‹ Galerie d'originauxChapitre 50 sur 70 · CIIHETIÈBE · texte numérisé non relu

CIIHETIÈBE

Descente des voitures. Le clergé ouvre la marche ; puis les parents et les invités suivent en silence, la tète découverte.

traihards.

M. MOUTARDIER, M. BELHAMY, M. MOUIN.

M. MOUTARDIER. — Savcz-vous cc quc Von fera eu rentrant dans Paris, monsieur Belbamy?

M. BELHAMY. — Jc n'en sais rien encore; je cherche M. Mouin. Nous devons partir ensemble. Nous étions convenus d'entrer quelque part, dans ie cas où l'on ne déjeunerait pas à la maison mortuaire.

M. MOUTARDIER. — Déjcuncr à l'heure qu'il est?

M. BELHAMY. — Est-cc qu'on nc déjeune pas toujours î

M. MOUTARDIER. — Mcrci, VOUS êtcs encore bon ià; j'ai déjeuné, pas si bête.

M. BELHAMY. — Ce n'cst pas l'embarras, j'aurais tout aussi bien fait pendant que vous étiez à l'église...

M. MOUTARDIER. — Vous n'étlcz donc pas à l'église?

M. BELHAMY. — Jc l'cu moquc î pourquoi faire ? Nous étions, bien gentiment, M. Mouin et mol, à faire notre partie de billard chez Borel.

M. MOUIN.— Si vous voulez, nous irons tout uniment dîner aux Vendanges,

M. BELHAMY. — Ticus , c'csl VOUS, mousicur Mouin? Je devais m'en douter : vous nous ouvrez toujours de bonnes idées, vous. Eh bien, va pour les Vendanges! Vous êtes des nôtres, monsieur Moutardier?

M. MOUTARDIER. — A mortî

M. MOUIN. — ■ Topez là, c'est arrêté ! N'ayez pas peur, allez, nous nous amuserons.

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M. BELHAMY. — Nous aupops BU assGz dc chagrln ce matin.

M. MouiN. — Tenez, voyez-vons, là-bas, cette petite colonne sur votre droite, monsieur Belhamy?

M. BELHAMY. — Près dç la pyramide?

M. MOUTARDIER. — Jc la VOlS d'ICl, plUS SUF la

droite.

M. MouiN. — C'est bien facile, il n'y a qu'elle de colonne.

M. MOUTARDIER. — Suf votrc droitc.

M. BELHAMY. — J'cntends bien... N'est-ce pas une petite colonne surmontée d'une urne enveloppée dans une espèce de linge?

M. M0U1N. — Oui, de linge en pierre. C'est là qu'est enterrée ma belle-mère.

M. BELHAMY. — Ah ! oul-da.

M. MouiN. — Mon épouse est en face... J'ai été longtemps que je n'aimais pas à venir Ici.

M. MOUTARDIER. — Je crols blcu !

M. MouiN. — Mais, comme on dit, le temps est un grand maître.

M. BELHAMY. — Saus ccIa, on serait bien malheureux.

M. MOUTARDIER. — Lcs plus à plaindre sont ceux qui restent.

M. MouiN. — Vous avez bien raison, monsieur Moutardier; ce que vous dites est bien la vérité.

l'enterrement. 134

M. BELHAMY. — Ne VOUS avail-clle pas laissé des enTants, madame Mouin?

M. Moriw. — Je n'ai eu qu'un fils de ma première femme, monsieur Belhamy ; il est à Montparnasse, ce fils-là; sa mère est à Montmartre : j'en ai un peu partout, commç vous voyez.

M. BELHAMY. — C'cst fort bien.

M. MOUTARDIER. — Ail çà ! mais il paraît qu'ils vont nous conduire au bout du monde! j'ai toutes les peines à me tirer d'afl'aire.

M. BELHAMY. — On cnfoncc dans ce diable de cimetière, c'est atroce!

M. MOUIN. — Venez par ici, messieurs, c'est moins mauvais. Après ça, il a tant plu! Ah! c'est ici que nous restons; je vois là-bas la lête de colonne qui s'arrête.

M. MOUTARDIER. — Tàchons douc de réunir quelques bons enfants pour nous tenir compagnie aux Vendanges.

M. BELHAMY. — M. Philîdor est-il venu jusqu'ici ?

M. MOUTARDIER. — Nous étious daus la même voiture.

M. MouiN. — Mais, à propos de voitures, qui nous empêcherait de nous en retourner dans les voitures de deuil aux Vendanges?

M. BELHAMY. — Au fait, en donnant la pièce au cocher.

i32 GALERIE D ORIGINAUX.

Grand silence ; la bière descend dans la fosse. Les prélres se retirent ; les enfants tombent dans les bras des parents et des amis, qui les soutiennent.

