PITOIS, MADAME PITOIS , MADAME FENOUILLOT
PITOIS. — Si j'étais avocat, peut-être bien que l'on m'embrasserait aussi.
MADAME FENOUILLOT. — Quc u'cu demaudczvous la permission? On verrait ce qu'on aurait à faire.
MADAME PITOIS. — Vous SBvez bien , monsieur Pilois, que vous ne me l'avez pas toujours demandée.
PITOIS. — Qui ne dit mot consent. (7/ embrasse madame FenouilloL) De l'autre côté, à présent. A la bonne heure! Eh bien, madame Fenouillot, vous ne vous attendiez guère, n'est-ce pas, à ce
qui Vient de nous arriver? à un avocat dans la famille?
MADAME FENOuiLLOT. — Non, Ria fol. Je suls de bon compte, je savais bien que, d'un moment à l'autre, ça ne pourrait pas vous manquer, mais sitôt, je ne l'aurais pas cru. C'est ma bru, madame Fenouillot, qui a été contente! et Fenouillot! et toute la maison î ils sont tous dans l'enchantement. Ah ! ce n'est pas le tout, il me larde de le voir avec sa grande robe; quelle mine a-t-il là-dessous?
PIT0I8. — Il n'aurait porté que ça toute sa vie , qu'il ne serait pas plus à son aise.
MADAME piTois. — Tu dlras tout ce que tu voudras, monsieur Pilols, je n'aime pas ce costume-là.
piTois. — Bah ! quand il s'est habillé pour la garde nationale, tu as dit la même chose.
MADAME piTois. — Taisez-vousdouc. Quelle différence ! Vous souvenez-vous , madame Fenouillot, la première fois qu'il est sorti avec son habit d'artillerie, nous sommes allés vous voir; étais-je satisfaite ou pas?
MADAME VENOCILLOT. — ÉCOUtCZ, SaUS VOUtOlr
donner ici plutôt raison à l'un qu'à l'autre, je voUs dirai, et ce n'est pas ici pour flatter, que Napoléon est un très-joli cavalier.
piTOis. — Nous sommes tous comme ça dans la famille.
MADAME piTois. — Prcods garde, monsieur Pitois, tu vas t'écorcher. Je te conseille de parler. Est-ce que tu devrais jamais ouvrir la boucbe quand il s'agit de garde nationale? Au lieu de Taire retoucher à ton vilain habit qui bâille du derrière à faire rougir une demoiselle...
MADAME FENOuiLLOT. — Ah çà ! voyous, II oe s'agit pas de tout ça , il faut ce matin que j'aille porter la nouvelle chez toutes nos connaissances... Que je n'aille pas Taire de sottises, si c'est possible. N'est-ce pas au tribunal royal que Napoléon vient d'être nommé avocat du roi ?
piTois. — A la cour royale de Paris.
MADAME piTois. — Monsieur Pitois, si tu écrivais tout ça sur un petit bout de papier?
MADAME FENociLLOT. — Cc n'cst pas la peine; je m'en souviendrai bien à présent.
MADAME piTois. —OÙ alicz-vous dc ce pas?
MADAME FENOUILLOT. — J'ai blcu euvic de commencer par les Barbot.
MADAME PITOIS. — SI VOUS donulcz cu même temps un coup de pied jusque chez les Brochet?
MADAME FENoviLLOT. — Vous avcz ralsou, il ne m'en coûtera pas plus.
PITOIS. — Nous nous mettrons à table à cinq heures, madame Fenouil lot.
LES TROMPETTES. iSl
MADAME piTois. — N'oublicz pas que , demain , vous dînez ici.
MADAME FE50UILL0T. — Ah çà ! VOUS VOUlCZ
donc m'avoir en pension ?
piTois. — Vous savez que nous ne demandons pas mieux; c'est vous qui ne voulez pas.
MADAME FENouiLLOT. — Toujoups méchaul, ce M. Pilois... Voyons, n'alloz-vous pas faire des cérémonies, à présent? Rentrez donc.
MADAME piTois.— Au revoir, madame Fenouillol.
MADAME FBNouiLLOT. — Sans adicu, mame Pitois... Restez, monsieur Pitois, je vous en prie. • PiTOis. — Ne dites donc rien ! si j'ai quelque chose à vous conter en particulier.
MADAME FENociLLOT. — Vous eDtendcz, mame Pitois?
MADAME PITOIS. — Quc vouIcz-vous quc j'y fasse? Les femmes ne meurent pas de chagrin.