‹ Galanteries XVIIIe siècleChapitre 22 sur 139 · XXXX · texte numérisé non relu

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40 GALA!tTERIES XVIII* PIKCLE

D'une servante de cabaret qui avait un grand cas

Un i?cntilhomme voyageant par le pays, se trouva, par hasard, en une ville, logé dans une hiitellerie, où la servante qui y était avait la réputation d'avoir le plus grand ras que fille eut en tout le pays. Ce gentilhonimo ayant oui parler, comme elle vint le soir faire son lit. il lui dit : — Ma mie, je suis venu exprès voyager en cv |tays pour eu rrmarquer toutes les singularités, et de ne laisser aurunr chose r.ire, dont je n'en eusse eu la vue. J'ai entendu dire que tu as entre les jambes un si grand et monstrueux cas, que je meurs d'envie de le voir : si tu me le veux montrer, je le donnerai deux quarts d'écus. — N'raiment. dit-elle, monsieur, je n'en suis point si jalouse; vous ne me les auriez si tôt avoir baillés, que je ne vous en fasse perdre votre envie, — Ah ! ma mie, dit-il. je ne te les baillerai pas avant, car tu te pourrais après moquer de moi; mais je te promets de te les bailler après : oui. je te promets, dit-il. tu t en peux assurer. — .lurez donc que vous n'y manquerez pas, lui dit elle. Il lui jura sa foi qu'il lui tiendrait parole. Incontinent, elle trousse ses cottes et le lui lit voir tout à son aise. Ce gentilhomme fut extrêmement surpris et étonné de la prodigieuse grandeur dont il était, aflirmant qu'il surpassait encore la réputation en laquelle il était, et lui donna les deux quarts d'écus, lui disant : « Tenez, ma mie. je vous remercie.»— Cette fille les prenant, lui fil une grande révérence et lui dit : — \'raiment. monsieur, vous êtes trop honnête homme; puisque v«»us payez si bien, je ne vous veux rien cacher, il faut que vous voyi«v. tout, et tournant son derrière et haussant ses cottes, elle lui en montra encore autant par derrière qu'il en avait vu pnr devant, ce dont il fut si étonne qu'il ne sut s'exprimer que par son silence.

{Nmivenu.r contes à rire. Amsterdam, iTS**.)

Filouterie gaillarde

Un filou, autant subtil et adroit que pas un, dont les actions arti ficieuses avaient été remarquées, ayant besoin de chemises pour sa femme qui en était assez mal fournie, s'étant habillé comme un bourgeois de la ville de Melun (1), s'avisa d'aller chez une jeune marchande lingère, dont la boutique est le long de la rue qui va au palais de Paris, du côté du pont Saint-Michel, et lui demanda des chemises pour femmes, parce que la sienne lui avait donné commission de lui en acheter. La marchande, aussitôt, lui en montre plusieurs paquets de diverses sortes, dont le filou ayant choisi six des plus belles, il dit à la lingère : voilà mon fait, mais il n'y a que la longueur dont je fais doute. A quoi la marchande lui ayant demandé de quelle grandeur mademoiselle sa femme pouvait être; le drôle feignant de la considérer depuis les pieds jusqu'à la tète, lui répartit : Vraiment je crois que si ces chemises vous sont propres, elles le seront à ma femme, car elle est de votre taille ; prenez la peine d'en vêtir une sur vous ; ce que la lingère ayant innocemment fait, le filou faisant semblant de voir par derrière si elle était assez longue, et la tirant par le bras subitement, il attache avec une épingle le derrière de cette chemise avec la jupe et la chemise que la marchande avait vêtue, en sorte que toutes les trois tenaient ensemble. Comme elle aurait voulu retirer par en haut la chemise neuve, pendant qu'elle avait la face couverte, et sentant qu'elle en découvrait une autre qu'elle n'avait pas envie que l'on vit, ne sachant comme quoi cette chemise attirait en haut sa jupe et sa véritable chemise ; le galant la voyant dans cet embarras et confusion, et considérant qu'elle ne le pouvait voir, prend les cinq autres chemises, les met sous son manteau et diligemment gagne la cour du palais, laissant la pauvre lingère bien étonnée, lorsque, ayant rompu l'épingle qui tenait la chemise et sa jupe attachées, elle ne vit plus son marchand, ni ses chemises, et plus fâchée encore d'avoir fait voir ses fesses à deux ou trois coquettes de ses voisines, qui depuis s'en sont bien gaussées. {Nouveaux contes à rire, 178!2.)

(1) On disait un bourgeois de Melun, comme de nosjour>, un Judnlunl <le Fouillyles-Oies.

GALANTERIES XYIII® SIECLE

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(iALANTERIES XVIIF SIECLE

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