SCÈNE V
LES MÊMES, SOPHIE
GUICHARD. — Mon Dieu! mademoiselle, vous avez failli me renverser.
SOPHIE. — Dame, je ne vous savais pas derrière la porte, moi.
170 r.ÂLERlE D ORIGINAUX.
piTois. — Elle ne l'a pas fait avec inlenlion.
GuicHARD. —Je veux bien le croire; mon chapeau n'en est pas moins défoncé du clioc qu'il a reçu.
piTois. — El ta maîtresse va-t-elle venir à la fin?
SOPHIE. — Non, monsieur.
piTOis. — Comment, non?
GciciiARD, promenant son chapeau dans ses deux mains. — La troisième fois que je le mettais.
piTOis. — Et pourquoi ne viendrait-elle pas?
SOPHIE. —Puisqu'elle est dans sa chambre qui déjeune avec madame Fenouillol.
GuicHARD. — Alors je puis donc... [Il gagne la porte de nouveau.)
piTois. — Un moment, je te prie, cher ami : cela demande explication.
SOPHIE. — Il n'y a pas d'explication à avoir, puisqu'on vous dit que madame m'a dit de vous dire qu'elle n'était pas visible, et que, si vous ne montiez pas, que votre déjeuner allait refroidir.
GUICHARD. — Tu vois donc bien...
PiTois. — Elle n'a pas pu dire ça, je suis certain qu'il y a un malentendu.
SOPHIE. — Je dis ce qu'on m'a dit, moi.
GiicHARD. — Je t'assure que, si ce n'était l'accident arrivé à mon chapeau...
SOPHIE. — Monsieur va-l-il déjeuner?
GiicHARD. — Que ce ne soit pas moi qui te retienne.
piTois. — Je vais te laisser seul; tu ne m'en veux pas, pauvre ami?
GuicfiARD. — Celle fois, le pauvre ami va te souhaiter le bonjour.
piTois. — Te voilà fâché contre moi , je vois ça dans les yeux.
GLicHARD. — Pas du tout, au contraire, je t'en donne ma parole. Adieu, Pilois. {Pendant ce temps, Sophie est allée s'asseoir av. fond de la salle.)
piTois. — X bientôt, tu me le promets?
GcicHARD. — Certainement! {A part.) Cela n'engage à rien.
piTois. — Donne-moi un jour, que nous dînions ensemble.
GuicHARD. — Nous verrons. Ah çà! j'espère que lu ne vas pas te déranger?
piTois. — Laisse-moi l'accompagner.
GUICHARD. — Je m'y oppose formellement.
piTois. — Tu badines.
GCICHARD. — Pas de cérémonies, je l'en prie.
piTois. — Je suis vraiment désolé, cher ami, du malentendu qui me prive...
GiicHARD. — Indique-moi seulement par où je dois sortir.
piTois. — Par ici. {Guichard sort le premier, Pitois reste à In porte.) Là, dans l"anticliambre. Ouvre la seconde porte à gauche... bien! lu trouveras l'escalier; l'y voilà!... A bientôt, au revoir.
GUICHARD, sortant de la maison,- remettant son chapeau sur sa tête, et tirant sa montre. — Dix heures passées! dix heures trente-cinq! et mon chapeau perdu ! Tonnerre de Brcsl\ [Lançant un regard furieux sur la maison.) Que le diable t'emporte, maudit Pitois, et ta femme, ton Napoléon et toute la maison ! (// se sauve à toutes jambes.)