ACTE QUATRIÈME
mort, et je vous ai pleuré de toute mon âme. Vous avez longtemps souffert, et je vous ai soigné tendrement. Voici de meilleurs jours qui commencent. Vous plaît-il que nous soyons heu* reux ensemble, comme si le passé n'avait été qu'un rêve ?
LE BARON
Pardonnez-moi si je ne vous comprends pas aux premiers mots; mais ce langage est si nouveau, que je n'en crois pas mes oreilles. Ne venez-vous pas de dire que vous étiez disposée à m'aimer?
Oui, monsieur, je vous aimerai; je ferai tous mes efforts pour vous rendre heureux. Ne hochez pas la tête en signe de doute. Je suis une bonne petite fille; j'ai l'ambition de devenir à vos yeux la meilleure des femmes. Et, pour commencer, cette Gaè'tana, qui, depuis votre guérison, vous a méchamment fermé sa porte, vient à vous repentante et soumise. Monsieur le baron del Giïdo, mon cher mari, ne me repoussez pas !
LE BARON, lui tendant la main.
A la bonne heure! (Eue s'assied.) Voilà comme une femme doit être avec son mari.
Vous êtes bon I vous me pardonnez ?
LE BARON
Oui, je vous pardonnerai de bien bon cœur, si vous comprenez toute la gravité de vos fautes.
Je n'ai pas commis de grandes fautes ; cependant je suis coupable, puisque je vous ai fait de la peine. Oubliez le passé comme moi, qui ai noyé tous mes souvenirs dans les larmes.
LE BARON
Tous?
Oui, monsieur. Je ne me rappelle rien, sinon que Dieu m'a donnée à vous pour vous obéir en toutes choses et vous aimer de toutes mes forces. Pardonnez-moi !
LE BARON
Tête folle ! il est impossible de garder rancune a ces yeux-îà !
Ainsi, vous me pardonnez?
LE BARON, souriant.
Bientôt, demain !
Je voudrais ma grâce aujourd'hui.
LE BARON
Méchante enfant! tu m'as fait bien du mal, .tu m'en feras encore. Je ne conseillerai jamais à un homme de mon âge de mettre à son chevet un ange aussi terrible que toi. Mais tu es si belle et si séduisante, que ma colère s'évanouit à la douce lumière de tes yeux. Je te pardonne.
GAETANA, lui passant les bras autour du cou.
Merci, monsieur. Je vous bénis, et toute la ville vous bénira.
LE BARON
Pourquoi toute la ville? Notre bonheur a-t-il besoin d'être publié ?
Non, mais c'est qu'après avoir fait grâce à une coupable comme moi, vous ne pouvez pas refuser de sauver un innocent.
LE BARON, très-froid.
Quel innocent ?
Je ne sais plus son nom.
LE BARON se lève furieux.
Vous mentez ! vous l'aimez encore I
GAETANA, le ramenant vers elle.
Quelle folié! voilà .vos imaginations qui reprennent le dessus. Je vous jure, monsieur, que je ne pense plus à lui, sinon pour le plaindre. Dès qu'il ne sera plus à plaindre, je n'y penserai plus du tout. Au nom de ce bonheur que je vous promets et que je vous donnerai, sauvez-le ! vous le pouvez, il en est temps encore