‹ Gaëtana: drame en cinq actes en proseChapitre 89 sur 112 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

LE BARON

Parlons de nous! Vous m'aimez, Gaetana?

Oui, monsieur, je vous aime !... parce que vous êtes bon.

LE BARON

Merci ! je suis bon... mais juste.

Je vous aime, parce que vous êtes bon et juste, et incapable de faire le mal.

Parlons de nous.

Je vous aime , parce que vous avez l'âme ouverte à tous les sentiments généreux.

LE BARON

Ne me regarde pas ainsi ! je croirais à la fin que tu ne mens pas et que tu m'aimes en effet.

Eh bien , oui , je vous aime ! je suis votre femme ! une pauvre petite créature à vous !

LE BARON, la prenant dans ses bras.

S'il était vrai !... Si le feu secret qui me dévore avait enfin échauffé ta froideur et ton indifférence; si ton cœur endormi s'était éveillé a la prière frémissante de ma voix qui tremble!

(Saisissant le papier qu'elle avait mis dans son corsage.) Quel 6St donc 06

papier que vous cachiez là ?

Monsieur! je vous en prie! C'est la grâce de ce malheureux

LE BARON, se levant.

Ah! ah! ah! vieille bête que je suis!...

Le noi lui pardonnera si vous le voulez. Il ne faut plus que votre signature, et je vous la demande à genoux ! Ne me la refusez pas si vous m'aimez, et je consacrerai toute ma vie à vous

m GAETANA.

récompenser d'un tel bienfait. J« ne le reverrai plus. Le roi l'enverra en exil. Je ne serai qu'à vous, je ne penserai qu'à vous, j'oublierai tout ce qui n'est pas vous !

LE BARON

On n'oublie sincèrement que les morts, (n déchire le papier. J

GAETANA, se levant avec fureur.

Mais croyez-vous que tout le monde les oublie? Croyez-voué que le faux témoin qui a, de propos délibéré, envoyé un innocent à l'échafaud efface un tel souvenir de sa mémoire ? Êtes-vous sûr qu'il vous suffira de penser à autre chose? On dit, monsieur le baron, que les criminels ont des remords.

LE BARON

Je n'aurai jamais de remords, parce que je n'ai rien fait que de juste. J'ai parlé devant le tribunal comme je devais parler; les juges ont achevé l'ouvrage.

Essayez donc de me persuader, à moi, qu'il était coupable, et que c'est la vérité qui vous force à le faire mourir !

LE BARON

Eh bien, non, ce n'est pas dans l'intérêt de la justice que j'ai fait condamner... ce gentilhomme! c'est pour sauver une chose au moins aussi sainte : l'honneur I Un homme m'offense dans ce qu'il y a de plus délicat, de plus sacré, de plus inviolable. J'avais le droit de le poignarder dans ma maison, la justice n'aurait eu rien à dire. Je pouvais lui casser la tête en duel , sous les yeux de quatre témoins; le monde m'aurait approuvé. J'aime mieux la place publique et le fer du bourreau; n'ai-je pas le choix des armes? Il faut que cet homme soit un assassin pris sur le fait, pour que personne ne puisse supposer qu'il était votre amant. Mais les femmes n'entendent rien à ces sortes de choses. Elles ont de la vertu, quelquefois. A nous seuls appartient l'honneur I

Gardez-le donc pour vous seul, cet honneur infâme I Car vous l'avez avoué, Gabriel est innocent, Gabriel n'a rien fait pour

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