‹ Galanteries XVIIIe siècleChapitre 65 sur 139 · NATURALISTES AU XVIU SIECLE · texte numérisé non relu

NATURALISTES AU XVIU SIECLE

« LE COMTE DE SAINT-MÉRAN OU LES NOUVEAUX ÉGAREMENTS DU CŒUR ET DE LESPRIT. »

'Frairmenl.)

Il ('tait |»r<>s de sept heures lorsque Gernieuil arriva chez M"'* de Monpal.

On 1 annonce, il est introduit dans le cabinet d histoire naturelle, où sont les instruments de physique et la bibliothèque de bois de rose. Livres dorés, brochures satinées, rouleaux de cartes et de planches noués de rubans, machines électrique, pneumatique... tout l'appareil nécessaire pour la décomposition de lair; des plantes, des tleurs, des oiseaux, des papillons en enluminure, tout est disposé, groupé avec une intelligence, un goût qui font disparaître l'art de cet étalage : et des meubles de couleur sombre et des habits de deuil relèvent l'éclatante blancheur d'un teint, d'une main, d'un bras vraiment incomparables.

I>ans son voluptueux boudoir, .M'°* de Monpal aurait paru trop leste, trop vite consolée, trop peu sentimentale; ce contraste seul pouvait prévenir Saint-Méran de se tenir en garde contre un projet de séduction. Dans l'appartement, il aurait fallu se montreur sur un ton trop irrave, dont il était diflicile de descendre sans se trahir. Dans ce cabinet on avait l'air très naturel de recourir aux arts ri aux sciences qu'on aime toujours passionnément, pour adoucir ses douleurs. D'ailleurs ce qui parle aux sens et les émeut n'est jamais si favorablement placé qu au milieu d'objets froids qui ne s'adressent qu à lesprit.

La modeste et langoureuse veuve a recouvert ses appas du voile épais du crêpe et de la batiste, niais la physique expérimentale dispense d avoir toujours des gants, et la savante, la femmr qui pense ont de ces inspirations subites, de ces mouvements indélibérés, de ces attitudes prolongées sans qu'on y songe, qui tendent plus ou moins un vêtement flexible sur des formes arrondies et

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sveltes, entrouvrent un fichu négligemment ajusté, dérangent ou froncent des jupons que leurs plis, retenus et pressés d'un côté, rendent plus courts de l'autre.

Germeuil, en entrant, fut saisi d'un trouble qu'il ne pouvait sexpliquer.

— Madame, ne maviez-vous pas permis de venir vous otïrir mes respects? — Des respects?... Asseyez-vous, Monsieur le comte... Je ne croyais plus que vous viendriez, aujourd'hui, je ne vous aurais pas reçu ici... Mais tous les endroits sont égaux pour des affaires pressantes... (Il embellit encore.) Je vous écoute, parlez .. Sagit-il de vous ? — Et de vous. Madame... vous allez me détester. — Oh! je le voudrais bien. — J'y vais faire tout mon possible. — Que ne pouvez-vous y réussir... pour mon repos 1 A quelle sorte de confidence ce début doit-il me préparer ? — Madame... — Vous hésitez? — Je suis injuste, ingrat, calomniateur... un monstre. — Vous, Germeuil ! Eh I comment I...

Suit entre les deux amants une longue tirade sur le ton du jour; après quoi nous assistons au raccommodement.

— Vos sentiments seront ma loi. mon bien suprême, ma gloire... et votre bonheur est mon premier devoir...

« Du bonheur, reprit la comtesse en fixant des yeux languissants sur ceux de Germeuil, en est-il pour moi ? — Revenez dune erreur désespérante. C'est à fauteur de vos peines à vous faire changer de langage. — Vous triomphez de mes ressentiments : oui, joublie tout ; réconcilions nous; que la paix, linnocente amitié... » Le plus tendre raccommodement porta l'incendie dans tous leurs sens et suspendit en eux toutes les fonctions morales. Dans le désordre dune défaillance supérieurement bien amenée et de transports excités par lavidité de payer tant de dettes et d'initier une belle ignorante, Saint-Méran. tout hors de lui-même, renverse et fait rouler sur le parquet un vase chimique placé trop près de l'ottomane où se préparait une singulière efiusion de la plus cordiale amitié. Le bruit réveille la pudeur, la science, toutes les vertus, et ranime les esprits de la veuve.

« Qu'est-ce? Germeuil ! Où suisje? Ouosiez-vous ?... laissezmoi... Pouvez-vous abuser ainsi de l'état d'anéantissement où me jette une révolution!. . Jentends quelqu'un... fuyez, sortez..

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C'est Verdun... c'est lui... restez, il vous a vu arriver... Dans quel trouble ! Kst-il possible?... Jamais, non, jamais je n'aurais imaginé que cela pût (inir ainsi... Saint-Méran ! est-ce bien vous?... N êtes-vous pas honteux?... Des sentiments coujme les miens être payés de la sorte ! »

Kn proférant ces phrases morcelées, la comtesse rajustait très scrupuleusement tout ce (jue cette amicale distraction (sic) avait dérangé, et elle feignit de s'occuper avec Germeuil de sa nouvelle maciiine électrique.

^ \ ous saurez, du moins jiarler d expériences, lui dit-elle avec beaucoup de volubilité. Voyons... Je ne me trompais pas, il vient; tournez, tenez... ceci est déjà plein de fluide igné... Voyez les aigrettes... touchez... Allez donc... »

\'erduii entre et annonce M'"'' de \'anne, qui doit partir deniain matin.

« (Ju'elle entre... dans un nionienl... Nous jiourrions achever cet essai... Mais non, ce serait toujours de même, des étincelles... Ouelle vienne. »

\'erdun sort.

« .Mon cher comte, les fenunes de |)rovince, même les meilleures, sont minutieuses, jaseuses, sOITustpienl aisément, exaltèrent tout, la moindre a[)parence les cho(|ue... Nous seriez peut être eml)arrassé de votre contenance devant une personne étrangère ; je le serais plus (pie vous... Passez dans la chambre voisine... Vous in"o bli;:»erez... l'ermez les deux partes sur vous, |t(nir quon ne vous

entende |)as remuer le ne vous sup|)ose aucune curiosité découler

ce (|ue peuvent avoir à se dire deux femmes (pii se (juitlent pour toujours. Jabrc'gerai la séance.

yaturellt'mrnt Germruil ne ferme qu'une porle, ne perd pas une syllabe de la conversa lion entre 1rs deux femmes rt apprend ({uil est aimé. El alors, nouvelle scène pathrti<iue ; il se précipiie aux genoux de la comtesse dr Monpal </u;. d'un Ion fàrhè, lui réplique : « Ouoi ! vous avez écouté, vous avez tout entendu ? » Et, dans la luniche dt' Germeuil, ce ne sont que des âme de feu, àme céleste, et autres paroles enivrantes. Il s'est mis à genoux^ on le fait se relever, on proleste contre ses discours qui outragent.

« Levez-vous ; sortez, je vous prie... Non, calmez-vous, reprenez

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