‹ Galerie de MM. PereireChapitre 5 sur 5 · II. (;\LKHIK l'KHEIRK · texte numérisé non relu

II. (;\LKHIK l'KHEIRK

il y a (les variantes très-si n pu libres! Serait-ce un double du clieWa'uvre (le Madrid'.' une première pensée de Velazquez? La touche est d'une maîtrise incomparable. Kt justement, ce qui diiïère du tableau de Madrid a des accents libres et tout spontanés. Oui aurait osé changer ainsi la composition du grand artiste, en copiant son chef-<l'«iuvre? Vraiment c'est aussi beau que Velazquez lui-même. Il faut voir!

Le tableau, rentoilé et légèrement dépouillé de ses vieux vernis, resta exposé plusieurs jours dans l'atelier do M. Haro, l'habile peintre restaurateur, où il fut admiré par M. Eugène Delacmix. par MM. Ingres, Flan- (Irin, Lehmann, par MM. Théophile (Jautier, Louis \iardot. Clément de Mis, par beaucoup de peintres, de criti(pies et damateurs, dont le sentiment s'est trouvé unanime quant A la beauté de l'œuvre et à son extrême adhérence à la pratique de Nelazquez. Même bravoure de louche, niéme splendeur de la pâte dans les lumières; çà et là, des fragments ébauchés avec une liberté magistrale ; partout, la transparence des ombres, et l'air qui circule partout. Certains accessoires grassement peints font penser h. Chardin, mais Chardin n'a jamais ét<'' en Espagne, et d'ailleurs la toile ancienne porte les mêmes préparations que le,s toiles espagnoles employées par Velazquez. La pâte fermement émaillée accuse une vétusté de deux siècles. Si la peinture n'était pas de Velazquez, elle serait toujours de son temps. Et qui pourrait l'avoir ainsi égalé, en modifiant des parties importantes de sa composition? Seul. Luca (iiordano, qui vint à Madrid trente-<leux ans a|)rès la mort de Velazquez, eût été «assez habile, peutêtre, pour le répéter avec ce prestige. Si cette meneilleuse |>einturc n'est pas de Velazquez, elle ne peut être que du (iiordano. C'est li, je crois, le résumé des opinions les plus compétentes, après l'espèce «l'enquête ouverte dans l'atelier de M. Haro.

Aujourd'hui, ces //il/indrras , placées dans le cabinet de travail de M. Isaac, y jettent de la lumière , et le tableau de Madrid n'a pas plus grand air dans sa belle salle du musée.

Et quel intérêt ont ces variantes : deux têtes de face , au lieu d'être de prniil , des bras et des mains qui n'ont plus le même mouvement, de petits personnages nouveaux dans les fonds, de nouveaux accessoires aux lambris et même au premier plan, le chat qui s'est remué, une jambe escamotée, un vase exécuté magiquement; et ces caprices ont tout<; l'allure de Velazquez. Notez que Velazquez a fait souvent des esquisses ou des doubles de ses œuvres les plus importantes, \insi. du fameux tableau ///,« Hlnu'iuis (n" \bh du mus<^e de Madrid), il y a en \ngleierre une esquisse d'une rare beauté. Ainsi , du fameux tableau les luinrr* ou la Rcddilion dr In plmc dr lin'dti fn" SI*.)), on a vu récemment, à Paris,

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une belle esquisse que le Louvre aurait dû acheter. Combien d'es- (juisses et de doubles de ses Infants et de ses Infantes, de ses portraits de Philippe IV et des autres personnages de la cour!

Après Velazquez, Murillo. Près de V Infante, dans la galerie de M. Éntiile, un grand Murillo représente la Vision de suinte Rosalie. La sainte, en robe blanche et manteau noir à capuchon, est agenouillée, présentant une rose au petit Jésus, tout nu, assis sur un drap blanc et un coussin bleu. En avant de l'espèce de berceau sur lequel il se dresse, quelques roses par terre et un livre fermé. A droite, des buissons de rosiers, de grands arbres, des fragments d'architecture et un fond de ciel. A gauche, une traînée lumineuse descend de l'inlini et irradie sur le groupe.

Dans les appartements, on rencontre encore plusieurs autres Murillo, une grande toile symbolisant VOrigine de la peinture, une Sainte lîose, un Christ couronné d'épines, en buste, etc.

Ce fut Pedro de Moya qui décida la première transformation de Murillo. Moya avait été en Angleterre étudier le style et la pratique de van Dyck. Il approche, en elTet, du maître flamand, dans les sujets tristes ou dramatiques qui conviennent surtout au génie espagnol. La galerie de M. Emile Pereire montre de lui un niri,^t en croi.r, précédemment attribué à van Dyck, et qui est d'un eiïet terrible. Les Crucifix de van Dyck ont l'air d'une apparition céleste; le Crucifix de Moya semble jaillir du chaos. Les Christ en croix, de van Dyck, projettent toujours la tète et le regard en haut; le Christ de Moya incline douloureusement sur la poitrine sa tète aux yeux éteints. Le torse, les jand)es, les extrémités, sont modelés su[)erben)ent, et le dessin général de la figure a je ne sais (juelle grandeur fièrc, qui rappelle aussi les Florentins.

