à braver les dangers... car tous savaient supporter la fatigue avec joie, le chagrin avec résignation et les privations avec courage; et ils n'avaient appris cela dans aucun lisre, mais dans leur âme.

Si tu sa\ais quelle joie axait le pauvre ménage à se retrouver ainsi après les travaux du jour! Cnmnriele mari aimai! cette

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simple compagne en robe de bure! Comme il y avait du bonheur dans cette tendresse mêlée à cette vie active et utile! Pourquoi donc la femme aux blanches mains, au gracieux langage , aux parures élégantes , n'aurait-elle pas aussi les joies innocentes de la vie? Laisse, Élénore, ta sauvage amie arranger pour elle et pour toi un avenir auquel le monde ne se mêlera que pour ajouter à nos plaisirs.

— Comme tu es confiante ! reprit Élénore en sourianl; tu crois encore que l'on peut être heureux.

— Pourquoi pas ? dit Gabrielle avec gaieté.

Mais, au moment où elle allait continuer, une voix se fit entendre qui les rappelai l dans la maison. Depuis longtemps déjà la nuit (Mail profonde; i! fallait rentrer

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l>c\ant la religieuse qui venait les chercher les confidences cessèrent; les jeunes filles restèrent silencieuses, mais il y avait une tendresse pleine d'effusion dans les mains qui se croisaient , et qui se serrèrent avec vivacité à l'instant où elles se dirent adieu, et se séparèrent en prononçant ces mots : A demain !

Gabrielle rentra dans sa chambre, encore tout agitée de la série d'idées nouvelles qui s'étaient présentées à son espril dans cette seule journée... Elle pensa aux malheurs d'Elénore; aux moyens de les réparer; à la possibilité qu'offrirait peutêtre sa grande fortune à elle d'arranger l'avenir de son amie; à son ascendant sur M. Simon dont elle userait. Fuis à tout ce qu'elle projetait pour le mariage d 'El énore, se mêlait une joie enfantine qui lui mon Irail le temps rrii toutes <\cu\ seraient ma,"

riees, où elle serait la femme d'Yves de Mauléon, de ce beau jeune homme si gracieux, quoique un peu moqueur.

Et Gabrielle s'étant mise au lit comme à l'ordinaire, fermait les yeux comme à l'ordinaire, mais ne dormait pas comme elle dormait ordinairement : ce ne fut qu'après avoir repassé plus d'une Ibis dans son esprit tout ce qu'elle avait entendu de nouveau, qu'elle trouva le sommeil. Encore ne lut-il point calme et profond. Lin rêve lui retraça la soirée sombre au fond du jardin, le récit d'Élénore, l'amour espéré par elle, l'amour regretté par Hose... Et tout à coup le rêve capricieux changea la douce ligure d'Élénore appuyée sur son cour en la noble ligure d'Yves de Mauléon. C'était lui qui

parlait,» lui qui écoutait Gabrielle. C'était avec lui qu'elle échangeai! des sourires et des larmes ; cï-iaif son bras qiii enlouniit

-r>0 CONFIDENCES DE ll.l NES PILLES.

sa taille, et c'était elle qui reposait doucement sa tête appuyée sur celui qu'elle aimait... Mais le songe ne dura pas. A cette image, le cœur de G abri elle battit si vivement qu'elle s'éveilla.

C'était le premier rêve d'amour de la jeune fille.

Alors elle se rappela tout ce que le récit d'Élénore avait révélé à sa pensée de ces passions, de ce désordre , de ces regrets douloureux d'une femme enviée et brillante ; elle se souvint aussi de la simple famille des villageois, de l'aspect tranquille, du calme joyeux empreint sur le visage de la femme. Et le sommeil fermant de nouveau ses yeux, un nouveau rêve aussi lui l'i vsenta cette fois une riche habitation loin des villes... une femme, qui répandait le bonheur autour d'elle par le travail et les bienfaits; des (Mitants qui l'entouraient h

CONFIDENCES DE Mil Mis FILLES. -2M

la couvraient de leurs caresses; et cette femme, c'était elle!... qui veillait sur eux tous en cherchant, pour prix de ses soins, un sourire d'approbation et de tendresse sur le visage de celui qu'elle aimait, et son rêve répétait encore cette fois la gracieuse figure d'Yves deMauléon, dont le sourire, plein d'amour et de joie, n'avait plus rien de moqueur.

Le lendemain... Gabrielle rêva tout éveillée aux songes de la nuit. . . et ce fut dans cette disposition d'esprit qu'elle attendit le moment de son mariage avec M. le duc Yves de Mauléon.

LE JOUR Dlj MARIAGE.

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