THE .TOYOUS MOMENT. - L'INSTANT DE LA GAIETE
(Estampe de G. de Saint-Aubin, publiée à Londres, chez R. Sayer.)
(*) Ces pièces furent éditées à Londres, afin d'éviter la censure. On trouvera au frontispice et plus loin les autres sujets qui font partie de la même série. Estil besoin d'ajouter quelles sont de toute rareté.
68 GALANTERIES XVin" SIÈCLE
La Métamorphose
A l'âge de douze ans, pour raison de famille.
On niarii' linnoronle (lainiljc.
Kl jusqu'à quinze on la laisse au couvent. Dans l'intervalle, en sa personne Il se fait certain clian/^einent Oui bien l'afflii^^e et bien l'étonné.
Klle croyait de l'Iioniine seulement
(Jue la barbe était l'apanage.
N'importe où la nature ait placé la toison.
Si cette idée est de son ài^c, l'allé sert à prouver que, dans cette maison, ('amillc n'avait vu que des nonnes qu'au menton. A cent réflexions son esprit s'abandonne, D'après ce qu'elle croit la petite raisonne : Pour fille ou me marie, et je vois à regret Que je ne suis pas loin d'être bomme tout à fait. A personne elle n'ose en faire conlidence ; Kt renfermant ce secret dans scm cirur,
Klle voyait croître en silence O qui fait son tourment en causant son erreur ; Souvent elle y regarde, elle y rêve sans cesse. Or. un jour, son mari la demande au parloir; C.aFnille en l'embrassant ne laisse apercevoir
Dans ses regards que langueur et tristesse.
— \'ous avez du chagrin, seriit-ce de me voir?
— N'ons savez h\o\i que non : ah ! c'est bien autre chose. Disant ces mots, elle prend un mouchoir.
Se cache le visage et de ses pleurs larrose. Puis aux soupirs donnant un libre cours, l.e co'ur bien ;rros. l'àmc oppressée, l!lle disait, parlant à sa pensée :
Malgré cela je vous aime toujours.
— .le n'entends rien à ce discours :
Tu pleures pour une V(''tille, .le le parie. — Oh ! c est bien sérieux.
— Eh bien ! voyons, mais explique-toi mieux*
GALANTERIES XYIIP SIECLE 59
Va, ne crains rien, dis-moi bien tout, Camille.
— En m'épousant... — Achève donc.
— Vous avez cru que jetais fille, Vous allez voir que je deviens \e:arçon. L'époux charmé rit de son innocence; Pour rendre enlin le calme à son esprit,
Et pour l'instruire avec décence.
J'ignore comment il s'y prit.
La belle détrompée et d'abord bien contente Fut plus rêveuse encore pour être trop savante : Commentaire avec les enfants !
Mais trêve ici de badinage.
Dans une fille de quinze ans.
Le premier jour du mariage, J'aime une erreur qui dit qu'elle fut sage.
Abbé Bretin.
{Contes en vers el pièces fugitives, 1797.)
l'ingratitude
Auprès du feu, comme il gelait beaucoup.
Lise brodait à côté de sa tante.
Lindor survient. La dame à sa suivante
Va dire un mot : imprudente, à ce coup,
De laisser seuls la brebis et le loup.
Puis revenant : — « Avec cette innocente,
« L'ennui, Monsieur, aura dû vous saisir. —
« L'ennui, Madame? Ah ! dites le plaisir,
« Et c'en est un que nul autre ncOacc. »
La nièce boude et dit entre ses dents :
« Le beau plaisir ! prendre les fesses aux gens,
« Avec des mains plus froides que la glace. »
{Parapilla, de Bordes, 1784.)
