M. VIDAL, M. MOUIN, M. POISSY, M. TÊTARD
M. MouiN. —Parce que, je m'en vas vous dire, je veux, avant tout, qu'un prêtre soit un homme.
M. VIDAL. — Vous allez peut-être un peu loin.
M. MouiN. — Je le répète, je veux qu'un prêtre soit un homme.
M. VIDAL. — Il ne faut pas, non plus, monsieur.
qu'il perde de vue rimporlance de ses devoirs, le caractère dont il esl revêtu.
M. MouiN. — Je ne vous dis pas; mais, tenez, sans aller plus loin, dans l'endroit où demeure mon père, il n'y a pas de meilleur prêtre que ce curé-là.
M. VIDAL. — Vous voyez donc bien, monsieur, qu'il y en a.
M. MouiN. — Il est de toutes les parties, celuilà ; il mange, il boit, i! fait les cent dix-neuf coups. Eh bien, quand il voudra, ce curé-là, on se fera hacher pour lui. Nous parlions de chansons, tout à l'heure, en voilà un qui en sait des chansons, et de drôles !
M. VIDAL. — Vous croyez de première nécessité qu'un ecclésiastique soit de toutes les parties?
M. MoiiN. — Oui, je le crois; et je vais plus loin, je dis que tous ceux qui n'y vont pas sont tous des cagots et des cafards!
M. VIDAL. — Nous ne pensons pas de même.
M. Moum. — Avez-vous vu tout à l'heure ce grand prêtre qui vient de monter dans la première voilure?
M, VIDAL. — Je ne me rappelle pas.
M. TÊTARD. — Le même, je crois, qui est venu pour les besoins du culte.
M. MouiN.— Jeneles reconnais pas, ces besoins-
là... Eh bien, esl-ce qu'un gaillard comme ça, tout jeune, ne serait pas mieux dans un régiment de cuirassiers qu'avec une soutane sur le dos?
M. vidaij. — Mais tout le monde ne peut pas être non plus dans un régiment de cuirassiers.
M. Moii\. — Parce que le gouvernement est trop faible. Pas vrai, monsieur Têtard?
M. TÊTARD. — Oui et nou.
M. MODiN. — Et vous, monsieur?
M. poissY. — Je serais assez de l'avis de M. Télard.
M. MouiN. — Vous avez beau dire, le gouvernement est trop faible ; voilà le mal de tout.
Descente des voilures. Le clergé ouvre la marche; puis les parents et les invités suivent en silence, la Icle découvertQ.
TRAINARDS.
M. MOUTARDIER, M. BELHAMY, M. MOUIN.
M. MoiTABDiER. — Savcz-vous ce qiic l'on fera en rentrant dans Paris, monsieur Relliamy?
l'enterrement. 129
M. BELHAMY. — Jc n'en snis rien encore ; je clierche M. Mouin. Nous devons partir ensemble. Nous étions convenus d'entrer quelque part, dans le cas où l'on ne déjeunerait pas à la maison mortuaire.
M. MOUTARDIER. — Déjcuner à l'heure qu'il est?
M. BELHAMY. — Est-cc qu'on ne déjeune pas toujours!
M. MOUTARDIER. — Mcrci, VOUS ctcs eucorc bon là ; j'ai déjeuné, pas si bêle.
M. BELHAMY. — Ce n'cst pas l'embarras, j'aurais tout aussi bien fait pendant que vous étiez à l'église...
M. MOUTARDIER. — Vous n'cticz douc pas à l'église?
M. BELHAMY. — Jc t'cu moquc ! pourquoi faire? Nous étions, bien gentiment, i\l. Mouin et moi, à faire notre partie de billard chez Borel.
M. MOUIN.— Si vous voulez, nous irons tout uniment dîner aux Vendanges.
M. BELHAMY. — Ticus, c'cst VOUS, mousieur Mouin? Je devais m'en douter : vous nous ouvrez toujours de bonnes idées, vous. Eh bien, va pour les Vendanges! Vous êtes des nôtres, monsieur Moutardier?
