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Et, comme Yves le regardait «ans ré pondre, sans avoir même l'air d'entendre Ce qu il disait, il ajouta :
— Mais vous voilà pâle et triste ! on parle pourtant d'une affaire superbe : deux mil lions de dot et autant de retour!... et les héritières sont plus rares qu'on ne le croit ! . . . D'Estival et Melcourt en cherchent tous deux depuis six ans... Quelle mine de marié de province faites-vous donc là?
Quand je voudrai peindre une figure do prétendu dans un de mes ouvrages...
Yves de Mauléon le regarda avec un nouvel étonnement.
— Vos ouvrages? dit-il.
— Sans doute, j'écris, maintenant; j'ai del'esprit quand je ne sais que faire, et (\u génie les jours d'ennui ; prenez garde à vous !
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\ \cs s'efforça do sourire , e( dit :
— Ne peut-on être préoccupé par quelque affaire sans donner lieu à vos plaisanteries?... Vous me reverrez avant peu au milieu de vous et aussi joyeux que vous tous.
En achevant ces mots, il serra la main d'Henri et lui échappa en montant en voiture.
\ ves de Mauléon disait-il vrai? comptaitil retourner à sa vie dissipée, ou prendre de nouvelles habitudes? il n'en savait rien lui-même. Engagé dans une route où les circonstances l'avaient jeté, sans projets et sans désirs, il s'abandonnait à la destinée qu'il n'avait pu vaincre; et comme aucune idée ne l'occupait, il recevait des événements de chaque jour quelque nouvelle impression. Quand un projet ou une
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passion présente un luit à la vie, Ions les détails et tous los événements de chaque jour s'effacenl et disparaissent : c'est le coursier fougueux emportant avec tant de rapidité celui qui le monte que toutes les aspérités de la route passent inaperçues pour lui; mais quand rien n'appelle vivement la pensée sur un seul point, elle s'attache à tout pour se tourmenter avec des riens.
Depuis quinze jours, tous les détails d'ailairesetd'arraïujementsétaient pour Yves de Mauléon l'objet de mille impressions diverses qu'il ne disait à personne , et que tout le monde aurait pu deviner. Sa situation de fortune, les discours de madame Rémond à ce sujet, les termes du contrat, tout lavait blessé ou ennuyé; et ce dernier jour semblait mettre le comble à une irritation et à ii ii mécontentement dont il subissail I in
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lluenee sans s'être bien rendu compte de ses motifs.
C'était lui qui avait donné tous les ordres pour arranger l'appartement que les jeunes mariés allaient habiter rue de Varennes. Gabrielle avait exigé qu'il en fut ainsi; et comme il n'est guère d'usage qu'on laisse une aussi jeune femme sans chaperon , que sa mère ne pouvait lui en servir , il fut décidé que la marquise aurait aussi son appartement dans ce même hôtel et vivrait avec eux.
Madame de Fontenay - Mareuil avait voulu que le mariage se fit chez elle, ou plutôt chez la princesse de T** *, dont la \ ieille amitié et même quelque parenté faisaient le chef de la famille; elle avait exigé aussi qu'il se fit en petit comité.
El comme, à la grande joie de la mar-
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quise. madame HciikiiuI 11 'avait de parent que son no\ou Georges llcmimil, elle demanda qu'il fût au nombre des témoins, ainsi que M. Simon : elle avait cédé sur toul le reste, aussi furent-ils acceptés de fort bonne grâce'.
Georges Kémond avait trente ans, une douce figure, une taille peu élevée, un air timide et une physionomie qui ne s'animait que dans la confiance de l'intimité. Il écrivait par goùl, croyant que publier quelques idéesnouvelles et utiles était presqu'un devoir quand on les sentait germer dans son esprit. Un de ses ouvrages avait eu au théâtre un de ces succès qui font époque autant par l'élévation des idées que par le mérite littéraire. Georges n'avait pris ni orgueil, ni vanité, au milieu du triomphe; il était resté ce qu'il était avant , de cette bonté mélancolique qui sympathise ayee le
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malheur, et de cette fierté délicate qui rend susceptible avec les heureux. Il ressemblait à ces fleurs modestes, dont les nuances imperceptibles et les doux et suaves parfums échappent facilement à l'attention; mais qui, vues de près, charment, captivent et attachent.
