SOPHIE
MADAME PITOIS. — Une maîtresse! mon fils, une maîtresse ! Je viens , ma foi , d'en apprendre de belles! c'est du joli, c'est du ragoûtant. Et plus personne ici! Que sonl-iiç devenus? Sophie! êtesvous là ?
SOPHIE. — Oui, madame.
MADAME PITOIS. —Où cst M. Pilois, mademoiselle? Celte femme, où est-elle passée?
SOPHIE. — Elle vient de sortir, madame. Mousieur était avec elle.
MADAME PITOIS. — Et mon fils, où est-il dans tout ça ?
SOPHIE. — Je n'en sais rien.
MADAME PITOIS. — Vous meutez, vous le savez ! Il n'est point rentré, je sais tout.
SOPHIE. — Mais, madame, comment se fait-il?... Je vous assure...
HADAME piToïK. — Taiscz-vous! ct lencz, puisque vous n'êtes au courant de rien , dites- vous, je vais vous y mettre, moi. Apprenez donc que monsieur mon fils a une maîtresse ; oui, mademoiselle, une maîtresse en titre , une grande dame ; je m'en doutais, je viens d'en acquérir la certitude. Mais qu'il y prenne garde, qu'il ne s'avise pas de me l'amener jamais chez moi, sa princesse; je vous la campe à la porte, de la belle manière. D'ailleurs, quand j'y pense, à quoi bon lui servirait d'y revenir lui-même, auprès de sa mère? Cette femme ne va-t-eile pas lui tenir lieu de tout !
SOPHIE. — Âh ! par exemple ! madame ne se croit pas...
MADAME piTois. — Je VOUS ai déjà priée de vous taire. (Elle va s'asseoir dans un coin de la salle en agitant ses pieds, qui témoignent de toute son indignation,) Et c'est chez madame Saint-Aubin encore, que s'est fait tout ce beau tripotage! Et moi, bonne jobarde , qui donnais à plein œllier dans toutes ses belles protestations, à celle-là ; qui m'attendrissais en écoutant toutes ses jongleries ! Qu'elle y revienne jamais, comme je lui dirai son fait. Mais ! Dieu me pardonne ! il n'y a pas jusqu'à M. Pitois qui ne fasse legalantin auprès d'elle ; là, chez moi, sous mes yeux. Il lui faudrait peut-être bien aussi une maîtresse, à celui-là! Polisson!
SOPHIE.— Ah! madame, plus souvent que monsieur...
MADAME piTois. — Je ne vous demande pas voire avis. Allez de ce pas chez les Fenouillot, les Brochet et les Barbot, leur dire que j'ai besoin de les voir à rinstant.
SOPHIE. — Vous n'y pensez pas ! ce n'est que demain...
MADAME piTois. — Faitcs cc que je VOUS dls, et pas d'observations; vous savez que je ne les aime pas. Eh bien, sera-ce pour aujourd'hui?
SOPHIE. — Oui, madame.