‹ Gaëtana: drame en cinq actes en proseChapitre 16 sur 112 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

j'ai disposé de moi; c'est chose faite. J'appartiens au baron dcl Grido, et ni Dieu ni les hommes ne me permettent d'en épouser un autre. Il arrive aujourd'hui ; j'irai me jeter dans ses bras, et je suivrai mon devoir, qui est de l'aimer.

LE COMTE

Gaetana, vous êtes un monstre de coquetterie ou un trésor d'innocence !

Je suis, monsieur, un trésor d'amitié. Je vous aime de tout mon cœur; mon mari vous aimera aussi, j'en suis sûre.

LE COMTE

Votre mari ! (n se lève.)

Mon mari est un excellent homme; il vous recevra toujours avec plaisir. De votre côté, vous l'aimerez bientôt, et vous nous logerez tous les deux dans un petit coin de votre cœur.

LE COMTE

Gaetana, si vous étiez une femme comme les autres, j'aurais bien des choses à répondre ; mais je vous estime trop pour ne pas approuver tout ce que vous avez dit. Aimez le baron del Grido, c'est un honnête homme. Feu mon père, qui l'avait pratiqué, ne m'en a jamais dit que du bien. Vous serez heureuse avec lui ; je le désire, je l'espère. Mais dispensez-moi de le connaître et de lui serrer la main : mon courage n'irait pas jusquelà ; je suis un peu lâche, entre nous. J'aime mieux me faire luer en soldat dans l'armée italienne que d'assister les bras croisés au bonheur de votre mari .

Et pourquoi ne seriez-vous pas heureux, vous aussi ? Il y a dans Naples bien des jeunes filles qui méritent d'être épousées, et vous avez le droit de choisir.

LE COMTE

On ne choisit pas deux fois, vous l'avez dit vous-même. Je ne puis aimer que vous; quiconque se met entre vous et moi, homme ou femme, je le hais.

Cela étant, mon ami, vous avez raison de partir. La guerre italienne est une noble guerre. Vous combattrez pour notre patrie, et vous ne vous ferez pas tuer. Au revoir, don Gabriel ; quand vous reviendrez à Naples, vos idées auront changé, et vous nous conterez vos batailles, chez nous.

LE COMTE se dirige vers un grand rosier, haut sur tige, et cueille une fleur qu'il présente h Gaetana.

Avant que cette rose soit flétrie, j'aurai quitté Naples pour toujours. Oubliez-moi, Gaetana : je le souhaite sincèrement pour vous, pour moi, pour lui. Adieu 1

Au revoir, grand enfant.

LE COMTE

Quand on renvoie les enfants, on les embrasse.

Oh ! vous êtes trop grand 1

LE COMTE, tombant à genoux.

Je me ferai tout petit.

GAETANA, avec émotion.

Soyez heureux! Ne vous faites pas tuer; « revenez bientôt; « épousez une bonne petite femme... Quand vous aurez des en- « fants... une fille... vous viendrez me chercher pour être sa mar- « raine, et nous l'appellerons Gaetana... si vous voulez. » (eus i«

baise au front et s'enfuit par la droite. — Vers la fin de cette scène, Birbone est entré À gauche et a écouté le dialogue.)

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