60 GALANÏEUIKS XVIII' SIECLE
Plaisant discours d'un jeune homme
qui pensait espouser une pucelle
l'ne lionne rusée du pays de .Mouche. s('*lant enliarnacbée avec un borgne qui la croyait pucelle, ne se put jamais tenir de rire le jour de ses noces et chanter à tous prt)pos : Mon Dieu! quil y en aura de bien trompés. Sa mère, craignant que la compagnie ne s'en scandalisât, lui remontra qu'elle devait quitter un peu de cette humeur libertine et être plus modeste quelle n'avait été par le passé: mais c'était prêcher en l'air, car si tôt que (|uelqu'un venait à lui faire quelque discours à table, elle recommenvait sa première chanson : Mon Dieu ! qu'il y en aura de bien trompés, et en même temps s'esclatait de rire. Knlin le bon .lobe (Il de mari, qui n'entendait pas le sens des paroles de sa chanson, lui réplitiua : « Nous serez la première trompée, mon cœur, en perdant voire |)ucelage. » I.a bonne bète de lille, (jui y avait prévu de bonne neure, entendant ce mot, pensa pâmer de rire. Sa mère, la voulant blâmer pour la seconde fois, lui dit que c'était une action de folie de rire sans sujet. « Comment, dit la bonne elTrontée, n'appelez-vous pas avoir un beau sujet de rire, lorscju'on est sur 1«* point de carillonner à ma paroisse. »
i'.Q pauvre benais de borgne, enlenduul une si naïve répartie «isa liancée, se pensa fendre un |)ied et demi de gueule à force de rire.
— Un elTet, dit l'oncle de la lille, je trouve que ma nièce a raison d'être aujourd hui joyeuse, car quoicju'elle n ait pas encore goùl les plaisirs (ju'il y a de coucher avec un homme, je m'assure qu'elle sen doute. — Aussi est-il vrai, dit un autre de ses parents. (|ue cestune grande niaiserie de faire la triste et dissimulée (juand on est à la veille de la fête de son village. — Par ma foi. dit la mère, vous avez raison, il n'y a rien de si doux qu un lil. ni de si agréable quand il faut dire adjeu à la virginité.
La souvenance de ce mot de virginitc» obligea cette rusée a rir< plus fort (]ue devant, sachant (|ue la sienne était bi«'n loin.
L'heure de se retirer étant venue, je crois qu'il ne la fallut point
(Ij Jvln\ pour • johiinl ".
battre pour se mettre au lit, dautant qu'elle s'y était accoutumée de jeunesse; mais elle n'y fut pas sitôt qu'elle commença dentonner l'air de sa chanson ordinaire : Mon Dieu ! qu'il y en aura de bien trompés. Tandis que notre Jobelin bridé, à qui il tardait d'entrer en lice et enfoncer une porte ouverte, ne mit guère à se coucher auprès de sa chaste Lucine, ma s il trouva véritablement l'effet de sa chanson, en ce que, pensant avoir seul la clef de la pudicité de sa femme, il rencontra souvent une serrure que Ion avait crochetée. Tellement que, ne sachant comme quoi digérer cette pilule, lui dit à demi en colère : « Comment, mon cœur, est-ce là la foi que m'aviez promise ? Faites-vous si peu d'état de moi, n'avez-vous point de honte de me donner le reste des autres. — Tout beau, ma vie, dit-elle, ce n'est qu'à votre imitation que jai fait cela ; car je ne suis pas si ignorante de savoir que vous n'êtes pas puceau, ainsi nous n'aurons rien à nous reprocher lun l'autre. Outre que vous savez que c'est une grande gloire à un capitaine de prendre une place sans user de violence et de trouver la brèche faite d'une place que Ion veut forcer. Au surplus, je vous proteste que ce qui m'a obligée de me faire essayer n'a pas été pour vous faire cocu, mais, seulement, pour vous excepter de peine. D'autre part, il n'était pas raisonnable que vous m'eussiez entière, vous qui n'avez qu'un œil. »
Ce bon Jean de Nivelle ne savait s'il se devait fâcher ou non d'entendre telles railleries; toutefois, craignant le scandale, passa le tout sous silence, aimant mieux porter les cornes dune coudée de haut que de déclarer sa femme de mauvaise vie.
{Le facétieux Ué veille -Mal in, 1761.)