‹ Galanteries XVIIIe siècleChapitre 6 sur 139 · LES CERISES · texte numérisé non relu

LES CERISES

Vi<;iullf «le Diiplessis-Berlaiix.

[Contes cl Snuvelles en rers, ITTx.

LES ClXg SENS — GLSTLS — LE GOUT

Laisse donc là les mets et ne sois pas si regardante ; tu vois bien que je suis

sans appétit pour cette nourriture.

(Gravure de Gabriel Spilzel, à Au<isl)ourii.)

D'une jolie fille qui n'eût point craint d'être foulée

Un cavalier déjà d'âge et qui témoignait avoir plus de babil que d'effet avec les filles, qui néanmoins avait toujours le mot pour rire, et que s'il n'avait le moyen de bien payer, pour le moins montrait-il quil en avait bonne volonté. Venant d'ordinaire loger dans une hôtellerie, où il y avait une fort jolie fille et de fort bonne humeur, qui avaitbien la mine d'aimer plus l'eUet que les paroles, pour qui ce cavalier témoignait avoir beaucoup d'alïectiouet, ordinairement aussi, lacijolait fort lorsqu'il était dans cette hôtellerie; mais elle, en riant, lui rendait toujours son reste, lui disant chaque fois, par plusieurs mots équivoques, qu'elle n'espérait pas grand bénéfice de son travail, mais surtout elle faisait profession d'être

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pucelle. et de (ait, elle passait pour être sage et honnête fille, (|U()ique assez hardie en paroles, mais ce ne sont pas d'ordinaire celles de qui il se faut délier, et, en effet, le proverbe espairnol dit : « (Juand un fol passera auprès de toi, retire loi pour un peu de temps, mais d'un songe creux pour toute la vie. Kt, en ellet, l'eau (|ui croupit demeure longlem|)S en cet état, mais celle qui court est bientôt j^assée. » Pour revenir à notre discours, ce cavalitM", durant que cette jeune lille faisait son lit, sémancipa plus qu à 1 ordinaire, lui disnnt qu'il aimerait beaucoup mieux quelle lui aidât à le défaire que de prendre tant de mal à le faire, à quoi cette jeune fille ne manqua point de répartie, feignant toujours de ne pas l'entendre. Mais, voulant se déclarer à elle plus ouvertement, il la pria très humblement de vouloir coucher avec lui. à (juoi elle répondit en riant : « \'raiment. Monsieur, ce serait dommage de percer la pièce, pour si peu <pi'il vous en faut. — Il ne m'en faudrait pas peut-être, ma fille, si peu qu'il vous en semble ; je suis plus altéré que vous ne pensez. — Je le crois bien, dit elle, il y en a qui. i)our si altérés qu'ils soient, le moindre verre est capable de les conlenter, et vous n'avez pas la mine de tant pouvoir boire, et je pourrais bien vous dire que vous êtes un bon seigneur cl que vous ne foulez guère vos sujets. » Comme il la pressait encore làdessus en paroles plus claires, elle lui dit : Mais, Monsieur, si je vous accordais votre demande, je crois que je passerais assez mal mon temps, vous me donneriez peut-être de l'appétit et vous n'auriez pas de quoi me repaître : en ce cas-là que diriez-vous, ne demeureriez-vous pas honteux? Lui (jui n'avait pas man(]ué d'esprit lui repart sur-le-champ : que voulez-vous ma mie V .le ferais comme les huissiers du Chàlelet, j'exploiterais, tani (jue sélendra le pouvoir de ma verge. A ce mot elle se mit à rire et le laissa sans réplique et sans, |)ourlanl, lui rien accorder. Klle voulait peut être un officier (jui n'«'ùl point ses bornes restreintes en si petit lieu, et qui, sans contredit d aucun, eût pouvoir d'exploiter par tout le Hoyaume,

{youreau.i' iontt's à nn\ Amsterdam. ITS^i.)

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