‹ Galanteries XVIIIe siècleChapitre 68 sur 139 · L ATTRAIT SÉDUCTEUR · texte numérisé non relu

L ATTRAIT SÉDUCTEUR

D'une beauté admirant la blancheur, Jeune puceau se sentit en chaleur.

Quel feu, dit-il, s'empare de mon ;iiue

Au seul aspect de ce que porle femme ? Coucheravec, c'est bien autre douceur Lui répondit la voluptueuse dame.

[Le Jotijon (les Messieurs, ITiîu 'i

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ZEPHIRE

Un dimanche que jetais ailé avec mes trois amis prendre lair au Rois de Boulogne, labsence du sexe adoré me lit éprouver 1 alïaiblissement de Caciis, lorsquii ne touchait pas la terre. Je n y pus tenir ! Je les quittais furtivement, au moment où Ion entrait pour se rafraîchir, et je regagnai Paris, dans le dessein daller à rOpéra. Je pris par le premier guichet du Louvre, celui qui aboutit à la rue Fromanteau. J'avais vu, au coin de cette rue et de celle de Beauvais à celle Jean-Saint-Denis, des Filles que javais trouvées jolies (1 . Klles n y étaient pas. J'avançais par la dernière rue, pour aller gagner l'Opéra, lorsque, levant les yeux, j'aperrus devant moi. de l'autre côté de la rue Saint-Honoré. au troisième, une petite ligure, qui me paraissait charmante. J'allais, j'allais, les yeux lixés sur elle, sans écouter, sans voir les agaceries des Qnouines qui bordaient chaque ccMé de la rue infâme... Parvenu dans celle Saint-Honoré, la jeune personne, qui i)inçait une harpe, me remarqua. Mes regards lui parlaient. C'était une enfant. Elle me lit signe de monter, par un geste et un sourire ciiarmants !... Je m élançai dans son allée, curieux de voir une lille publique qui cultivait un talent agréable. 1-llle vint m'ouvrir elle-même ; et je fus surpris de trouver une nymphe, qui me parut environ treize à quatorze ans, de la plus séduisante ligure !... C'était une des Grâces, ayant un sourire délicieux, lair vif et doux, le son de voix mélodieux, enchanteur ; la taille fusée, mais animée par une gorge déjà refluante sous la gaze... Enlin on voyait tout en elle, propreté, goût, et jusqu'à la pudeur, à jamais bannie de ces abominables lieux... .le liic un ccii (taux des femmes que j'estimais le plus). Klle me dit : « }lanian ny est pas; garde ton argent, |)our me voir un nuire j(»iir... » llllr mCuibrassa. .^"assil >ur mes genoux et me dit des douceurs. Elle avait refusé mou prt slmiI ; ainsi je ne

(1) Tout ce quartier était un des repaires de la prostihilion parisienne.

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pouvais la soupçonner d'adresse avide. Jetais surpris, et^.hanté, ravi !... Je ne sentais pas de désirs, je n'avais que de la tendrease... Jéprouvais pour cette jeune infortunée, qui me livrait tous ses charmes à peine formés, le même respect que j'aurais eu pour Fanchette Collet en présence de sa sœur... Ma guérison était achevée ; mais je n'en étais pas encore assez assuré ; je m'en tins aux plus vives caresses. L'aimable fille me les rendait de la manière la plus douce et la plus voluptueuse.

Elle ne m'avait rien chanté, quoique je le désirasse ; c'eût été une distraction. Je lui demandai son âge. Elle sourit : « Devine? — Mais quinze à seize ans ? — Dix- sept, répondit-elle. — Je ne l'aurais pas cru? (repris-je) ; mais vous êtes sitôt usées dans votre état, qu'à quinze ans vous en paraissez vingt. »

Une Marcheuse, qui rentrait, nous entendit : « Vous êtes connaisseur! me dit-elle aigrement, croyant que j'avais dit que la jeune personne paraissait vingt ans, la petite en a onze, et va sur sa douzième. »

Je badinais (reprit l'enfant), je ne veux pas vous mentir : « C'est elle qui a raison, à peu près. » La Marcheuse regardait par notre fo' Le. « Voici Madame! » nous dit-elle. A ce mot, voyant l'enfant embarrassée, je sortis... Je m'en retournai sans remords, ce qui ne m'était pas encore arrivé depuis que je voyais des prostituées. Je fus tranquille, content de moi, après une séance pure, de près de trois heures, dans un mauvais lieu ! Un rayon de mon ancienne vertu se fit jour dans l'abime fangeux de mon cœur.

C'était Zéphire!... Le lendemain, j'allai trarailler avec ardeur, comme si j'avais senti ce que m'était Zéphire ; je disais à tout moment à moi-même : « Quel dommage!... si jeune!... je l'adore rais !... » La semaine s'écoula dans ces idées.

Le dimanche matin, je palpitais de joie, en songeant que je verrais Zéphire... Loiseau vint me proposer une partie! « Non, répondis-je nettement, j'en ai une meilleure. » Et, à cette occasion, je lui dis un mot de Zéphire. Il sourit de pitié !... Puis il me lit des remontrances amicales.

