‹ Gabrielle (volume 3)Chapitre 25 sur 40 · LE .101 II IX MARIAGE · texte numérisé non relu

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{annonçant l'heure de la cérémonie. Fais « demander à M. Simon, qui doit alors être « revenu de son voyage, de t'accompagner : « une lettre l'en préviendra aussi. Il fau! m que tous ceux que j'aime soient là : cela

me portera bonheur.

En achevant la lecture de cette lettre Élénore prit la main de M. Simon et l'entraîna vers la voiture qui attendait dans la cour; ils y montèrent ensemble. Pendant la route, la jeune fille, plus animée que de coutume, et adroitement interrogée parla tendresse du vieillard , laissa échapper une partie de son secret; et ils n'étaient pas arrivés que 31. Simon savait qra'Élénore avait lait un choix, qu'elle aimait de cette tendresse profondeet durable qu'éprouvent Les âmes câlines el paisibles; car moins on

esi susceptible de mobilité et accessible aux distractions, plus les sentiments intimes oui de force et de puissance. Les confidences

s'étaient tuiles si naturellement pa?' la confiance , et avaient été si bien comprises par l'affection, que la jeune tille croyait n'avoir encore rien dit, quand il ne restait déjà plus lien a apprendre à son vieil ami, que le nom de celui qu'elle aimait.

Pendant ce temps -là Gahrielle venait

d'achever sa belle toilette de mariée, moins brillante peut-être que ne l'eût souhaité sa mère, qui lui pardonna pourtant, en la voyant si jolie qu'il était impossible d'imaginer qu'une autre parure put l'embellir davantage.

Madame Kéinond, qui s'était amplement dédommagée sur elle-même de la simplicité de la toilette de su lille, et qui avait bien autant de joie a étaler nue splendide opu-

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lencequ'à contempler la gracieuse beauté de liabrielle, laissait deviner, au milieu de tant de sujets de satisfaction, un fond de chagrin qui l'oppressait , et même elle ne put s'empêcher de céder tout à coup à sa douleur.

— Quels regrets n'a-t-on pas, s'écriat-elle, en pensant qu'une si belle mariée ne sera vue par personne ! Si j'avais su cela! Le plaisir d'être duchesse est payé bien cher par toi, ma pauvre enfant ! ,

(iabrielle ne put maîtriser un sourire.

— Oui, tu prends ton parti, continua sa mère. Ton mari te plaît, et, c'est vrai . mon gendre est un beau jeune homme, qui a une superbe tournure, et tu peux te liât- 1er d'avoir un beau mari. Mais qu'est-ce qu'un beau mari, si on ne le montre pas? Qu'est-ce qu'un mariage comme celui-là

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qui se l'ail à huis clos? Enfin on n'ira pas même à la mairie! Il est vrai que ceci n'est pas mal : le maire se dérangera ; il apportera les registres chez madame la marquise de Fonteua\-Mareuil, ou plutôt chez cette vieille princesse, son amie, avec qui elle demeure, cela ne se fait que pour les plus grands personnages, etd'ailleurs les sallesde la mairie sont laides, et l'on ne peut pas y faire une belle cérémonie... Mais se marier dans la chapelle de l'hôtel... dans une maison enfin, et non pas à l'église : c'est à peine si Miseras mariée. Pourvu que ça ne te porte pas malheur, vraiment ! car il n'y aura pas d'orgue! pas degrand' messe! unepetitechapelleoù l'on tient à peine quarante! Au lieu qu'une église pouvait tenir deux mille personnes! Il pouvait y avoir deux ou trois cents cierges s de la musique, des voit ures a remplir toutes les rues voisines! Op se

serai/ «lil dans tout Paris : Oui ;i \ n, ou plu-

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lû\ qui n'a pas vu le mariage de mademoiselle Rémond , la fille de cette dame Rémond qui est si riche? Elle est duchesse! Il y avait des ducs, des comtes, des marquis à cette noce-là , et la mère a bien fait les choses!... Voilà ce qui devait être! Mais non, rien! C'est bien la peine de donner des millions de dota sa fille pour qu'il n'y ait pas de noce!

