QUI MONTRA TOUTES SES TRIQUEBILLES
Nous parlons quelquefois suivant nos intentions, et avons l'esprit attaché aux objets «jue nous voyons, connue il advint au valet d'un l)oulani,'er. Son maître tenait à feiiue la maison d'un conseiller où il y avait un jardin qui rapportait de fort beaux abricots; le boulan^'er ayant cueilli les plus beaux et les plus murs, les envoya au conseiller par son valet, qui, en été princi[)alement, n'avait guère coutume, comme onl piuscjue tons les vah'ls boulaiii^ers, déporter de haut-de-cbausses, mais seulement un tablier ceint sur la chemise. (> valet ayant demandé à |»arler au conseiller, ou le lit entrer dans sa chambre ; il se trouve assis auprès de mademoiselle sa lille, qui se coilîail devant un miroir et montrait ses tétons, que le galant considéra attentivement, les trouvant très beaux. Alors, voyant entrer le conseiller dans la chand»re, en lui faisant une belle révérence, lui dit: « M(jn maître vous baise très humblement les mains et vous envoie ce panier de tétons, >> La langue suiNit les mouvements de l'esprit, car il parla, rêvant à ce qu'il voyait. Le mari, oyant ce discours,* fait semblant de le vouloir battre, disant : V A qui en a ce maraud? >> Le pauvre diable voulant s'enfuir rencontra un placel (pi'il lit culbuter de son haut ; de sorte que son tablier se retroussant, il montra toutes ses pauvres triquebilles. Le conseiller dit ; « \ '»ye/ un j)eu ce corpiin (pii se laisse choir. » La deuïoiselle, contemplant ce beau |)a(pn't (pii, sans doute, ne lui déplaisait pas, et !•' voulant excuser, dit : «• Il ne faut pas s'étonner s'il est chu. mon ami. un clnNal ipii a quatre lri(juebilles (les n(»mmant tout droit par leur nom) se laisse bien tomber. * \ oyez, si elle ne rêvait i)as mieux à ce (ju'elle voyait qu'à ce qu'elle voulait dire, son intention étant de dire : * Un cheval qui a quatre jambes se laisse bien choir. »
{Nouveaux contes à rire, Amsterdam, 1732.)
LE PETIT CIIIEX
Le généreux Atis te fait prévient d'un chion
Qui vaut un million de bien.
Argie, il n'est plu'? tcm^ de faire la cruelle,
Et dans ce doux moment, la belle, De toutes les faveurs il le faut régaler; Car si son chien répand perles en abondance, A ton lit cet amant n'est pas venu, je pense,
Seulement pour en enfiler.
^Imagerie populaire, d'apr<''s Watleau, pour le Conle de La Fontaine : Le [te! il chien qui secoue de l'or et des pierreries.)
52 GALANTERIES WIlT SIECLE
GNIA DU DÉCHET {Chanson poissarde.)
(inia du dôchct dans bien des choses ;
Mes amis, j'en suis convaincu :
On sait ce que dev'nont les roses
Lorsqu'elles ont un peu vécu ;
C'est ben tout d'mrnie pour les d'inoiselles.
A dix-huit ans leur beauté plaît, Mais à trente ans, cheux les plus belles,
(inia du déchet ! gnia du déchet.
L'an passé, Thomas se marie
Avec l'objet de ses amours :
Sa feniine «Hait jeune et jolie,
Ca marchait bien les premiers jours.
Mais elle se plaint au bout de l'année,
(Jiie ça 111' iiiarclie pas comme ra niarcliait :
Au bout (l'un an, dieux riiynifiicc.
(inia ilu déchet! i,Miia du ilccliet.
Les lillelles et les feuillettes Mettent toujours (iréi^'oire en train.
Nuit et jour il est en irotruette,
11 fête l'amour et le vin.
Hier je lui trouvai I air ju'rave ; .le lui dis : \ Oyons, cpiest c que c'est ? Hélas, me dil il,dans ma cave,
(inia du déchet ! gnia du déchet.
{Ia's Miisi's <j(il(intc!<, 1787.)
Sur la Clairon (i)
Clairon, avec discrétion
l'.l d'un air plein de componrtion.
Défait blanc jupon et chemise ;
Mais, helas ! (pnMIe est noire surjtri.se
De voir endroit dont la grandeur
A saint Christophe aurait fait peur.
(1) Ces vers font parlir «l'une siilirc plus «pu' violente sur les demoisellrs de l'Opéra, dalée 1773. i