Mon aveu (it que Loiseau m'épia, et qu'il entrevit le nouvel objet que je préférais à mes amis. A trois heures, je retournai voir Zéphire. Elle me reçut avec transport ; la sympathie avait été ré-

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cipro(]xé, mais, cependant, plus forte en elle. « Ha ! me dit-elle, j'ai par^ à maman comme il faut ! Ma sœur Manon et toutes nos demoiselles ont un ami ; moi, seule, je n'avais personne, et c'est moi, quoique vier^^e encore, qui rapporte le plus... j'ai bien dit à maman que je voulais avoir un ami qui fut honnête garçon et non pas un escroc, ni un espion, comme les autres ; que c'était bien assez que j'eusse le plus de peine et que je reçusse tous les plus vieux; qu'il fallait m'en dédonunager par quelqu'un de jeune et d'honnête; que je venais de faire la connaissance d un gai\-on bien doux, pas ivro^rne, pas joueur, pas libertin, pas méchant, pas escroc, pas espion, bien aimant, et que je le voulais, pour l'aimer de tout mon cœur?... Maman m'a répondu qu'il valait mieux un espion, alin d'être plus sûrement averties en cas d'enlèvement, que c'était un moyen de se faire bien voir de la police, qui nous donne à certains espions, comme on donne à d'autres l'escroquage de certains billards. Au lieu qu'en ayant un honnête homme, il ne pourrait jamais nous prévenir des polices, ni même se trouver à nos parties, et qu'ainsi j'en serais alors privée. Elle a répété que la police aimait (]ue nous eussions les espioiis, parce que c'était un salaire à sa décharge, que ce qu ils tiraient de nous, et que nous étions soutenus par cette raison... Mais jai si fort insisté qu'enfin elle a consenti. Elle va venir. » Zéphire sonna. Je ne savais (pie répondre à ce discours inattendu I... La maman arriva, car c'était véritablement la mère de Zéphire. J'étais couvert d'un grand chapeau que je n'ôlais pas. « \'oilà mon ami (dit l'enfant) ; Dulis (j'avais déjà pris ce nom avec les actrices et Monet), Dulis, voilà ma mère... salue-la? » Je me levai et m'inclinai si profondémeul sans parler, (]uelle ne vit pas mon visage... Mon air honnête, mon costume, mon silence même, confirmèrent ce que Zéphire avait dit de moi... .Mais j étais honteux, je n'osais envisager la monstrueuse Hlaiiuasse qui prostituait l'enfance de sa lille et je puis dire que je ne la vis pas. (Ile ! quand je laurais regardée, était-il possible que je la reconnusse, changée comme elle devait l'être?) « Allons! me dit la marâtre, puisquelle vous veut, quelle vous ait donc. Tout ce que je vous recomtnande, cest de ne pas lui faire perdre son temps; de ne pas la mener ni aux cabarets, )ii aux ijuiiujuettes; du reste, vous fereu tout ce que vous voudrex, et je la laisse maîtresse d'en Uijir avec vous à sa fantais

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Mai^ songez bien que n'étant pas un de ces messieurs (les espi^r^g les escrocs, souteneurs ordinaires des filles un peu au-dessus de uQes abandonnées aux gardes françaises), vous n'avez pas le droit de ta faire chanter malgré elle (terme technique, pour signifier faire con-

LA TIIEIKRE DE LADY CHAVEMNG

Caricature anfrlaise dans la note à la fois correcte et j^rivoisc. - Londres, 1778.

tribuer une fille) : car fy mettrais ordre... Je vous laisse ensemble... Elle est pucelle au moins ! et puisque c'est une satisfaction pour elle que vous ayez sa fleur, vous l'aurez.. . Comment vous appelez-vous ? Elle a dit Dulis, je croisl?... Car il faut que je donne votre nom à M. Marct, notre inspecteur, afin quil ne mette pas Zéptnre en acompte pour un de

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ses gens "* Après lassurancc que je lui donnai, par signes, d'en bien acriravecsa lille, elle sortit. La matrulle crut m'entendre, mais je irie promettais cent fois plus quelle nespérait. Mon air lui avait plu : elle fut charmée que sa lille. encore si jeune, eût un jeune homme honnête, sans usage, timide, ([ui ne lui ferait pas venir le goût des liqueurs fortes et ne la forcerait jamais à passer des nuits dans de crapuleuses orgies.

KUe se flatta que je ne donnerais àZéphireque de bons conseils, |)ropres à la rendre et tranijuiile et rangée...

Resté seul auprès de Zéphire, je sentis croître mon goût pour elle, je lui demandai ses faveurs avec les expressions les plus tendres ?... Elle me pressa contre son cœur; elle me conta tous les dégoûts quelle éprouvait journellement, et combien elle était ravie de sen dédommager avec moi I Klle se livra tout entière; et cette jouissance, cent fois plus donnée quarrachée à la jeune vierge, fut délicieuse!... je retrouvais le bonheur entin ! mais j'étais étonné de l'asile qu il avait choisi pour m'attendre !... j oubliais son état à elle-même : mais on me le rappela cruellement le soir !

