LIVRE IV
portant le chevreau dans ses bras, lorsqu'un bruit affreux se fait entendre dans la caverne ; et l'on en voir sortir Elicio se débattant avec un homme dont l'aspect étoit effrayant. Il étoit couvert de haillons déchirés; une barbe noire et épaisse lui cachoit la moitié du visage : ses longs cheveux en désordre flottoient sur ses épaules ; ses bras nuds et nerveux pressoient Elicio pour l'étouffer. Le berger, non moins vigoureux, repoussoit de la main gauche la poitrine velue de l'homme sauvage 3 et de la droite, entortillée dans les cheveux de son ennemi, il faisoit courber sa tête en arrière. Tous deux en silence, les yeux étincelans et fixés l'un sur l'autre, les jambes entrelacées, cherchoient DJUtuellement à se terrasser.
Le chien d'Elicio n'avoit pas quitté
«on maître, et faisoit des efforts pour le
secourir : mais une chèvre sauvage l'oc-
cupoit assez lui-même. Attentive à ne
jamais prêter le flanc, elle le poussoit devant elle en le nienac^ant de ses cornes, tandis que le chevreau rassure bondissoit derrière sa mère, et sembloit braver ce^ lui qu'il avoit craint.
Tircis, Damon, et les deux amis, se précipitent pour séparer les combattans.
Tiinbrio se saisit du sauvage ; il a besoin de toute sa force pour le contenir : mais Téolinde est évanouie, et tout le monde vole à son secours. L'homme sauvage jette les yeux sur elle j il demeure immobile en fixant ce visage pâle : bientôt, se dégageant des bras de Timbrio, il saisit le chevreau, cause innocente de tant d'accidens, tombe îl genoux devant Téolinde, et le lui présente d'un air soumis, A peine la bergère a-t-elle repris ses sens, qu'elle s'élance au cou du sauvage : Ah ! c'est toi, s'écrie-t-elle, x\rtidore, mon cher Artidore ! tu n'as donc pas oublié Téolinde Au nom de Téolinde,