Un attrait puissant lui a\ait parfois fait chercher Gabrielle; mais, trop honnête homme pour profiter de l'âge de sa cousiue, et de la liberté qu'il avait de la voir, pour lui inspirer des sentiments trop favorables à son intérêt, à lui, il apportait au mariage des regrets simples et purs comme son cœur. Il ne lui vint pas même à l'esprit , tant il était loin des choses de ce monde, qu'il pourrait au moins tirer vanité de ce mariage qui allait unir leur famille à la pi us haute noblesse de France ! Pourtant que de partisans de l'égalité n'y eussent pas
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manque' combien n'eusseul pas formé d'orgueilleux projets!.. Bans doute pouf connaît ne de prêt toutes les \ unités de la grandeur, comme tant de démocrates de nos jouis s'emparent des places et des emplois pour bien connaître par eux-mêmes toutes Jes vanités de la fortune.
Les amis et allies de madame de Tonte rray-Mareuil remplissaient donc le salon , placés solennellement par leur âge ou leur rang. \u nombre des premiers on voyait madame de Savigny; la marquise lavait connue enfant, et n'avait jamais cessé de la voir. Rien n'était plus gracieux que sa simple et élégante toilette; c'était l'ail dans tonte sa perfection, car on ne l'apercevait pas. Jamais sa ligure n'avait eu plus cou stammenlun air de gaieté, jamais son esprit n'avait trouvé tant d'aimables saillies ; jamais un intérêt plus affectueux pour ce
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qui l'entourait ne sciait montre dans toutes ses manières ; jamais enfin la satisfaction et la joie n'avaient brillé dans ses yeux avec un tel éclat! Et cet aspect de bonheur ne cessa pas un instant pendant la cérémonie.
De toute cette personne enjouée, il n'y avait qu'une main, immobile en apparence, et tenant un mouchoir de batiste brodée, garni de Valenciennes , dont les doigts invisibles, crispés autour de l'innocente dentelle, avaient , malgré les gants qui les recouvraient, déchiqueté et réduit en petits fils imperceptibles tout un côté de ce beau mouchoir, sans que celle qui le tenait se lût aperçu duravage involontaire causéau léger (issu si maltraité par elle.
Quant à Gabrielle, elle avait pensé dès l<> malin a Élénore pour renvoyer chercher elle avait pensé à la marquise de Fonlcna\ - Mareuil et lui a\ai( écrit; mais, une fois
arHvée dans ce salon, <>u quarante personnes éiaienl réunie», elle no vit plus rien. efl ne pensa ]>lus à rien, qu'è l'importante < ci • mnniequi allait décider de sa destinée; ci a celui à qui elle allait la confier.
\u moment Quelle venait, en traçant sou nom sur les registres de Total civil, de Kïei à jamais son sort au sort d'un autre, calme el confiante elle leva sur lui de beaux yeux pleins de bon heur; mais il nela regardait pas lui !... ses regards étaient fixés avec inquiétude à l'autre extrémité du salon. C'est qu'un des témoins , M. Simon, arrivait seulement alors; et qu'à sa grande surprise, > ves de Mauléon voyait à ses côtés, entrant avec* lui, Klenore rayonnante de joie. C'est que la jeune fille, qui venait d'arriver, qui n a- \;iit lien vu, rien entendu de la cérémonie, l'apeiee\anl au milieu du salon, disait tout bas ;i son père avec ra\ Lssemenf :
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— lie Lui que j'aime, que j'avais perdu, que je retrouve ici, le voilà! c'est lui! M. \ves de Mauléon.
Le vieillard, stupéfait et tremblant, la regardait d'un air si inquiet, si étonné; il était sous le poids d'une telle douleur, qu'il n'entendait pas qu'on se plaignait de son retard, et qu'on le priait d'avancer et d'écrire son nom au bas de cet acte du mariage préparé par lui.
Georges Rémond s'approcha de M. Simon, l'entraîna près de la table, mit dans ses mains la plume, que le vieillard prit machinalement. Mais, quoique le trouble de ses idées fût tel qu'il ne distingua plus rien autour de lui, il sentit confusémenf que c'était le désespoir de sa fille auquel il allai! attacher son nom, et la plume échappa à sa main tremblante. La faiblesse du pauvre père désole servit d'excuse à ce trou-
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ble; <m l'attribua à l'àgej à la maladie, au respect qu'imprimail la Qoble assemblée; e( le notaire, le forçant a reprendre la plume, dirigea sur les registres cette main qui ne résista plus, el écrivit un illisible nom.