M. MOUTARDIER. — A mort!
M. MOUIN. — Topez là , c'est arrêté ! N'ayez pas peur, allez, nous nous amuserons.
130 CALERIE D ORIGINAUX.
M. BELHAMY. — Nous auFons cu assGz (le chagrin ce malin.
M. Moum. — Tenez, voyez-vous, là-bas, celte pelile colonne sur voire droite, monsieur Belliamy?
M. BELHAMY. — Prcs de la pyramide?
M. MOUTARDIER. — Jc la Yols d'icI, p!us SUT la droite.
M. MouiN. — C'est bien facile, il n'y a qu'elle de colonne.
M. MOUTARDIER. — Sur volrc droite.
M. BELHAMY. — .l'cnlcnds bien... N'est-ce pas une petite colonne surmontée d'une urne enveloppée dans une espèce de linge?
M. Moum. — Oui, de linge en pierre. C'est \h qu'est enterrée ma belle-mère.
M. EELiiAMY. — Ail ! oui-da.
M. MouiN. — Mon épouse est en face... J'ai élé longtemps que je n'aimais pas à venir ici.
M. MOUTARDIER. — Jc crois blcu !
M. MouiN. — Mais, comme on dit, le temps est un grand mailre.
M. BELHAMY. — Sans ccIa, on serait bien malheureux.
M. MOUTARDIER. — Lcs plus à plaindre sont ceux qui restent.
M. MouiN. — Vous avez bien raison, monsieur Moutardier; ce que vous dites est bien la vérité.
l'enterrement. 431
M. BELHAMY. — Ne VOUS avail-ellc pas laissé des enfants, madame Mouin?
M. MoriN. — Je n'ai eu qu'un fils de ma première femme, monsieur Belliamy ; il est à Wonlparnasse, ce fils-là; sa mère est à Montmartre : j'en ai un peu partout, comme vous voyez.
M. CELH.oiY. — C'est fort bien.
M. MOUTARDIER. — -Ml çà ! mais il paraît qu'ils vont nous conduire au bout du monde! j'ai toutes les peines à me tirer d'affaire.
M. BELHAMY. — On cufonce dans ce diable de cimetière, c'est atroce!
M. Mocijv. — Venez par ici, messieurs, c'est moins mauvais. Après ça, il a tant plu ! Ali ! c'est ici que nous restons; je vois là-bas la tête de colonne qui s'arrête.
M. MOCTARDiER. — Tàcbons douc de réunir quelques bons enfants pour nous tenir compagnie aux Vendanges.
M. BELHAMY. — M. Plillidor cst-ll vcnu jusqu'ici?
M. MOUTARDIER. — Nous étious daus la même voilure.
M. MouiN. — Mais, à propos de voitures, qui nous empcclierait de nous en retourner dans les voitures de deuil aux Vendanges?
M. BELHAMY. — Au fait, OU donuaut la pièce au cocher.
Grand silence; la bière descend dans la fosse. Les prêtresse retirent; les enfants tombent dans les bras des parents et des amis, qui les soutiennent.
Les cochers des pompes funèbres, les croq,ue-morls, les fossoyeurs , les jardiniers , les gardiens du cimetière, les garçons marbriers, etc., etc., etc., tiraillent les enfants, les parents, s'accrochent à tout !e monde en mendiant leur pourboire, et la police n'en peut mais.
M. EoiDARD. — C'est VOUS, je crois, que je vis liiei>?
LE MiRERiER. — Oiii, moiisieur. c"esl moi qu'est le marbrier.
M. BOUDARD. — Nous avons dit que nous ferions le plus simplement possible.
LE M.4RERIER. — Jc VOUS ai reiiiis mon tarif. Si monsieur veut que ce soit quelque chose de satisfaisant...
M. EotDARD. — Mais oui, autant que possible.
LE MARBRIER. — Si monsleui' veut prendre la peine de venir jusqu'à la maison...
