LE PASSANT
(Conte)
Un passant tout déguenillé, Gucusait d'une manière im-
[monde,
11 était si mal habillé Qu'il scandalisait tout le monde;
Le dr(jle le faisait exprès Et s'en gobergeait en lui-même.
Mais on mit les archers après, Tant l'impudeur était extrême.
Voilà les témoins assignés.
Tous les hommes le reconnurent VA, sur les traits bien désignés, Hautement contre lui conclu-
[rent ; Les femmes furent son appui.
Car toutes, dans leur témoi-
Dirent, je ne scais si c'est lui.
Je n'ai pas pris garde au visage.
44 fiALAMERIES XYU^ SIIXLE
D'un Mari qui tourmentait sa jeune femme
parce qu'il n'avait pas reçu sa dot,
l'n jeune homme ayant épousé une jeune fille d'un honnête bourgeois de Paris, le père promit à son gendre vingt mille livres en mariago ; mais n'ayant i)()int d'argent comptant, il diiaiyait (1) toujours le mariage jusques à ce qu il eût de Targent. Le jeune homme, extrèmemenl amoureux, ne pouvant davantage attendre, demanda à sou l»eau-j)ère (juand il espérait avoir de l'argent: il lui eu |)romit sans faillir dans liuil jours. Cet amoureux lui dit que. sil l'assurait de cela, il épouserait sa lille dès l'heure, j)ourvu que son heau-pere lui promil. Le mariage donc se fait, les huit j<turs s'écoulent assez doucement pour eux. et quinze jours même après, sans (pie le père de la lille eût moyen de liailler la somme promise. Son gendre s'en étant plusieurs fois |>lainl à lui. mais inutilement, se fâche à la lin. et lui jure que sa tille en pâtirait, i-t qu'il la tourmenterait toutes les nuits jus(pies à ce quil fût payé, (piil la r(''duiiail eu un etranj^e étal ; et pour mettre ses menaces à exécution, elaiil retourne au lo::is. lui dit ce qu'il avait résolu de faire, et l;i nui! (''I;mt venue, il l;i toiiiuienla di' sorte, mais si agréahleiiienl poiii' elle, iprejle s(»uli;ii lai t (pie Son pèj-e ne |>ayàt jamais S(m mari, atiu (pi'il lui fit toutes les nuits un pareil traitement : tous les jours il i-ev(Miait trouver son beau père pour renouveler ses plaintes, mais n'ayant |)as plus raison de lui (pie les autres fois, il s'en allait au logis et dans le lit déchargeait sa colère sur sa fenmie. (|ui n'en était nullement marrie. Toutefois, comme il ne |tou\ail pas toujours coutinuer celte vie là. il fut contraint de laisser sa femme en repos, pour y être lui-mémo : ce que voyant, sa feimue lui dit : « .Mon ami. je crois qm^ mon père v(uis a pay«'. »
{youi'i'dii.i ((ititcs il ;•//•('. Amsterdam, ITH'j.)
'1^ Tt".! il tliic : il iTiiM'U.-iil,
D'une damoiselle qui montra son devant
Une certaine damoiselle de Paris, la nuit, étant couchée dans son lit, ouït sur la minuit crier au feu, elle se réveilla tout en sursaut et, voyant le feu qui gagnait sa chambre, elle se jeta de haut en bas de son lit, nue, en chemise, et courut vivement à son cabinet pour mettre en sûreté le plus précieux de ses bardes, qui était dedans, comme chaînes, bagues et joyaux, et quelques cassettes, où étaient force nippes et papiers de conséquence, et n'ayant rien à les mettre, ni aucun loisir de rien chercher pour cet effet, sans considérer ce qu'elle faisait, en l'extrémité où elle se voyait, elle mit le tout dans le devant de sa chemise, qu'elle fut contrainte de hausser; en sorte que ce qu'elle avait envie de cacher le plus, paraissait à la vue de tous ceux qui étaient accourus pour le feu, et qui, voyant déjà qu'il voulait gagner la porte, sortirent dehors à la rue, et elle avec eux. En cette posture, n'ayant rien du tout que ses mules de chambre à ses pieds, étant à la rue où s'était amassé force monde avec forces chandelles, sans qu'elle prit garde en l'état où elle était, elle fut tout étonnée que chacun se mit à se gausser d'elle. Comme elle s'en aperçut elle fut bien empêchée de ce qu'elle devait faire; car elle ne pouvait lâcher sa chemise, sans jeter toutes les nippes par terre, mais un de ses voisins fut assez charitable pour lui prêter ^un coin de son manteau pour mettre ses bardes ; et par ainsi elle eut moyen d'abaisser sa chemise, mais ce fut après que chacun fut saoul de l'avoir vue de partout.
{Nouveaux contes à rire, ou Récréations françaises, 178*2.)