A la chute du jour, on la sonna. C'était Iheure à laquelle tous les amis, quels quils fussent, devaient quitter les Filles... Zéphire me le dit, et ce fut un coup de poignard dans mon cœur... Kn sortant avec quelque précipitation, j'aper(,nis un vieillard, ou plutôt un squelette, qui allait me succéder : je fus si désagréablement alTecté,que je résolus de ne plus revoir laimableenfant, qui venait de me procurer des moments si doux !... .le men allai pensif, rêveur... Je cherchai à m'avilir moi-même, pour me mettre au niveau de Zéphire prostituée, et je sentis que ce n'était pas la conscience de ma dignité qui me retenait, mais une jalousie machinale, qui me faisait obscurément désirer que ma maltresse, quoique fille puhli'fue, fût à moi seul, bien que je ne pusse la tirer de son état malheureux, c'est à-dire que je voulais 1 impossible.

Le dimanche suivant, je sortis, avec la résignation de ne pas aller chez. Zéphire. .le marchais dans cette volonté ferme; et cependant mes pieds me conduisirent nu bas de sou escalier; ils me montèrent, contre ma détermination raisonnée. Je me trouvai donc à la porte malgré moi, mes mains me trahirent connue mes pieds; je fraj^pai. eu me dépitant... Kt cependant, j'entrai... Notre entre-

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tien aurait encore été délicieux, si je lavais cru imperturbable. Mais à tout moment, j'imaginais entendre l'infâme sonnette... A la fin, néanmoins, enchanté par ses caresses, l'illusion commençait à naître, lorsque la détestable sonnette vint rappeler mon amante à l'infamie de sa profession. Je revis le même vieillard,., et je sortis l'âme navrée : un objet nouveau m'eût peut-être moins affligé.

La semaine s'écoula ainsi, dans de continuelles incertitudes.

Le dimanche suivant, Loiseau me proposa de sortir avec moi. J'y consentis et je le menai chez Zéphire. Il entra ; il la vit. Sa présence contraignit à peine les tendres reproches qu'elle me fit ; mais il me prit en particulier, pour me faire des observations amicales sur l'inconvenance de l'amour dans un lieu pareil. Cependant, il resta durant toute la séance entre Zéphire et moi. Le soir, à l'heure du maudit vieillard, on sonna Zéphire; je le vis encore, cet homme abhorré ! Et nous sortîmes.

Nous marchions en silence : j'étais concentré!... Enfin, près de notre demeure, j'éclatai par ces mots .: « Non, je ne la reverrai plus ! — 0 1 mon ami I me dit Loiseau, j'attendais cette réflexion ! Quel rôle nous venons de faire ! comme nous venons de sortir de cette maison I »... Je l'écoutais dans une sorte d'anéantissement.

Loiseau devint mon ange tutélaire, il épura mes mœurs (mais Zéphire m'avait rendu le sentiment de la vertu!)... Je cessai de voir Gaudet, ou, du moins^, de partager ses plaisirs crapuleux ; car j'aurais mieux aimé mourir que de le mener chez Zéphire. Je ne vis plus cette jeune fille elle-même : je m'en crus oublié, au bout de quelque temps ; ou, plutôt, je ne pensais pas que je l'eusse intéressée... Dans ma nouvelle situation, je devins triste, mélancolique, mes anciens chagrins concentrés dans mon cœur me travaillèrent intérieurement, et détruisirent ma santé... Je tombai dangereusement malade... Loiseau ne m'abandonna pas ; il me soigna ; sa fidèle amante, M'^^ Zoé, me veilla, tandis que mon unique ami prodiguait sa peine et ses sueurs, en travaillant pour nous deux. Il vendit la moitié de ses habits ; il emprunta de M"® Zoé, qui alla pour nous jusqu'à l'épuisement.

Il me survint un étouffement périodique qui durait vingt-quatre heures...

Loiseau était désolé de cette attaque singulière, qui les obligeait, lui ou M"® Zoé, de me garder, tant qu'elle durait. Nous n'avions plus de fonds ni presque d'habits; il allait être forcé de m'abandonner, pour aller travailler et gagner ; je l'en pressais moi-même, quand il lui vint dans l'idée d'emprunter un louis ou deux à quelques compatriotes, ses anciens familiers, nouvellement arrivés à Paris et logés rue Sainte-Anne, butte Saint-Roch. 11 y courut.

Au coin de la rue des Bons-Enfants, il fut aperçu par Zéphire, qui le reconnut. Elle descendit précipitamment, malgré le désordre de sa parure du matin, et le joignit vis-à-vis le Palais-Royal. « Mon sieur ? lui dit-elle timidement, save/-vous si M. Dulis est à Paris ? — Oui, oui, mademoiselle, il y est. — Ah! peut-il rester si longtemps sans me voir? — Et que voulez vous qu'il vienne chercher auprès de vous, dans son état? — Serait-il malade? — 11 y a longtemps... Mais je suis pressé; il est seul. Adieu, mademoiselle. — Oh ! sa

SOUVENT I.OCCASION 1 Ail I.K LAllHON

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