M. BOUDARD. — Jc n'ai pas le temps aujourd'hui.
LE MARBRIER. — C'CSt ici VlS-à-ViS... NoUS
avons de très-jolis modèles à choisir; la vue n'en coûte rien.
M. BOUDARD. — Nous vcrrons tout cela un autre jour.
LE MARBRIER. — Nous avons, (laiis cemonienl, quelque chose de bien élégant.
M. BOUDARD. — PiUS laPll.
LD MARBRIER. — Nous ICHons aussi (Ics iiisci'iptioiis loules faites, au gré des familles.
M. BOUDARD. — Eh bien, phis lard, monsieur... Monsieur, qui?
LE MARBRIER. — Chrétien.
M. BOUDARD. — Boujour, iiionsieur Chrétien.
liE MARBRIER. — Je VOUS ai laissé des cartes?
M. BOUDARD. — Je Ics ai chez moi.
UE MARBRIER. — En voicl d"autres, dans le cas quelquefois...
M. BOUDARD. — Bien obligé... Ainsi, c'est convenu, monsieur Chrélien, nous reviendrons vous voir quand le fort de la douleur sera passé.
LE MARBRIER. — Ça iious fera ])laisir, monsieur.
M. BOUDARD. — Bonsoir, monsieur Chrétien... Où sont mes neveux, à présent?
M. AVERE. ^— Votre serviteur, monsieur Boudard.
M. BOUDARD. — Bonjour, monsieur Avéré. Je cherche mes neveux.
M. AVERK. — Je viens de les voir monter en voilure.
M. BOUDARD. — Ils sout, HKi foi, charmauts,
quand je me tue le corps et l'âme pour leurs propres affaires ! Vous ne savez pas, monsieur Avéré, le mal que je me donne depuis deux jours!
M. AVKRÉ. — Je m'en fais une idée. ■
M. BOUDARD. — C'est inouï!
M. AVERE. — C'est une grande perle pour la famille.
M. BOUDARD. — Très-graude, monsieur Avéré, très-grande. Après cela, que voulez-vous! un peu plus tôt, un peu plus tard, il faut toujours en passer par là... De tout mon cœur, monsieur, mes hommages à madame.
M. AVÉRÉ. — Votre serviteur très-humble, monsieur Boudard.
M. BELHAHY, appelant. — Monsieur Mouin ! monsieur Moutardier! allons donc!
M. PRÊCHEUR. — Monsieur Poireau !
M. TKTARD. — Monsieur Préparé! monsieur Gavot ! monsieur Cottereau !
M. DUPRÉ. — Monsieur Cormois! monsieur Cartullat! monsieur Voisin!
M. BEiHAMY. — J'ai fait quelques recrues pour notre dîner.
M. MOUTARDIER. — Eh blcn, tantmleux, plus on est de fous... Mais qu'attendons-nous? Montons dans les voitures si nous ne voulons pas qu'on nous les prenne.
M. MotJiN. — C'est bien dit ! Montons. Mais où sont-elles?
M. BELHAMY. — Lîijssez faipc, ne vous inquiétez pas; est-ce que je n'ai pas envoyé mon monde à moi en avant?
M. MOUTARDIER. — Vous m'en direz tant!
M. BELHAMY. — Nous en avons trois pour notre société ; est-ce assez?
M. Mouiiv. — Bien, bien. Montons-nous?
M. BELHAMY. — Jc vas dire deux mots à quelqu'un que je vois là-bas ; je suis à vous.
M. MOLTARDiËR. — Ne soyez pas longtemps.
M. BELHAMY. — Dcux minutes.
M. PRÉPARÉ. — Oui, monsieur; ce qu'il y a de bien singulier, c'est que j'ai causé avec ce pauvre M. Périnet, il n'y a pas de cela quinze jours; il n'avait l'air de ne se douter de rien... Il était d'une confiance!...
M. PRUDHOMME. — Aîusi va lo uioude, mon cher monsieur, tin clou chasse Vautre.