ACTE QUATRIÈME. 4Î
LE BARON
Holà t maraud ! ,
B I R B O N E , recalant un peu.
Maraud, soit! Mais, si j'obtiens dix ans pour tentative d'assassinat, Ton Excellence en aura bien quatre ou cinq pour faux témoignage. Déclaration mensongère devant M. le juge d'instruction! déposition calomnieuse en audience publique, sous la foi du serment, devant toute la ville de Naples! Comprenez-vous maintenant pourquoi j'ai fait le mort pendant près de deux mois? Je voulais vous laisser le loisir de vous enferrer jusqu'à la garde. C'est fait !
LE BARON
Je comprends. Combien veux-tu ?
BIRBONE.
Je veux que vous alliez aux galères en qualité de forçat. Je veux, un jour que nous nous promènerons ensemble, la chaîne au pied^ sur la route du Pausilippe, vous montrer don Gabriel et madame Gaetana assis l'un près de l'autre, et la main dans la main, au fond d'une jolie voiture.
LE BARON
Ce n'est pas cela que tu veux ; c'est vingt mille ducats : je te les donnerai.
BIRBONE.
Non, non, non!
LE BARON
Trente! (Birbone hoche la tête.) Quarante! Cinquante !
BIRBONE, ramassant les morceaux de papier.
Ne vous égarez pas dans les chiffres. Donnez-mQi plutôt l'autographe que je vous ai demandé.
L& BARON
Jamais !
BIRBONE.
Une fois, deux fois, trois fois?
LE BARON
Trois fois non! cent fois non! mille fois non!
BIRBONB.
Adieu ! le boulet que vous traînerez au pied est fondu.
LE BARON, lui barrant le passage.
Prends garde!
BIRBONE.
Vous n'avez pas la prétention de m'intimider, peut-être? J'ai passé ma vie dans le mal et je n'ai jamais eu peur. Je ne commencerai pas, aujourd'hui qu'il se présente une occasion de faire le bien. Ah ! je comprends votre dépit ; voici le jour qui se lève. (n ouvre les rideaux.) La foule se rassemble, l'heure approche; votre vengeance est un fruit mûr, excellent à cueillir, délicieux à savourer; et c'est moi, Birbone, qui vous dis : N'y touchez pas! (n
s'avance vers la porte du fond.)
LE BARON lui coupe la retraite et fui parle en le poursuivant.
Sais-tu, drôle, que tu viens de t'introduire nuitamment dans mon domicile?
BIRBONE.
Ce n'est pas la première fois.
LE BARON
Sais-tu que tu as ouvert ma porte avec une fausse clef, que le flagrant délit est constant... que?....
BIRBONE.
Allons chercher les magistrats, nous ferons d'une pierre deux coups.
Sais-tu qu'il est imprudent de pousser un homme à la dernière extrémité lorsqu'on a son secret, qu'on est chez lui, et qu'il peut, en appuyant son doigt sur un ressort...
BIRBONE, fuyant.
Ah! monsieur le baron, je suis sans armes!
LE BARON, poursuivant.
Tant mieux! traître! ton secret va mourir avec toi !
BIRBONE.
J'en appelle! (Il court au timbre et sonne très-fort; la porte de gauche s'ouvre, Cardillo parait avec deux domestiques. Le baron s'arrête.)