‹ Galerie d'orinauxChapitre 52 sur 72 · M. VIDAL, M. MOUIN, M. POISSY, M. TÊTARD · texte numérisé non relu

M. VIDAL, M. MOUIN, M. POISSY, M. TÊTARD

M. MouiN. —Parce que, je m'en vas vous dire, je veux, avant tout, qu'un prêtre soit un homme.

M. VIDAL. — Vous allez peut-être un peu loin.

M. MouiN. — Je le répète, je veux qu'un prêtre soit un homme.

M. VIDAL. — Il ne faut pas, non plus, monsieur.

qu'il perde de vue rimporlance de ses devoirs, le caractère dont il esl revêtu.

M. MouiN. — Je ne vous dis pas; mais, tenez, sans aller plus loin, dans l'endroit où demeure mon père, il n'y a pas de meilleur prêtre que ce curé-là.

M. VIDAL. — Vous voyez donc bien, monsieur, qu'il y en a.

M. MouiN. — Il est de toutes les parties, celuilà ; il mange, il boit, i! fait les cent dix-neuf coups. Eh bien, quand il voudra, ce curé-là, on se fera hacher pour lui. Nous parlions de chansons, tout à l'heure, en voilà un qui en sait des chansons, et de drôles !

M. VIDAL. — Vous croyez de première nécessité qu'un ecclésiastique soit de toutes les parties?

M. MoiiN. — Oui, je le crois; et je vais plus loin, je dis que tous ceux qui n'y vont pas sont tous des cagots et des cafards!

M. VIDAL. — Nous ne pensons pas de même.

M. Moum. — Avez-vous vu tout à l'heure ce grand prêtre qui vient de monter dans la première voilure?

M, VIDAL. — Je ne me rappelle pas.

M. TÊTARD. — Le même, je crois, qui est venu pour les besoins du culte.

M. MouiN.— Jeneles reconnais pas, ces besoins-

là... Eh bien, esl-ce qu'un gaillard comme ça, tout jeune, ne serait pas mieux dans un régiment de cuirassiers qu'avec une soutane sur le dos?

M. vidaij. — Mais tout le monde ne peut pas être non plus dans un régiment de cuirassiers.

M. Moii\. — Parce que le gouvernement est trop faible. Pas vrai, monsieur Têtard?

M. TÊTARD. — Oui et nou.

M. MODiN. — Et vous, monsieur?

M. poissY. — Je serais assez de l'avis de M. Télard.

M. MouiN. — Vous avez beau dire, le gouvernement est trop faible ; voilà le mal de tout.

Descente des voilures. Le clergé ouvre la marche; puis les parents et les invités suivent en silence, la Icle découvertQ.

TRAINARDS.

M. MOUTARDIER, M. BELHAMY, M. MOUIN.

M. MoiTABDiER. — Savcz-vous ce qiic l'on fera en rentrant dans Paris, monsieur Relliamy?

l'enterrement. 129

M. BELHAMY. — Jc n'en snis rien encore ; je clierche M. Mouin. Nous devons partir ensemble. Nous étions convenus d'entrer quelque part, dans le cas où l'on ne déjeunerait pas à la maison mortuaire.

M. MOUTARDIER. — Déjcuner à l'heure qu'il est?

M. BELHAMY. — Est-cc qu'on ne déjeune pas toujours!

M. MOUTARDIER. — Mcrci, VOUS ctcs eucorc bon là ; j'ai déjeuné, pas si bêle.

M. BELHAMY. — Ce n'cst pas l'embarras, j'aurais tout aussi bien fait pendant que vous étiez à l'église...

M. MOUTARDIER. — Vous n'cticz douc pas à l'église?

M. BELHAMY. — Jc t'cu moquc ! pourquoi faire? Nous étions, bien gentiment, i\l. Mouin et moi, à faire notre partie de billard chez Borel.

M. MOUIN.— Si vous voulez, nous irons tout uniment dîner aux Vendanges.

M. BELHAMY. — Ticus, c'cst VOUS, mousieur Mouin? Je devais m'en douter : vous nous ouvrez toujours de bonnes idées, vous. Eh bien, va pour les Vendanges! Vous êtes des nôtres, monsieur Moutardier?

