LE IO0R 1>1 MARIAGE
Cette résolution irréfléchie et prise d'inspiration avait tout à coup, aux yeux d'Yves de Mauléon , changé tnute la nature deGabrielle. D'une personne commune et dédaignée, elle avait lait une personne imposante et respectée. L'exquise délicatesse de la femme, en se révélant au cœur de l'enfant, l'avait métamorphosée pour lui : l'ignorante fille du peuple commandait en ce moment à l'héritier d'une illustre race un respect involontaire auquel il cédait sans réflexion.
Que dire? que faire? Si M. de Mauléon eût été sous le seul empire des idées vulgaires d'un homme du monde, il se fût trouvé ridicule, et voila tout! S'il n'eût pas eu naturellement cette âme délicate et impressionnable qui sent toutes les choses avant de les analyser, il eût peut-être cherche quelques paroles a opposer à celles de
LE JOLK J)U MARIAGE. 325
Gabrielle; mais la jeune femme avait si bien exprimé tout ce que lui-même avait éprouvé quelques instants auparavant; elle avait si bien sonde ce cœur de jeune homme pour toucher juste à toutes les blessures qu'il renfermait, que sa profonde et violente surprise s'exprima seulement par quelques mots sans suite, auxquels répondit un geste impératif de Gabrielle, lui indiquant la porte par laquelle il était entré! Et, comme si elle eût voulu adoucir un peu ce que cet ordre pouvait avoir de trop rude, elle prononça doucement et avec une inflexion pleine de tendresse ces derniers mots :
— Adieu, monsieur de Mauléon... je ne vous accuse pas... il y a dans ce qui s'est passé du malheur pour tous deux.. . mais. .. adieu!... à demain !...
^\cs cJ.tii près de la porte il hésita...
.->24 LE JOI.K Dl MARIAGE.
s'arrêta un moment.. . comme s'il eut voulu dire quelque chose... puis, voyant dans toute l'attitude de la jeune fille l'expression de sa terme volonté, l'attente de sa sortie... et l'impatience de son hésitation... il... s'éloigna.
A peine le jeune due eut-il quitté la chambre, que Gabrielle, sortant de l'immobilité où elle était restée constamment devant lui, alla fermer la porte en dedans, et Ht avec une violente agitation le tour de cette chambre solitaire. Sa figure calme, et même contractée au point d'être sévère, par l'effort qu'elle s'était imposé tout le temps de la présence d'Yves deMauléon, exprima tout à coup la plus vive anxiété et le plus profond désespoir. Des larmes brûlantes s'échappaient avec des sanglots, et. se jetant a genoux avec toute l'explosion d'une douleur concentrée qui s'exhale :