LE CAMOUFLET
Tendre fillette en âge d'être aimée, Est toujours prête à jouer quelque tour, Sans en prévoir la suite accoutumée.
Comme le feu ne va point sans fumée, Ces jeux badins ne vont point sans amour.
(A Paris, chez les frères Poilly. — Estampe populaire anonyme.)
(*) Cette estampe connue et gravée, alors, un peu dans tous les formats, pourrait servir de document. En effet, ceux qui croient que les agaceries à l'aide des plumes de paon sont d'invention récente et toute moderne verront que le xviii» siècle s'amusait déjà à user de chalouilleries, mode venue d'Italie.
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une cuillère à café. Quelques échaudés furent tout le pain quelle put me donner ; je m'en contentai. Elle y joignit un second verre d'excellent ratafia; et ce petit repas, plus charmant que solide, me fortifia, de manière que je me trouvai bientôt aussi frais que je l'avais été avant de me cacher sous le lit, Angélique, me voyant hors de danger, reprit sa gaieté nouvelle ; et nous nous livrâmes au plaisir d'oublier nos chagrins : l'amour même adoucit le souvenir des peines qu'il nous avait causées. Je jouissais efïectivement de ma chère Angélique, puisque je prenais avec elle beaucoup de libertés, qu'elle soulîrait, de manière à me faire croire qu'elle me permettrait de même tout ce que je voudrais tenter.
Lamour n'est jamais réellement satisfait. Une faveur en fait désirer une autre ; et la dernière même excite encore des désirs, l'n amant, au comble du plaisir, brûle de les renouveler; son bonheur disparaît sitôt qu'il est interrompu.
Je donnais à Angélique des baisers sans nombre, que la complaisance l'engageait à recevoir, et que l'amour lui faisait rendre.
Le baiser, cette faveur qui est devenue si légère, semble être le moindre des plaisirs, parce qu'il est communément le premier. C'est, au contraire, le plus grand de tous. In instant suffit pour le goûter, et on ne peut le renouveler autant de fois qu'on le désire. S'il est le gage de l'amitié, il est le triomphe de Pamour. 11 embrase deux amants de ce feu voluptueux, qui s'augmente par degrés en même temps que leurs plaisirs. L'enchantement le plus l)arfait semble engourdir toutes les parties de leurs corps. Leurs âmes semblent fixées sur les lèvres, où elles nagent dans un torrent de délices quelles se communiquent lune â ^^utre ; et, dans les transports qui les agitent et les confondent, elles ne font plus qu'une seule âme qui anime deux corps, unis par 1 ialimilé la plus ravissante. Nous étions, Angélique et moi, plongés dans celte douce ivresse ; et nous nous y abandonnions avec tant de passion, que je fus quelque temps sans songer à m'assurer une possession plus complète. Mais le charme cessa ; je lis des efforts, et ja lus repoussé vigoureusement. Plusieurs attaques me fatiguèreiU sans que j'eusse remporté aucun avanta'.,'e. Lnfin Angélique, dont la résistance avait aussi épuisé les forces, me tendit la main, eq me disant : « .\rrêtez, je ne vous demande qu un instant. Je vous
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aime, Versorand, et je sens que ma passion ne finira qu'avec ma vie. Méritez un attachement aussi sincère. Je ne vous dis pas de me respecter ; mais épargnez-moi les désagréments qui ne suivent que trop souvent la victoire que vous voulez remporter sur moi. Je ne vous résisterai plus ; mais soyez mon défenseur contre vousmême. Songez que vous pouvez toujours m'aimer, et que vous ne m'épouserez pas, puisque nos conditions sont un obstacle invincible à notre mariage. Croyez que je ferai tout pour le surmonter, si vous m'épargnez aujourd'hui; et que, si vous abusez de ma faiblesse, vous ne me reverrez jamais. Aimons-nous, goûtons tous les plaisirs qui n'exposent pas au repentir. »
En même temps, elle se jeta dans mes bras; la raison se tut, et Tamour seul se fit entendre. Mille baisers me rassurèrent sur la menace qu'Angélique venait de me faire. Que dis-je? elle se livra à moi avec tant d'amour, que je crus que la pudeur aux abois venait de tenir ce langage, démenti par les transports les plus tendres. L'espérance de me voir soumis à la loi quelle m'imposait combla ses désirs ; et je jouis du spectacle enchanteur de voir, pâmée entre mes bras, par le plaisir, celle qui y avait été, quelque temps auparavant, pâmée par la douleur. Je ne pus résister à l'occasion. Je portai ma chère Angélique sur son lit, et je la punis voluptueusement de ce qu'elle m'avait fait rester dessous si longtemps.
Le chagrin que m'avait causé son premier évanouissement lui avait rendu la vie ; le plaisir que j'eus à voir le second la lui rendit encore. Ce ne fut que pour la reperdre; et, dans cet état de ravissement où l'on ne sent plus pour trop sentir, nous passâmes plusieurs fois de la vie à la mort, et de la mort à la vie.
Midi sonna. Angélique m'avertit qu'il était temps de sortir de chez elle. Je fis mille instances pour y passer la journée sous le llij dans l'espérance que la nuit suivante me dédommagerait de la gêtie que j'y pourrais souffrir. Ce fut inutilement. Elle me conjura de ne plus l'exposer à me voir dans l'état où j'avais été réduit. Enfin, nous brûlâmes la robe avec laquelle j'étais venu, et elle m'en donna une autre, afin qu'on ne me reconnût pas en sortant ; et tious nous séparâmes.
Je lui écrivis le lendemain ; elle ne fit point de réponse à ma
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lettre, non plus qu'à beaucoup d'autres que je lui adressai dans la suite. Environ un mois après, je reçus d'elle ce billet :
Je vous aime toujours autant que je vous aimais. Je n'ai, malheureusement pour moi, aucune raison de vous haïr.
Cependant, je pars demain pour un couvent, d'oii je ne sortirai jamais. Je vous avais promis de me conserver pour vous ; je romps mon engagement.
Souvenez-vous que vous avez abusé du seul moment où j'ai voulu vous éprouver. Adieu pour toujours.
(Versorand, ou le Libertin devenu philosophe, i797.) LA FORCE DE LA VÉRITÉ
La sœur Doucette et la sœur Saint-François,
En veillant la nièro Aspasie, Qui toucboit à la lin d'une longue agonie, Disputoicnt sur l'outil qui fait papes et rois. L'une disoit : « Les gros sont ceux que je préfère.
Je les trouve délicieux. »
L'autre disoit : « Les longs nous cbatouillent bien mieux, Ils vont jusques au fond du jardin de Cytbère. »
L'agonisante, à ce propos,
Hassemblant un reste de vie.
Ouvre la boucbo, et puis s'écrie :
« Les meilleurs sont, grands dieux ! ceux qui sont longs et gros. »