‹ Gaëtana: drame en cinq actes en proseChapitre 52 sur 112 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LE COMTE

Je ne vous dois rien, monsieur, et, si je vous devais quelque chose, cet accueil, dont j'ai fort bien compris l'ironie, me dégagerait de toute obligation. Si donc je m'obstine à vous rendre service, c'est pour l'acquit de ma conscience et la satisfaction de mon honneur.

En vérité! Eh bien, monsieur, satisfaites votre honneur ! nous verrons ensuite à raccommoder le mien I

LE COMTE

Contentez-vous, pour le moment, de défendre votre vie. Un homme capable de tout a formé le projet de vous assassiner. Je le crois brave, adroit et exercé à la pratique du crime. 11 est d'autant plus à redouter, qu'il n'en veut pas à votre argent. Les craintes qui retiendraient un malfaiteur vulgaire n'ont point de prise sur lui. Le ressort qui le pousse en avant est plus fort que l'intérêt. Il ne guettera pas l'occasion, il la fera naître, et je ne doute pas que vous n'ayez bientôt affaire à lui. Changez donc vos serrures , ou doublez les verrous , ou demandez du renfort à la police. Voilà, monsieur, ce que je voulais vous dire, pour vous, avant de quitter Castellamare. Maintenant que vous êtes* averti, j'ai l'honneur de vous saluer, (n va pour sortir.)

LE BARON

Oh ! pas encore ! Laissez-moi vous exprimer ma reconnaissance et surtout mon admiration !

LE COMTE

Je n'ai nul besoin de vos compliments.

LE BARON

Savez -vous que c'est admirablement inventé? Je changerai mes serrures, je doublerai m'es verrous, je mettrai garnison chez moi. Naturellement, les voleurs n'approcheront pas de la maison, et vous aurez la gloire de m'avoir sauvé. Naturellement aussi, je vous regarderai comme un bienfaiteur, et je conterai votre belle conduite à ma femme; c'est le devoir d'un mari. Naturellement, enfin, ma femme vous trouvera si magnanime, qu'elle ne pourra se défendre de vous adorer tout à fait. Ah ! monsieur le

comte, c'est tour de bonne guerre, et votre honnête homme de père n'aurait pas trouvé celui-là !

LE COMTE

Eh ! monsieur, laissez-vous tuer si le cœur vous en dit ?

LE BARON

Vous excuserez mon scepticisme; mais, quand j'ai quinze domestiques à la maison, je ne crois pas aux malfaiteurs.

LE COMTE

Tant pis pour vous !

LE BARON

Au moins me direz-vous par quel miracle ce complot, tramé dans l'ombre est venu généreusement se dévoiler à vos yeux ?

LE COMTE

Comment je le sais?... Rien de plus simple : on est venu m'offrir votre vie.

LE BARON, vivemeut.

Arrêtez I je vous crois. (Éieyant la voix.) Mais maintenant j'ai le droit de vous demander pourquoi c'est à vous que les malfaiteurs de Naples vont offrir la vie du baron del Grido. Vous êtes donc intéressé à ma mort ? Tout le monde sait donc qu'un de nous deux prend la place de l'autre, et que deux hommes auprès d'une femme, c'est un de trop ?

LE COMTE

Je n'ai ni pris ni sollicité la place de personne. Il est vrai que j'aime madame la baronne del Grido.

LE BARON, avec éclat.

Ah!

Mais je la respecte assez pour ne le lui avoir jamais dit. Si mes sentiments caches se sont découverts à quelqu'un, je le regrette sincèrement, et j'espère que mon départ va tout réparer, (n

•'•rance rers la porte du fond. )

LE BARON, lui lançant un gant sans l'atteindre.

Vous ne vous en irez pas sans relever mon gant I

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