‹ Gaëtana: drame en cinq actes en proseChapitre 51 sur 112 · LE COMTE, LE BARON · texte numérisé non relu

LE COMTE, LE BARON

LE COMTE, froidement.

Monsieur, je n'ai pas l'honneur d'être connu de vous, mais...

LE BARON, très-gracieux.

C'est trop de modestie, monsieur le comte!... Il n'est personne dans le royaume qui ne sache le beau nom de Pericoli. D'ailleurs, j'ai connu personnellement monsieur votre père.

LE COMTE

En effet, je crois me rappeler qu'il était en relation d'affaires avec vous.

LE BARON

D'affaires et d'amitié, je m'en flatte. ( n lui fait signe d'avancer. ) Nous étions du même âge, et, quoique ma naissance ne fût pas à beaucoup près aussi noble que la sienne, nous avons été jeunes ensemble.

# LE COMTE, très-froidement.

J'en suis fort aise, monsieur, mais...

LE BARON

Ah! monsieur le comte... Votre père, à trente ans, était un

beau cavalier et un vert galant 1 Je vois que ce noble sang n'a pas dégénéré, et j'entends dire que vous chassez de race!

LE COMTE

Pardon, monsieur, je suis pressé et je ne suis pas venu ici pour entendre l'histoire de mon père... Je...

LE BARON

Eh ! la ! la I jeunesse bouillante : n'ayez pas peur. Je ne vous conterai pas toutes ses aventures. Il a fait bien des heureuses et bien des malheureux. Par exemple, je dois dire que, dans ses égarements les plus fougueux, il n'oubliait jamais la loyauté du gentilhomme. « Il chassait hardiment sur toutes les terres, « excepté sur celles d'un ami. Je parierais qu'il a séduit plus de « mille femmes; je jurerais qu'il n'a jamais trompé un homme I » Et, tenez! lorsqu'il était l'amant de la duchesse... le nom n'y fait rien; elle est grand'mère aujourd'hui... elle le supplia de paraître à un bal qui se donnait chez elle. « Non, répondit votre noble père; il faudrait serrer la main de ton mari, et mourir de honte.» Comment trouvez-vous cela, mon jeune ami? Les amants d'aujourd'hui sont-ils encore aussi fiers ?

LE COMTE

Oui, monsieur, dans ma famille.

LE BARON

Bien répondu, morbleu! Jeune homme, je vous estime; touchez là ! (Il lui tend la main )

LE COMTE, après un moment d'hésitation, lui donne la main.

Monsieur...

LE BARON, sans le lâcher.

Pardon! vous ne m'avez pas dit si vous veniez ici pour moi ou pour ma femme?

LE COMTE, retirant sa main.

Pour vous rendre service, à vous. •

LE BARON

En sommes-nous déjà aux services ? C'est grave. Je croyais que vous ne me deviez encore que des politesses !

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