‹ Galanteries XVIIIe siècleChapitre 108 sur 139 · I.A FHAYEUR · texte numérisé non relu

I.A FHAYEUR

iV'lilf vignelle «le Monnet pour les Œuvrrs *\e Pamy. 1784.)

blemenl qui venait de nie quitter. KUe me munira sur la cheminée un verre de liqueur, quelle n'avait pas la force de me donner. Je le pris : il ranima mes sens, et je me trouvai beaucoup mieux. (Juelle joie pour Angélique ! Mais, hélas ! je n'avais recouvré la vue et le sentiment que pour être plongé dans un abîme de douleur ! Cette même Angélique, qui m'avait secouru avec tant de fermeté, me fil le récit de tout ce qu'elle avait soulTerl, éloignée de

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moi depuis la veille. Elle me dit tendrement que ses inquiétudes n'étaient rien, que tout le mal avait été pour moi; qu'il ne pouvait être comparé qu'à la douleur qu'elle venait de ressentir, en me voyant mourant entre ses bras ; que la seule idée de ce terrible instant la faisait frémir. En même temps, elle tomba sans connaissance de dessus un fauteuil au bord duquel elle était assise. Que devins-je? Hélas ! Je ne savais que faire. Quand j'aurais imaginé un moyen de lui donner du soulagement, j'avais à peine la force de l'employer. Cependant, une sorte de douleur qui tient du désespoir, me fortifia; je ranimai ma chère maîtresse, en arrosant son visage de mes larmes. Ainsi, nous nous rendîmes la vie l'un à l'autre, par la douleur que nous causait la crainte de nous perdre. J'avais ouvert la robe d'Angélique, pour couper son lacet si j'en avais trouvé ; je ne pensais pas qu'elle n'avait que cette robe sur le corps, s'étant relevée de son lit, après le départ de sa mère et de la fille de chambre. Ce ne fut que quand elle fut soulagée, et que je vis disparaître la pâleur mortelle qui avait couvert son visage, que je m'aperçus que sa belle gorge était toute découverte. L'amour content est folâtre ; l'amour affligé ne se repait que de douleur. Je profitai de ce désordre. Je couvris de baisers cette beauté que je possédais alors entièrement, et que je n'avais jamais qu'entrevue. Angélique n'eut pas la force de me résister. Elle maimait : était-il possible qu'elle ne partageât pas mon bonheur?

Cependant, comme le plaisir fatigue, surtout ceux dont les forces sont aussi équivoques que Tétaient les miennes, je ne pus suffire longtemps à mes transports. Je les arrêtai ; et je jouis, en me reposant, du plaisir de lire dans les yeux d'Angélique son amour et mon bonheur. Elle profita de cet intervalle pour attacher une épingle à sa robe; et, par ce moyen, elle m'ôta même la vue de ce dont je croyais mètre emparé pour toujours. Elle me fit songer à prendre quelque nourriture. Je sentais que j'en avais réellement besoin : mais, comme je ne croyais pas qu elle put m'en donner, je pris le parti de lui dire que mon estomac ne me demandait rien, dans la crainte que j'eus de l'affliger par l'impossibilité de me satisfaire. Elle employa les plus tendres sollicitations ; et, quand elle crut m'avoir déterminé, elle ouvrit une armoire à côté de sa cheminée, doù elle tira un pot de gelée, qu'elle me fit manger elle-même avec

SAVOVAUDi: VIHLLEUSE

" Une vielleuse des boiilc\ nrds porl<' sur une irorjje souillée un large cordon Ideu. l'n enroleur prend (juel(|ues lilicrlés avec elle.

« Où sonl les ntœurs des Alpes ? Kl toi. crapuleux enroleur, lu ne trouveras rien; Irop de yiens y onl passé avant loi. »

(Gravure de Dunoker, p<uir le Tulilcati de Paris, de Mercier, 1789.)

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