‹ Galanteries XVIIIe siècleChapitre 24 sur 139 · POURRAIS-.IE SAVOIR CE QUE VOUS DITES A MA FILLE · texte numérisé non relu

POURRAIS-.IE SAVOIR CE QUE VOUS DITES A MA FILLE

(Vignette de Binet pour le II' Age : la Vimjlenaire, nouvelle de Rétif de la Bretonne : les Conlemixjidines.)

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Reproches d'une femme à son Mari

l'n homme se plaiirnant en présence d'un de ses amis dos dépenses que sa femme lui faisait en iiabits et en galanteries, son ami lui répondit: Ue quoi vous plaignez-vous, si elle vous coûte de l'argent, vous donne-t-elle pas assez de plaisir iwur cela V — Ah. mon anii ! lui dit le mari, ce plaisir-là n>e coûte bien cher : quand j étais à marier, il ne me coûtait pas deux testons pour cli.ique fois que jaliais voir une fille de joie, et je vous jure, lui dit-il, que j( naccole pas ma femme une seule fois qui! ne m'en coûte plus dr trois pisloles, si je veux mettre en ligne de compte toutes les dé penses que je fais pour 1 amour délie. — .\h ! ah ! dit-elle, mon ami, est-ce ma faute? faites-le si souvent que chaque fois ne vous revienne pas à un liard. il ne tient pas à moi, je ne vous lemp»*'che pas.

L'ami, oyant ce discours, ne se j)ul tenir de rire, condamna son ami et dit que la femme avait raison.

De deux nouveaux Mariés

Un homme âgé de trente-cinq ans ou environ, ayant été toute sa vie extrêmement débauché envers les femmes, en quoi il avoil dépensé une bonne partie de son argent ; ses amis pour le retirer de ses débauches, lui conseillèrent de se marier, et lui trouvèrent une fille, âgée de vingt-cinq ans. Les parties étant d'accord, un prend jour pour le mariage ; le marié, avant que de s'assujetir à une seule femme, alla prendre congé de toutes celles qu'il avoit auparavant entretenues, leur disant (jiie |)our son repos on lui avoit conseille, ayant dissipé la plupart de son bien, de prendre une femme (ju il avoit trouvée assez accommmlée. (!es femmes, pour lamour de lui. le trouvèrent bon et lui dirent que. pour reconnoltre une partie des libiTalilés qu il avait exercées envers elles, elles vouloient assister à son mariage, et chacune d elles lui faire un présent; ce quelles firent durant que le monde étoil as-

GALANTERIES XVIir SIECLE

semblé. Toutes ces femmes entrèrent chacune avec son présent ; fort étonnée, la nouvelle mariée demanda à son mari qu'elles étoient ces dames ; il lui répondit : « — Ma mie, ce sont toutes les maîtresses que j'ai ci-devant entretenues, qui, ayant reçu force bien de moi, me viennent toutes faire chacune un présent, ayant sçu que je me marie. » Comment, lui dit sa femme, que ne m'avertissiez-vous de cela, je l'eusse aussi fait sçavoir à tous mes galands à qui je me suis abandonnée, qui, sans doute, sont bien en plus grand nombre; ils mauroient fait chacun un présent aussi, et j'en eusse eu plus de la moitié que vous.

(Nouveaux contes à rire ou Récréations françaises, 1782.)

Leçon d'une Rose à son Bouton

Vois quelle est ma destinée Disait la Rose au Bouton, Dès l'instant que je fus née.

Je fus Reine en ce canton, Et toute la cour ailée, Voltigeant autour de moi.

Semblait être trop flattée De vivre dessous ma loi.

Zéphir, près de moi folâtre," Du ton le plus séduisant.

Me disait : je t'idolâtre, Daigne en croire mon serment ; N'appréhende point, ma belle.

De me trouver inconstant, Zéphir n'aura jamais d'aile Si de Rose il est l'amant.

0 ma chère,! ô ma divine !

Disait-il avec ardeur, N aurai-je donc qu'une épine En échange de mon cœur !

(M. Monnet,

Son haleine caressante Sut minspirer des désirs.

Et bientôt, en imprudente.

Je partageai ses soupirs.

Sans imaginer ma perte.

Je jouis avec ardeur ;

Je fus à peine entrouverte

Que je n'eus plus de fraîcheur

Hélas ! une matinée

Fut le terme de mon sort,

Et dès que je fus fanée,

Zéphir prit un autre essor.

Défiez-vous bien, Rosette, De ce nombre de galans ; Pour cent couleurs de fleurette 11 n'est pas deux vrais amans.

Prenez-y garde, brunette.

Profitez de ma leçon ; Le malin amour vous guette, Mais conservez-vous Bouton.

Étrennes lyriques pour 1789.)

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