Les cochers des pompes funèbres , les croque-morts, les fossoyeurs, les jardiniers , les gardiens du cimetière, les garçons marbriers, etc., etc., etc., tiraillent les enfants, les parents, s^accrochent à tout le monde en mendiant leur pourboire, et la police n^en peut mais.

M. BOUDARD. — C'csl VOUS, jc Cfols, que je via hier?

LE MARBRIER. — OqI, DioDsieur, c'est moi qu'est le marbrier.

M. BOUDARD. — Nous avons dit que nous ferions le plus simplement possible.

LE MARBRIER. — Je VOUS a! remls mon tarif. Si monsieur veut que ce soit quelque chose de satisfaisant...

M. BOUDARD. — Mals OUI, aulanl que possible.

LE MARBRIER. — Si monsleur veut prendre la peine de venir jusqu'à la maison...

H. BOUDARD. — Jc u'aî pas le temps aujourd'hui.

LE MARBRIER. — C'est Ici vls-à-vis... Nous avons de très-jolis modèles à choisir; la vue n'en coûte rien.

M. BOUDARD. — Nous vcrrons tout cela un autre jour.

LE MARBRIER. — Nous avoDs, daos cc Dioment, quelque chose de bien élégant.

M. BOUDARD. — PlUS Urd.

LE MARBRIER. — Nous tenoHS aussi des inscriptions toutes faites, au gré des familles.

M. BOUDARD. — Eh bicu, plus tard, monsieur... Monsieur, qui?

LE MARBRIER. — Chrétien.

M. BOUDARD. — BoBjour, monsicur Chrétien.

LE MARBRIER. — Jc VOUS ai lalssé des cartes?

M. BOUDARD. — Jc les ai chez moi.

LE MARBRIER. — En voîci d'autres, dans ie cas quelquefois...

M. BOUDARD. — Blcn Obligé... Ainsi, c'est convenu, monsieur Chrétien, nous reviendrons vous voir quand le fort de la douleur sera passé.

LE MARBRIER. — Ça uous fera plaisir, monsieur.

M. BOUDARD. — Bousoir, monsieur Chrétien...

Où sont mes neveux, à présent?

M. AVÉRÉ. —Votre serviteur, monsieur Boudard.

M. BOUDARD. — Boujour, monsicuF Avéré. Je cherche mes neveux.

M. AVÉRÉ. — Je viens de les voir monter eu voilure.

M. BOUDARD. — Ils sonl, ma foi, charmants,

quand je me tue le corps et Tâme pour leurs propres affaires ! Vous ne savez pas, monsieur Avéré, le mal que je me donne depuis deux jours!

M. AVÉRÉ. — Je m'en fais une idée.

M. BOUDARD. — C'est inouî!

M. AVÉRÉ. — C'est une grande perlé pour la famille.

M. BOUDARD. — Très-gmnde, monsieur Avéré, très-grande. Après cela, que voulez-vous! un peu plus tôt, un peu plus tard, ii faut toujours en passer par là... De tout mon cœur, monsieur, mes hommages à madame.

M. AVÉRÉ. — Votre serviteur Irès-liumble , monsieur Boudard.

M. BELHAMY, appelant. — Monsieur Mouin!

monsieur Moutardier! allons donc!

M. PRtcHEUR. — Monsieur Poireau !

M. TETARD. — Mousleur Préparé! monsieur Gavot ! monsieur Cottereau !

M. DUPRÉ. — Monsieur Cormois! monsieur Cartullat! monsieur Voisin !

M. BELHAMT. — J'ai fait quelques recrues pour notre dîner.

M. MOUTARDIER. — Eh bien, tant mieux, plus on est de fous... Mais qu'attendons-nous? Montons dans les voitures si nous ne voulons pas qu'on nous les prenne.

l'enterrement. 135

M. MouiN. — C'est bien dit ! Montons. Mais où sont-elles?

M. BELHAMY. — Laisscz faire, ne vous inquiétez pas ; est-ce que je n'ai pas envoyé mon monde à moi en avant?

M. MOUTARDIER. — Vous m'en direz tant!

M. BELHAMY. — Nous en avons trois pour notre société ; est-ce assez?

M. HouiN. — Bien, bien. Montons-nous?

M. BELHAMY. — Jo vas dire deux mots à quelqu'un que je vois là- bas ; je suis à vous.

M. MOUTARDIER. — Ne soyez pas longtemps.

M. BELHAMY. — Deux minutes.

M. PRÉPARK. — Oui, monsieur; ce qu'il y a de bien singulier, c'est que j'ai causé avec ce pauvre M. Périnet, il n'y a pas de cela quinze jours; il n'avait l'air de ne se douter de rien... Il était d'une confiance!...

M. PRUDHOMME. — Ainsl va le monde, mon cber monsieur, un clou chasse Vautre.

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