‹ Galanteries XVIIIe siècleChapitre 72 sur 139 · LA FILLE PRUDENTE · texte numérisé non relu

LA FILLE PRUDENTE

Certaine nymphe d'opéra,

Par ses talents bien digne de l'estime

Dont Paris jadis l'honora,

N'avait reçu pour légitime

Qu'un^cœur sensible avec quelques appas.

Une humeur douce et complaisante.

De la vertu, mais chancelante ;

Pourtant, ne vous étonnez pas

Si dans un lieu trop sujet aux faux pas

Le pied souvent glissait à la bergère.

Il lui glissa de manière, un beau jour,

Qu'après neuf mois elle fut mère.

Ce coup affreux la désespère.

Un peu coquette et faite au tour.

Pour conserver taille fine et légère,

Au plus beau fruit du tendre amour,

Ce sont les fleurs qu'elle préfère.

« Oui, je 1 étranglerais, dit-elle avec colère,

« Si je savais celui qui m'a joué ce tour. »

Elle était juste, elle était bonne,

Craignit de se tromper et n'étrangla personne.

Abbé !?HKTiN, (ùmtcs en vers et pièces fugitives, 1797.)

Page 1