‹ Gaëtana: drame en cinq actes en proseChapitre 111 sur 112 · D'UN AUTEUR SIFFLÉ · texte numérisé non relu

D'UN AUTEUR SIFFLÉ

soldat dans l'armée de l'indépendance italienne. En lui disant adieu, je lui ai donné un baiser au front, le baiser d'une sœur à son frère. — Alors, ma chère, répond le jaloux, votre amant n'est point parti. Les jeunes gens de notre temps ne s'en vont jamais sur un baiser fraternel ! » Là-dessus, ô jeunes gens, un habitant du parterre s'est écrié : « N'insultez pas la jeunesse! » Mais cet orateur était-il bien l'un de vous? Y a-t-il dans les écoles de Paris un futur médecin, un avocat de l'avenir assez naïf pour prendre ainsi la mouche ? Le niveau des intelligences s'est-il abaissé à ce point depuis dix ans? Non, ce n'est pas un do vous, c'est plutôt quelqu'un de vos portiers qui s'est dit dans son zèle excessif : « On insulte mes locataires ! »

J'ai su, vers les dernières répétitions, qu'une forte cabale s'armait contre la pièce. Et, faut-il l'avouer? j'estime tant la jeunesse française, que j'ai souri au lieu de trembler. Quelques étudiants m'ont fait l'amitié de me mettre sur mes gardes; j'ai insisté pour que la police fût exclue de la représentation. On n'a pas voulu m' écouter; on a même arrêté une quinzaine de grands enfants qui avaient fait du bruit sans savoir pourquoi. A la première nouvelle de cet accident, j'ai couru les réclamer comme s'ils avaient été de mes amis, et je les ai fait rendre à la liberté bur l'heure. Je ne les connais pas, ils me connaissent peu ou mal ; mais, si ces lignes tombent jamais sous leurs yeux, ils auront peutêtre un instant de remords. Qu'ils songent à leur première thèse, à leur premier examen, à leur premier concours, à leur première plaidoirie; qu'ils se figurent autour d'eux un auditoire comme celui qu'ils m'ont fait : peut-être alors reconnaîtront-ils qu'il y a de l'injustice à siffler les gens sans les entendre.

Une dernière observation. Elle ne s'adresse pas aux meneurs, que je n'aurais pas la prétention de convaincre, mais à la foule des jeunes gens honnêtes qui se laissent quelquefois mener. II se trouve, heureusement pour eux, que l'auteur est un caractère robuste, qui rebondit contre la haine au lieu de s'y briser en

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