M. MOUTARDIER. — A mort!

M. MOUIN. — Topez là , c'est arrêté ! N'ayez pas peur, allez, nous nous amuserons.

130 CALERIE D ORIGINAUX.

M. BELHAMY. — Nous auFons cu assGz (le chagrin ce malin.

M. Moum. — Tenez, voyez-vous, là-bas, celte pelile colonne sur voire droite, monsieur Belliamy?

M. BELHAMY. — Prcs de la pyramide?

M. MOUTARDIER. — Jc la Yols d'icI, p!us SUT la droite.

M. MouiN. — C'est bien facile, il n'y a qu'elle de colonne.

M. MOUTARDIER. — Sur volrc droite.

M. BELHAMY. — .l'cnlcnds bien... N'est-ce pas une petite colonne surmontée d'une urne enveloppée dans une espèce de linge?

M. Moum. — Oui, de linge en pierre. C'est \h qu'est enterrée ma belle-mère.

M. EELiiAMY. — Ail ! oui-da.

M. MouiN. — Mon épouse est en face... J'ai élé longtemps que je n'aimais pas à venir ici.

M. MOUTARDIER. — Jc crois blcu !

M. MouiN. — Mais, comme on dit, le temps est un grand mailre.

M. BELHAMY. — Sans ccIa, on serait bien malheureux.

M. MOUTARDIER. — Lcs plus à plaindre sont ceux qui restent.

M. MouiN. — Vous avez bien raison, monsieur Moutardier; ce que vous dites est bien la vérité.

l'enterrement. 431

M. BELHAMY. — Ne VOUS avail-ellc pas laissé des enfants, madame Mouin?

M. MoriN. — Je n'ai eu qu'un fils de ma première femme, monsieur Belliamy ; il est à Wonlparnasse, ce fils-là; sa mère est à Montmartre : j'en ai un peu partout, comme vous voyez.

M. CELH.oiY. — C'est fort bien.

M. MOUTARDIER. — -Ml çà ! mais il paraît qu'ils vont nous conduire au bout du monde! j'ai toutes les peines à me tirer d'affaire.

M. BELHAMY. — On cufonce dans ce diable de cimetière, c'est atroce!

M. Mocijv. — Venez par ici, messieurs, c'est moins mauvais. Après ça, il a tant plu ! Ali ! c'est ici que nous restons; je vois là-bas la tête de colonne qui s'arrête.

M. MOCTARDiER. — Tàcbons douc de réunir quelques bons enfants pour nous tenir compagnie aux Vendanges.

M. BELHAMY. — M. Plillidor cst-ll vcnu jusqu'ici?

M. MOUTARDIER. — Nous étious daus la même voilure.

M. MouiN. — Mais, à propos de voitures, qui nous empcclierait de nous en retourner dans les voitures de deuil aux Vendanges?

M. BELHAMY. — Au fait, OU donuaut la pièce au cocher.

Grand silence; la bière descend dans la fosse. Les prêtresse retirent; les enfants tombent dans les bras des parents et des amis, qui les soutiennent.

Les cochers des pompes funèbres, les croq,ue-morls, les fossoyeurs , les jardiniers , les gardiens du cimetière, les garçons marbriers, etc., etc., etc., tiraillent les enfants, les parents, s'accrochent à tout !e monde en mendiant leur pourboire, et la police n'en peut mais.

M. EoiDARD. — C'est VOUS, je crois, que je vis liiei>?

LE MiRERiER. — Oiii, moiisieur. c"esl moi qu'est le marbrier.

M. BOUDARD. — Nous avons dit que nous ferions le plus simplement possible.

LE M.4RERIER. — Jc VOUS ai reiiiis mon tarif. Si monsieur veut que ce soit quelque chose de satisfaisant...

M. EotDARD. — Mais oui, autant que possible.

LE MARBRIER. — Si monsleui' veut prendre la peine de venir jusqu'à la maison...

