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couverts de crêpes, couronnes de cyprès, et portant des houlettes garnies de rubans noirs. Salvador les rangea lui-nicme ; et, séparant les bergers des bergères, il rit marcher toute la troupe sur deux fiics.
Du côté droit, Nisida, Blanche, Téolinde, Florise, et toute* les jeunes tîiles, s'avançoient sous la conduite de Galatée. Du côté gauche, vis-à-vis d'elles, marchoient Timbrio, Fabian, Damon, lircis, tous les jeunes garçons, ayant ù leur tète Elicio. Le seul Erastre nianquoit. Après eux venoient les épouses, conduites par Silvérie j et les époux, menés par Daranio. Cette troupe d'heureux ctoit presque aussi belle que la première. Elle étoit suivie d'une troisième moins brillante et plus respeétable ; c'étoient les veuves et les vieillards ; ils étoient guidés par Mœris, et par la mère d'Erastre. Leurs cheveux blancs n'avoient point de couronnes : leurs mains trem' k2
Liantes s'appuyoient sur des bâtons noueux. liélas ! c'étoit pour eux surtout (juc la cérémonie étoit in(éressante : ils alloient pleurer sur la tombe d'un fils, d'une sœur ou d'un tpoux.
Salvador fermoit la marche : il avoit choisi cette place pour être plus près des plus malheureux. A ses côtés huit beaux enfans, vêtus de robes de lin, et couronnés de fleurs, portoient avec respeét l'eau lustrale, l'encens et le feu. Fiers de cet emploi, qui étoit la récompense d'une année entière de sagesse, ils s'avançoient plus gravement que les vieillards.
Pour arriver à la vallée des tombeaux, il failoit faire à peu près une lieue toujours sur la rive du Tage, et sous une voûte de verdure que formoit un double rang de peupliers. Les bergers en silence marchoient sur un gazon semé de fleurs humides encore de la rosée. Le soleil commençoit à dorer la cime des montagnes, et annonroit un des plus
beaux jours de lélé : le ciel étolt partout d'azur; un doux zéphyr agitoit les arbres, et berçoit mollement les petits oiseaux dans leurs nids : ralouelle, dcjà perdue dans les airs, se faisoit entendre sans être apperçue ; ie rossignol, fatigué d'avoir chanté toute la nuit, se ranimoit pour saluer le jour ; la tourterelle et le ramier répondoient par des plaintes au chant joyeux du pivert : les fleurs exhaloient tous leurs parfums ; les poissons se jouoient sur les eaux du fleuve: toute la nature, au moment de son réveil, semblolt remercier le Créateur du nouveau bienfait qu'il lui accordoit.
Tirabrio, Blanche et Nisida, peu accoutumés li ce speaacle ravissant, le contemploient avec surprise. L'entrée de la vallée des tombeaux leur causa bientôt une nouvelle admiration.
Sur la rive de ce beau fleuve, qui roule de l'or dans son sein, est un espace d'un mille carré, ceint de toutes parts K 3
d'une chaîne de collines : on y pénètre par une seule entrée. Ce long défilé est garni des deux côtés d'une haie do: cyprcs en amphithéâtre, et si serrés, que leurs branches entrelacées forment un mur épais aussi haut que les montagnes.
Quelques rosiers, quelques jasmins sauvagesj parsèment de fleurs rouges et jnunes le verd sombre de ces deux murailles. Jamais aucun troupeau ne pénétra dans cet asyle j jamais le bûcheron ne porta la hache dans ce bois sacré.
Un silence profond y règne : l'on n'entend que le bruit de quelques sources qui descendent sous le feuillage, se réunissent dnns un lit de mousse et vont porter à quelques pas dans le Tage leurs petits flots argentés.
A l'extrémité de cette avenue est un antique sapin qui semble fermer la vallée. Sur son écorce sont gravées ces paroles ;
Passant, respecte cet asyle :
Si ton coeur est pervers, tremble d'y pénétrer : Mais, s'il est vertueux, marche d'un pas tranquille,
A ces tombeaux tu peux pleurer.
Dans l'intérieur de la vallée, les mêmes cyprès régnent à l'entour. Au milieu est une fontaine dont l'eau, toujours abondante, arrose et nourrit le gazon. Quelques tombeaux sont épars çà et là, les uns déjà couverts par le lierre, les autres encore ornés de guirlandes ; tous renferment la dépouille mortelle d'un être qui aima la vertu.
L'honneur d'être enterré dans cette belle vallée ne s'accordoit pas à tous les morts 3 c'éloit la récompense d'une vie irréprochable : le village assemblé l'adjugeoit.
Les bergers, parvenus à la fontaine, s'arrêtèrent ; et Salvador éleva la voix : Séparez-vous, s'écria-t-il ; vous vous rassemblerez près de moi quand la
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trompette sonnera. A ces mots, tout le monde se disperse -, chaque veuve, chaque orphelin, court à la pierre qui couvre l'objet de ses larmes. Timbrio, Fabian, et les deux sœurs, ont perdu de vue Elicio ; ils parcourent la vallée en le cherchant.
Ils le découvrent bientôt à genoux devant le tombeau de sa mère : ses mains étoient jointes, ses yeux, baignés de pleurs, étoient tournés vers le ciel. O ma mère, disoit-il, vous êtes sûrement heureuse, puisque vous fûtes toujours bonne : veillez sur moi de votre céleste demeure ; faites que j'aime la vertu autant que j'aimai ma mère. En prononçant ces mots il pressoit son visage sur la tombe, et ses larmes couloient le long de la pierre.
Les quatre amnns l'écoutoicnt en silence ; ils approchent, et Timbrio prenant la main du berger : Digne fils, lui dit-il, vous pénétrez mon cœur de ten-
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dresse et de respe6V. Promettez-moi d'ctre mon ami, et dès ce moment je renonce au monde pourctre berger avec vous, pour habiter, avec Nisida, Blanche et Fabian, une cabane voisine de la vôtre. Vous seriez trop près d'un malheureux, lui dit Elicio : depuis que j'ai perdu ma mère, un seul sentiment pouvoit me faire aimer la vie ; et demain je ne reverrai plus celle qui en est l'objet. Les deux sœurs, les deux, amis, le pressèrent de s'expliquer davantage. Ce n'est pas ici le Heu de vous parler de mes amours, reprit le berger j quand nous serons sortis de la vallée, je vous raconterai mes malheurs.
Il parloit encore : la trompette sonna. Expliquez - nous, demanda Timbrio, pourquoi Salvador nous rappelle. Pour honorer, lui répondit Elicio, la cendre du dernier berger que nous avons perdu. Jinsuite nous entendrons l'histoire de sa
vie, qui nous sera chantée par la plus «âge de nos bergères.
Jls se rendent à la fontaine: tout le monde y ctoit rassemblé. Leur vénérable conduéteur les guide vers un tombeau dont la pierre encore toute blanche portoit cette simple épiiaphe ;