LES PRÉCÉDENTS, DESROCHES
DESRocHBS. — Boujour , mcssicuFS. Oh! quelle chaleur il fait ici! quel gouffre! mais c'est une étuve! (// ôte son chapeau et le met dans un car-
ton. Il sort un autre chapeau du même carton, pour figurer, en cas d^ absence, sa présence dans le bureau,)
EUGÉivE. — Il fail froid dehors?
DESROCHES. — Oui, il fait froid. (// vient embrasser le tuyau du poêle,) J'ai l'onglée.
M. RiFPB. — Comme vous êtes peu conséquent avec vous-même, monsieur Desroches ! vous trouvez que celle pièce est une éluve, un gouffre : je ne sais dans quelle exagération vous venez de tomber, et vous allez vous jeter à corps perdu sur ce poêle.
DESROGHES. — Parbleu ! quand oh vient du dehors. Je n'ai froid qu'aux mains et aux oreilles. Je ne sens plus mes oreilles ; mais je n'ai pas froid aux pieds; j'ai, au contraire, les pieds brûlants. Qu'y a-l-il de nouveau aujourd'hui?
M. RiPFÉ. — On vient de me remettre le journal à l'instant ; je n'ai pas encore eu le temps de le parcourir.
DESRocHBs. — Et la rcntc?
M. RIFPB. — Elle a eu l'air de vouloir remonter, puis elle est retombée.
DBSRocHES,à Ettflfénc. — Eh bien, Eugène, avezvous fini vos lettres de faire part de l'accouchement de madame Clergeot?
EVGËnE. — J'ai eu tout fini à onze heures et demie.
oESRocHEs. — Je ne regrelte pas de ne pas m'étre proposé pour ces letlres.
EUGÈNE. — J'en ai bien écril deux cenls.
DESROCHES. — Commenl! deux cents? mais estce qu'elles n'étalent pas lithographiées? Vous avez donc écrit les lettres entièrement?
EUGÉifE. — Mais oui, entièrement, et les adresses encore qu'il a fallu mettre. Quand je suis parti, toutes les boutiques étalent fermées; je croyais qu'il. était bien plus tard encore. Maman était inquiète.
OESROCHES. — Vous l'avlez prévenue?
EUGENE. — Oh! oui, je l'avais prévenue. Elle était si contente de me savoir passer la soirée chez mon chef de bureau!
DESROCHES. — Vous n'y avez donc pas dîné?
EUGÂNE. — Non, je n'y ai pas dîné. Je n'étais engagé que pour y passer la soirée; j'ai même attendu qu'on ait dîné.
DESRocHEs. — C'cst Charmant! Âvez-vous été admis à l'honneur de voir M. et madame Clergeot?
EUGÂNE. — J'ai vu M. Clergeot; c'est lui qui a eu la bonté de me faire mettre dans la salle à manger; mais, comme madame est malade, on dîne dans sa chambre à coucher, et la salle à manger est bien froide.
' DE8R0CHES. — Il n'y avait donc pas de feu?
EUGÈNE. — Non, il n'y en avait pas.
DESROCHES. — C'cst bien aimable! Quelle diffërence avec celui qui l'a précédé, M. Vasselol! comme il agissait avec ses employés! quel homme! Quand vous aviez un travail à faire chez M. Vasselot, il commençait d'abord par vous inviter à dîner, et, comme il était dans Thabilude de sortir tous les soirs, il avait toujours la politesse, si c'était en hiver, de vous laisser dans son cabinet, devant un bon feu ; si c'était l'été, il vous faisait venir de la bière et des échaudés; mais comme ça, c'est mieux, c'est tout profit. {M. Riffé témoigne par la progression de sa lèvre inférieure du mécontentement que lui fait éprouver la conversation de Desroches.)
EUGÈNE. — II est si bon pour moi, M. Clergeot!
DESROGHES. — Vous avcz ralsou ; le fait est que, depuis deux ans que vous êtes ici, il a beaucoup fait pour vous. Si j'avais votre âge, je ne serais pas à croupir comme je le fai% dans les bureaux; d'ailleurs, je suis trop franc pour faire mon chemin; et j'ai le malheur de ne pas adorer les Injustices, je ne suis pas un valet, moi!
M. RiFFti. — Allons, Desroches, vous allez encore recommencer vos jérémiades.
DESROCHES, cxalté, — Oui; je n'aime pas les Injustice;», moi. Je dirai toujours la vérité, et je ne
veux pas qu'un chef me fasse la loi ; je veux la liberté^ je suis pour la liberté.
M. Rif FÉ. — Je vous conseille d'invoquer ce ré* gime-là, c'élait bien joli ! on vous amenait par milliers è l'écbaraud.
rasRocBEs, après avoir bu un verre (Veau. — Vous voulez porter des fers, vous! vous adores l'esclavage, monsieur Riflét
M. BIFFÉ. — Écoutez, monsieur Desroclies, en vous adressant à moi, vous pouvez me faire beaucoup de tort, me compromettre d*abord. Je vous prie de croire que j'ai aussi bien qu'un autre le sentiment de ma dignité ; j'aime la liberté, mais Je déteste et j'abhorre la licence. {M, Riffé reprend la lecture de son journal^ et Desroches boit un second verre Weau,