Gabrielle vit sa mère dans un tel désespoir au souvenir de ce qui aurait pu être, qu'elle l'embrassa avec tendresse pour dissiper ce triste nuage ; mais madame Rémond ne sentit pas le baiser de sa fille, tant la douleur s'était emparée de toute son âme.

— Et pas même de bal ! continua-t-elle; pas de bal de noce , ma pauvre fille ! pas une contredanse! Moi qui en ai dansé vingtsept le jour de mon mariage !

— Eh bien ! dit Gabrièïlè eu riant , mets

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en douze pour moi, maman, il t'en pestera encore quinze, et c'est fort joli. Moi, j'ai pour mon bonheur de mariée... une bonne mère qui m'aime bien, et un mari qui...

— (Jui t'aimera, n'est-ce pas? dit la mère adoucie à l'idée du bonheur de sa tille : je crois bien qu'il t'aimera!

Et, regardant avec tendresse la belle enfant si brillante de jeunesse et de fraîcheur, elle ajouta :

— Sais-tu qu'il n'y en a pas une de ces duchesses du faubourg Saint-Germain qui ait des couleurs éclatantes comme celles de

ton \isage? qui ait de beaux bras comme les liens, et une taille aussi belle? Toutes ces grandes dames sont si maigres, si pales et si chétives que j'en ai pitié!... on appelle cela un aii- distingué., comme s'il pouvail \ avoir quelque chose de distingué

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à ressemblera des gens qui n'auraient pas de quoi dîner !

Et madame Kémond regardait avec ravissement dans une glace l'énorme embonpoint qui attestait à ses yeux son immense opulence; puis elle ajouta , comme une espèce de confidence :

— Sais-tu qu'ils étaient ruinés la grandmère et le petit-fils? et il y en a plus d'un comme cela au faubourg Saint-Germain!

Ces derniers mots avaient sans doute réveillé un souvenir dans la pensée de Gabrielle ; car elle sonna une femme de chambre, lui parla près de la porte, et , prenant une lettre dans un secrétaire :

— Joignez-y ce papier, dit-elle, et que madame la marquise de Fontenay-Mareuil trouve tout cela ce soir quand elle rentrera dans sa chambre.

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En ce moment madame Rémond s'aperçut qui! ne restai! plus que le temps nécessaire pour arriver juste à l'heure où l'on était attendu.

Yves de Mauléon sortait aussi à la même heure de son appartement de la rue de la Chaussée-d'Ântih , appartement de jeune homme pu il ne devait plus rentrer.

A l'instant où il allait monter en voiture. Henri de Marcenay s'arrêtait à sa porte, et ils se trouvèrent ainsi \ is-à-vis l'un de l'autre : mais Yves ne l'aperçut pas, tant ses réflexions l'absorbaient, et déjà celui-ci l'avait appelé deux lois par son nom sans se faire entendre, quand il le prit par le bras pour forcer enfin son attention.

— Que me \onlez-\ous , Henri? dit ^ ves de Mauléon.

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— 0& que je veux? mais no partons-nous pas tous aujourd'hui pour l'Angleterre?

Lord S ne nous attend-il pas pour une

chasse au renard? n'est-ce pas affaire arrangée?

Yves s'arrêta avec étonnement : il était en ce moment si loin des pensées de ce genre, qu'il ne concevait plus qu'on l'y associât.

Henri quitta son bras, le regarda des pieds à la tête, et , éclatant de rire :

— C'est vrai, dit-il! vous vous mariez! je n'y pensais plus. Eh bien! mon ami, ce sera pour le mois prochain : nous en aurons une autre, une chasse au sanglier! elle sera magnifique. Lord S. ... fait les choses a merveille ; il sera ruiné avant deux ans : je ne m'amuse nulle part autant que chez lui.

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