‹ Galanteries XVIIIe siècleChapitre 76 sur 139 · LE FIN MOT · texte numérisé non relu

LE FIN MOT

Partout on suit le mêuie ton ;

Partout la gaudriole Est un langage de saison

Qui paraît toujours drôle.

Dans un cercle ou dans un festin.

Joliment on s'escrime.

Quand Vénus ou le Dieu du vin

Sur ce point nous anime.

Chez jeune ou vieux, fille ou garçon,

Ce propos s'accrédite.

Femme jolie à ce jargon

Donne un nouveau mérite.

Chacun se réveille à cela.

L'on s'arrrte à ce titre, Ou l'on en revient toujours là

Sans tarir le chapitre.

Sur ce que l'on nomme cela,

Kn langue de Cythère, Jamais on ne se méprendra.

Fût-on simple bergère.

Iris, de ce mot expressif.

Entend le badinage. On en voit un rouge plus vif

Lui monter au visage.

Fille est rêveuse, quand cela

Lui trotte dans la tête ; Ou soudain aux champs la voilà,

11 n'est rien qui l'arrête.

De novice, en cela, souvent,

Elle devient maîtresse ; Et même une lille aisément

En cela nous redresse.

-?• Ce que l'on entend par cela

Est donc, par excellence.

Chose exquise qu'on désigna

Sous ce mot d importance.

C'est à cela, dans tout pays.

Que tout tend, tout aspire :

C'est pour cela, mes chers amis,

Quici-bas tout respire.

Chacun veut tàter de cela;

Notre mère yature Par un doux instinct nous jiorta

A cela... (ju'en conclure?

Sinon que si tout nous parla

L^e cela sans mystère.

Nous devons, sans en rester là.

Chercher tous à le faire.

GALANTERIES XYllf SIÈCLE

L'ESCLAVE HEUREUSE OU L OISEAU CIIEIU (Lilhojiraphie d'après une i^ravure <lr Hoïn.)

174 GALANTERIES XVIll" SIECLE

Comme quoi un bourgeois boucha

le trou par où s'écoulait son vin

Un bourgeois de Paris, ayant une servante fort gentille et une femme fort mal agréable, s'eminouracha de sa servante, de sorte que, toutes les fois qu'il la trouvait seule, il l'importunait extrêmement, la priant damour, à quoi elle résistait toujours, le menaçant que, s'il lui en parlait davantage, elle s'en plaindraità sa maîtresse, (^ette servante aimait extrêmement à boire et, toutes les fois qu'elle allait à la cave, n'oubliait pas de tàter si le vin était bon, et, le plus souvent, en tirait des bouteilles entières qu'elle cachait pour s'en donner à cœur joie, quand elle était seule à la maison.

Le maître avait acheté un muid d excellent vin de Bourgogne, où l'on ne tirait point encore parce qu'il le gardait pour larrièresaison, et comme la servante avait, plusieurs fois, oui exagérer la bonté de ce muid, c'était à celui-là seul à qui elle s'adressait, et parce qu'il n'était point percé avec un foret, elle y fit un trou qu'elle boucha d'un petit fosset, placé entre deux cercles vers le bas, en sorte qu'on ne s'en pouvait pas si facilement apercevoir; et toutes les fois qu'elle allait à la cave, elle n oubliait pas de le revisiter et, le plus souvent, buvait à même le pot ou la bouteille dans quoi elle l'avait tiré. Il y avait longtemps qu'elle faisait cette vie-là sans que personne ne sût rien.

Mais un jour, connue le maître allait visiter sa cave, il fut tout étonné de trouver ce muid presque à demi vide : il regarde de tous côtés avec de la chandelle, pour voir s'il ne s'écoulait point par quelque endroit ; mais, voyant tout sec à l'entour, il ne savait que penser. Il le dit à sa femme, qui en denieura aussi étonnée que lui. Ruminant sur ce fait en lui-même, il jugea bien qu'il fallait que la servante le bût, puisqu'il n'y avait qu'elle qui allait à la cave. Il se résolut, donc, de l'épier, et comme un jour elle allait tirer à boire pour leur dtner, il la suivit tout doucement sans quelle Taperçùtet, secachant en un coin delà cave, il vit la galande tirer

(1) La Galande, c't'sl-à-dire « la rusôc ».

GALANTERIES XVIH® SIECLE 175

son petit fosset, emplir un vaisseau quelle avait et buvait à même; ce que voyant, il s'approche tout bellement et la surprend sur le fait. Elle demeure extrêmement étonnée, car d'inventer quelque fourbe qui la put excuser, il lui était impossible : tout ce qu'elle put faire fut de se jeter à ses pieds et de lui demander pardon.

Lui, bien heureux d'avoir une si belle occasion, lui dit : « 11 n'y a que deux mots, ma mie : si tout présentement vous ne m'accordez ce que je vous ai tant de fois demandé, je m'en vais le dire à votre maîtresse. » La pauvre fille, qui eût autant aimé mourir que sa maîtresse l'eût su, car elle savait bien qu'elle l'eût sur l'heure mise dehors, avec grand scandale, voyant qu'il n'y avait point d'autre remède pour apaiser son maître, qui lui affirmait que personne n'en saurait jamais rien, aima mieux lui accorder franchement ce qu'il demandait. Il ne se- fit pas beaucoup prier, mais se mit à l'accoler sur le cul d'un muid, où il demeura si longtemps que sa femme, étant en peine de ce long retard^ lui cria par la porte : « Que faites-vous là si longtemps, mon ami ? — Ah ! ma fille, lui dit-il, jai trouvé le trou par où s'écoule notre vin. » Sa femme lui crie : « Eh ! bouchez-le, mon ami. — Ainsi faisje, répondit-il. »

Ainsi le maître fut satisfait, et la servante contente, car elle put

retourner à boire de son vin sans crainte, aux dépens de qui il

appartenait.

(JSouveaux contes à rire, Amsterdam, 1782.)

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