Alors tout le monde se leva pour passer à la chapelle oùle mariage allait s'achever; el Gabrielle, que le trouble et l'effroi d'^ vesde Mauléon surprenaient et avaient t'ait sortir de ses rêveries, pour porter son attention sur ce qui l'entourait, vit alors Élénore, pâle et chancelante, prête à tomber, m madame de, Sa viga) , toujours souriante el joyeuse, ne se lût avancée gaiement pom la soutenir, (iabrielle s'approchait en même temps, et l'entendit qui disait vivement à
\ni\ liasse a la jeune fille '■
— Pourquoi donc èles-\ous ici ?
Il loi 11 Dl MARIAGE.
Et Élénore, levant avec angoisse ses yeux
ollra y es, s'écria :
— Et vous?
— Qu'y a-t-il donc? demanda Gabrielle, que toutes deux aperçurent seulement alors.
— Rien, reprit d'un ton enjoué madame de Savigny, ignorant que ses paroles avaient été entendues; Élénore est mon amie, et je m'empressais de rajuster quelque chose a sa toilette.
Et, se baissant, elle rattacha à la taille de son amie un nœud de ruban qui ne se détachait pas; et Gabrielle, ayant en ce même moment, avec un mouvement subit, embrassé sa compagne tremblante, surprit ces mots prononcés très-vite et très-bas :
— C'est lui; prends garde, pu tu nous perds !
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Madame deSavigny, les ayant à |»ei machevés, s'éloigna en riant, comme Bielle eût jeté une joyeuse plaisanterie à la gaieté d'une amie...
— Élénore, dit vivement (iabrielle, cette femme, c'est Rose!
E1 portant ses yeux sur le visage légèrement contracté de celui qui venait de recevoir ses serments, et qui les regardait ave» attention :
— Et lui, celui que vous aimez toutes deux, ajouta-t-clle, c'est Yves de îMauléon !
Si la jeune femme eût encore eu quelques doutes, le visage décomposé d'Élénorc eûl confirmé toutes ses craintes.
Tout cela avait été rapide comme l'éclair; et dans le moment ou chacun se levai! après uneheure d'immobilité, et échangeai!
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quelques paroles eu se disposant à s.e rendre à la chapelle , personne n'avait pu s'apercevoir de ce qui s'était passé. Le comte de Rhinville, que sa vieille et intime amitié avait fait désigner, par la marquise, pour conduire à l'autel la nouvelle mariée, s'approcha pour lui offrir la main , à l'instant où elle venait d'aller à Yves de Mauléon et s'écriait involontairement : Arrêtez ! Mais madame de Savigny , qui était près du jeune duc , prit avec amitié la main que Gabrielle avançait comme pour empêcher tout mouvement.
— Oui, arrêtez donc, dit-elle en souriant, on n'est pas en ordre et rangé comme il faut. Chacun doit prendre son rang pour se placer à la chapelle ; et permettez, madame la duchesse, continua-t-elle avec l'aille plus affectueux, que moi, ancienne amie de votre nouvelle famille, je sois la première
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à \<mis offrir mes félicitations sur votre mariage, car \oiis «Mes mariée maintenant; ajouta-t-élle en appuyant sur ces mois, vous êtes mariée, à jamais mariée! et ce n '••>! (•lus qu'une bénédiction sur le mariage contracté que nous allons tous demander au ciel avec ferveur.
Gabrielle avait senti à l'instant qu'il ne tait plus possible de revenir sur le passé. Dans la confusion de ses idées , elle se laissa machinalement conduire au pied de cet autel, où elle ne demanda au ciel que du courage et des lumières pour une situation difficile, au lieu d'actions de grâces pour une situation heureuse quelle croyait lui devoir quelques moments auparavant.
La cérémonie achevée, chacun devait s'éloigner de chez la princesse, dont l'âge avancé n'aurait pu supporter une plus longue fatigue, lu dîner peu nombreux a va il