SE FEMME DU PEUPLE ENRICHIE
blesse ! Les entraves de la morale et de la religion se sont brisées aux orages des passions ! les passions se sont brisées à leur tour, emportant les illusions à leur suite, et laissant à leur place le dégoût du passé , la crainte de l'avenir et le sentiment du vide et de l'instabilité de toutes les choses de cette vie , à côté de l'oubli ou de l'incertitude de l'autre.
Madame de Savigny semblait avoir subi toutes ces funestes influences, car sa figure mélancoliqueengardaitencore l'empreinte.
Ce fut donc triste et soucieuse qu'elle fit la route qui menait de la rue des Postes à la rue de l'Université , où elle demeurait ; pendant que la marquise, dans la voiture du comte, retournait chez elle assez contente de la fille pour oublier la mère, et qu'Yves de Mauléon revenait a pied , voulant chasser par le mouvement les mille
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pensées contradictoires qui troublaient son esprit. C'était la paie figure d'Élénore, les \ ives »'i joyeuses couleurs do Gabriel le, le m iste sourire de madame de Savign] ' C'était le souvenir de M Simon, cet homme singulier qui rrangeeit pour lui ce singulier mariage ; c'étaient les espérances de sa grand'mèTe, ses projets à lui, ou plutôt cette absence de projets qui le livrait a la volonté des autres ! C'était enfin une foule de souvenirs et de liens qui rattachaient au passé, sans lui laisser aucun désir, amim intérêt, aucun espoir qui pussent animer la dédaigneuse insouciance qu'on lisait sur son visage. Il avait beaucoup vécu, c'est-à-dire qu'il avait en peu d'années créé autour de lui une multitude d'intérêts et de sentimentequi ne s'étaient formés que pour être détruits; qu'il avait attaché a sa destinée des êtres bientôt après repoussés de son cœur el de sa pensée! Il avait beaucoup véeu
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parce qu'il avait usé en peu de jours les plaisirs qui eussent suffi à la vie d'un autre; qu'il avait changé d'amis, changé d'amours ; qu'il avait essayé de tout, sans profit pour lui ni pour les autres; que son temps avait été employé à gâter ses jouissances, à user ses désirs, à détruire ses illusions : enfin il ne restait à son âme ni une belle espérance, ni un sentiment vrai; il n'avait plus aucune sainte croyance, ni aucune crédulité naïve, et il appelait cela avoir beaucoup vécu !