ACTE CINQUIÈME
Faut-il donc que je vous en remercie? Je pouvais ctro heureuse, ou (II! moins li'ym'piilli: ! Ji- pouvais vivre daus une douce ignorance de ces passions qui tuent I
LE COUTE
Et de quoi vous plaigne/.-vous, si vous no m'aimez pas? Jene l'aime pas! moi!... Va-t'enl
L B COMTE
Non! Tu no m'as jamais aime! Tu es plus belle et plus pure, mais plus froide et plus allière que ces montagnes virginales qui portent sur leur Front une neige éternelle!
Tu mens! Je suis une femme, aussi faible, aussi folle et aussi déplorable que toutes lus créatures de mou sexel... (lui prenant in nain.! Crois-lu que mon cœur n'ait pas badu hit'o fort lejourde notre première rencontre? N'as-tu pas deviné que le son de ta voix éveillait quelque chose d'étrange et de nouveau dans ma pensée ? Lorsque tu jouais cette comédie do réserve et do timidité qui m'a séduite; lorsque tu affectais d'étouffer tes ardeurs au fond de ton amo, ne voyais-tu pas briller flans mes yeux toutes les flammes d'urin pasr-ioii Funeste? Le jour où lu as bravé en face l'homme qu'on m'avait appris à craindre et à respecter, ne savais-lu pas quel irrésistible empire Ion cintrage mmtdit lu donnerait sur moi? El, lorsque tu marchais à l*;cliaufauJ, ne ■ corn prenais- lu pas, cunirsaus pitié, qiiej'élais trop f.ible el trop perdue pour to survivre? Va-t'en! (Elle s-iioi e ne a droite.]
Que je m'en aille, moi ? lorsque ma vie oommenfo, lorsque lo ciel s'éclaire, lorsque tu viens de déchirer le voile qui me cachait tout un horizon de bonheur I... Non I Tu m'en as Irop dit ! Si tu voulais lutter plus longlcmps contre moi , enfant que lu es, il , ne fallait pas me livrer le secret de ta faiblesse!... Ali I tu m'ai-
GAETAN A
mes!... Tu m'appartiens!... Je l' arracherai , malgré foi s'il !o faut, a ces pré [en dus devoirs auxquels on a enchaîné la jeunesse! Viens I
GAETAN A
Mais alors tu es un làclie ! ... Je suis incapable de résisler, je ne te le caclie pas ! Je t'avoue que, si tu tendais la main vers moi, je me laissi'nus tmnhfr rliins les bras. La solitude, le chagrin, l'amour ont épuise le peu qui me restait de forée... Je me montre à toi telle que je suis... dans toute la tristesse de mon accablement, et tu vous, misérable que tu es, pour le plaisir de quelques jours ou de quelques années, ruiner mon honneur en ce monde et mon salut dans l'autre ! Sais-tu bien que c'est infâme, ce que tu fais là?
LE COUTE, mudwt aur elle.
Oui, jo suis un lâche, un misérable, un infâme I... (n lui prend les miiDs.l Hais je t'aime!... Honneur, devoir, réputation, le salut même, tout cela pâlit et s'efface à la lumière éblouissante do l'amour I... 11 n'y a point de douleur qu'il no console, point do danger qu'il ne brave, point a do crime 1 » qu'il rie justifie I Viens, nous serons b\i mes, nous serons maudits, nous serons coupables, mais nous serons heureux!
GAETAN*, reculs».
Heureux t.. . Crois-tu?
LE COMTE, l'entra IwmL
Oui, nous fuirons ensemble, aujourd'hui même, tout est disposé. J'ai recueilli les débris de ma fortune-; un navire nous attend I Nous irons auprès de Florence, dans le jardin do l'Italie délivrée. Un ami sûr a choisi pour nous une maisonnette ans bords de l'Arno. Nous vivrons seuls, l'un pour l'autre, inconnus du monde entier, invisibles à h ciirifisilé des villes, entourés do quelques braves paysans qui admireront ta grâce, qui béniront ta bienfaisance... qui t'adoreront comme ci la patronne de leur église*,.. n et la providenco do leur foyer!... Tiens!
■ 1. D'action. Commission Ceumen.