‹ Gaëtana: drame en cinq actes en proseChapitre 17 sur 112 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LE COMTE, se reliront.

Qui es-tu? qu3 dis-tu? quo sais-tu ?

BIHBONE.

Je suis Birbone; je sais ce qui se passe et je dis que c'est joliment malheureux pour les âmw sensibles.

LE COMTE, furieux.

Tu écoutais, faquin?

Je ne suis pas un espion pour écouter les personnes. Jo me trouvais là par hasard... et j'ai entendu.

LE COMTE

Quoi?

BIRBONE.

Vous le savez bien.

LE COMTE

Drôle!

BIRBONE*

Monsieur le comt3 me traite en ennemi quand je viens pour l'obliger.

LE COMTE, avec hauteur.

Merci, mon cher, je n'ai que faire de les bons offices.

BIRBONE.

On a souvent besoin d'un plus petit que soi.

LE COMTE

Je n'ai besoin de personne.

BIRBONE.

Il ne faut pas dire cela aux gens qui ont entendu.

LE COMTE tourne le dos et s'éloigne.

Laisse-moi !

BIRBONE s'assied et parle haut.

Un beau seigneur aime uno belle dame qui de son côté ne le déteste aucunement. Par-malheur, la dame est un ange d3 vertu, le gentilhomme est une fleur de délicatesse.

LE COMTE, qui s'est rapproché.

Que dis-tu?

BIRBONE.

Entre ces amoureux s'élève un obstacle... âgé de cinquante à soixante ans. Deux personnes habiles pourraient le contourner agréablement et se rejoindre en secret sans qu'il en eût la moindre nouvelle; mais l'ange ne connaît d'autre sentier que celui du devoir.

LE COMTE

C'est vrai!...

BIRBONE,, se retournant vers lui.

Ah ! Votre Seigneurie écoutait ma conversation ? Cela me réconcilie avec moi-même. Vous plaît-iî me donner une minute d'audience? (n se lève.)

LE COMTE

Parte.

BIRBONE.

Épouserez-vous madame Gaetana si j'aplanis l'obstacle ?

LE COMTE

Comment?

BIRBONE.

Si je le fais disparaître si bien, qu'il n'en reste plus aucune trace?

Ah çà 1 toi, quel métier fais-tu ?

BIRBONE.

J'en ai plusieurs, Excellence. Ma mère était une pauvre fille ; mon père, un passant qui n'a pas dit son nom. J'ai été orphelin à quatre ans sous la tutelle de la police ; et, comme les dents veulent du pain, j'ai mendié. Les bons Napolitains me donnaient plus de coups de pied que de gros sous ; j'ai donc appris à chercher l'aumône dans leurs poches. Mauvaise spéculation et pleine de dangers. Non-seulement j'attrapais par-ci, par-lè, quelques journées de prison, mais un digne bourgeois, qui avait bien déjeuné quand j'étais à jeun, surprit mon bras en flagrant délit et le cassa tout net. J'avais cru jusque-là que la vie des hpmmes

Page 1