M. BOUDARD. — Jc n'ai pas le temps aujourd'hui.

LE MARBRIER. — C'CSt ici VlS-à-ViS... NoUS

avons de très-jolis modèles à choisir; la vue n'en coûte rien.

M. BOUDARD. — Nous vcrrons tout cela un autre jour.

LE MARBRIER. — Nous avons, (laiis cemonienl, quelque chose de bien élégant.

M. BOUDARD. — PiUS laPll.

LD MARBRIER. — Nous ICHons aussi (Ics iiisci'iptioiis loules faites, au gré des familles.

M. BOUDARD. — Eh bien, phis lard, monsieur... Monsieur, qui?

LE MARBRIER. — Chrétien.

M. BOUDARD. — Boujour, iiionsieur Chrétien.

liE MARBRIER. — Je VOUS ai laissé des cartes?

M. BOUDARD. — Je Ics ai chez moi.

UE MARBRIER. — En voicl d"autres, dans le cas quelquefois...

M. BOUDARD. — Bien obligé... Ainsi, c'est convenu, monsieur Chrélien, nous reviendrons vous voir quand le fort de la douleur sera passé.

LE MARBRIER. — Ça iious fera ])laisir, monsieur.

M. BOUDARD. — Bonsoir, monsieur Chrétien... Où sont mes neveux, à présent?

M. AVERE. ^— Votre serviteur, monsieur Boudard.

M. BOUDARD. — Bonjour, monsieur Avéré. Je cherche mes neveux.

M. AVERK. — Je viens de les voir monter en voilure.

M. BOUDARD. — Ils sout, HKi foi, charmauts,

quand je me tue le corps et l'âme pour leurs propres affaires ! Vous ne savez pas, monsieur Avéré, le mal que je me donne depuis deux jours!

M. AVKRÉ. — Je m'en fais une idée. ■

M. BOUDARD. — C'est inouï!

M. AVERE. — C'est une grande perle pour la famille.

M. BOUDARD. — Très-graude, monsieur Avéré, très-grande. Après cela, que voulez-vous! un peu plus tôt, un peu plus tard, il faut toujours en passer par là... De tout mon cœur, monsieur, mes hommages à madame.

M. AVÉRÉ. — Votre serviteur très-humble, monsieur Boudard.

M. BELHAHY, appelant. — Monsieur Mouin ! monsieur Moutardier! allons donc!

M. PRÊCHEUR. — Monsieur Poireau !

M. TKTARD. — Monsieur Préparé! monsieur Gavot ! monsieur Cottereau !

M. DUPRÉ. — Monsieur Cormois! monsieur Cartullat! monsieur Voisin!

M. BEiHAMY. — J'ai fait quelques recrues pour notre dîner.

M. MOUTARDIER. — Eh blcn, tantmleux, plus on est de fous... Mais qu'attendons-nous? Montons dans les voitures si nous ne voulons pas qu'on nous les prenne.

M. MotJiN. — C'est bien dit ! Montons. Mais où sont-elles?

M. BELHAMY. — Lîijssez faipc, ne vous inquiétez pas; est-ce que je n'ai pas envoyé mon monde à moi en avant?

M. MOUTARDIER. — Vous m'en direz tant!

M. BELHAMY. — Nous en avons trois pour notre société ; est-ce assez?

M. Mouiiv. — Bien, bien. Montons-nous?

M. BELHAMY. — Jc vas dire deux mots à quelqu'un que je vois là-bas ; je suis à vous.

M. MOLTARDiËR. — Ne soyez pas longtemps.

M. BELHAMY. — Dcux minutes.

M. PRÉPARÉ. — Oui, monsieur; ce qu'il y a de bien singulier, c'est que j'ai causé avec ce pauvre M. Périnet, il n'y a pas de cela quinze jours; il n'avait l'air de ne se douter de rien... Il était d'une confiance!...

M. PRUDHOMME. — Aîusi va lo uioude, mon cher monsieur, tin clou chasse Vautre.

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