Il y a toujours chez les maîtres espagnols quelque chose d'un peu farouche, dont le sectateur de van Dyck n'avait pu se défaire, dont Murillo et Velazquez eux-mêmes ne sont pas exempts.

Le plus sauvage de tous, Ribera, n'est représenté dans la galerie de M. Emile que par un buste d'homme à barbe grise. Il faut le voir dans plusieurs autres de ses peintures qui ornent l'hôtel, dans un Apôtre, à mi-corps, torse nu, de la plus vaillante exécution, et surtout dans le grand Combat du Centaure, qu'on peut se souvenir d'avoir admiré à l'ancien musée espagnol, et qui a été acheté à la vente du roi Louis- Philippe, à Londres.

Kt l(i (îreco! Il est bien plus exceiilrifjue encore (jue Ilibera, ce (irec, Domenico Theotocopuli , qu-i s'était formé chez les Vénitiens , autour du Titien peut-être, puisrpie le Titien ne mourut qu'en I .">7(» et que le (Jreco

1> ..\LKItlF. IKIU.IliK.

i'Uùi n«' vers l.')V>. Il ;i <raillt'iirs plus (ranalonie avi'c If Tiuloivl ((u'avec le Titien, Il seinhle avoir pris du Tinloret s<'s tons verdàtres et bronzins très-singuliers, et aussi lexam'raiion des tournures et des mouvement. Ce qui lui appartient en propre, re sont ses effets de couleur bicorne et fantaNti«pje. pareille aux n-llets d'une matière phosphorescente sur les objets ambiants, (irand artiste néanmoins, nialprè s<'s bizarreries, et (pii eut riiontifur de former Luis Tristan, un dr's initiateurs de Velazquez , Juan-llautista Mayno, Pedro Orrente et autres i)eintres liabilesqui suivirent la tradition des Vénitiens, importée? à Tolède j)ar ce Grec égaré et enragé.

Il n'a dans la paierie qu'un portrait, bien étrange et très-magistral : on croirait que la tète est peinte par Tintorel. Il parait que c'est le portrait d'.Monzo de Ilerrera. l'ami de Fernandez Navarrete le Mnri.

MM. Pereire possi-dent bien d'autres tableaux du (Ireco : une douzaine peut-être , et des plus notables dans son «euvre. Ouelques-uns ont une hauteur démesurée, quatre à cinq mètres, sur un mètre de largem! La folie du (îreco s'étendait jusqu'à la forme de ses c;idres, ol)serve justement M. Louis Vianlot, dans sl's biographies annexées au volume sur les Afust^rs d'Kspngitr.

Les autres espagnols n'ont pas eu jusqu'ici les honneurs de la grande galerie et des pièces d'habitation. On n'adopte pas volontiers dans sa vie privée la férocité ou le mysticisme de la peinture espagnole : des martyres, des vierges douloureuses, des tètes couronnées d'épines, de tristes machines religieuses ou de sanglantes mêlées. Mais, dans les résenes de la collection, vous pourriez étudier la plupart des maîtres esp.agnols sur quantité de leurs œuvres bien authentiques, souvent signées et datées : Zurbaran , Alonzo Cano, Luis Tristan, les Ilerrera, les Carducci, Mateo Cerczo, Pedro Orrente, Esteban Marc, les C.amillo, IcsCastillo, Eugenio Caxes, \nlolinez, Pereda, Valdes Leal , Claudio Coello; peut-être même Rodriguez de Tolède, Juan de Juanes et Morales.

Le fécond Goya termine cette série d'Kspagnols illustres dont il ressuscita le style, la verve, la couleur, à plus d'un siècle de distance. Son portrait de la duchesse d'Albe, en buste, de grandeur naturelle, est exquis. Dans un portrait d'enfant, vu de face, il rappelle Velazquez, presque à s'y tromper. On voit aussi de lui, dans l'appartement de M"" Isaac Pereire, la charmante Manoli, debout, qui avait tant de succès à l'ancien musé'e espagnol du Louvre.

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De l'école allemande 11 est diflicilc d'avoir des chefs-d'œuvre, plus encore que de l'école italienne, mais par d'autres raisons. La grande école allemande n'a duré qu'un moment, — un demi-siècle, et véritablement elle ne compte que trois ou quatre artistes supérieurs : Diirer, Holbein, Cranacli, Martin Scliœngauer; réserve faite des maîtres primitifs, depuis Willielm et Stephan jusqu'à Wolilgeniutli. Sans doute, il y a autour de Diirer, et presque jusqu'à la (in du xvi* siècle, des peintres d'un grand caractère, comme Griinewald, liurgkmair, Altdorfer, Beliam, Schàuiïelein, Pens, Aldegrever, de Bruyn, Lucidel, etc., mais leurs tableaux ne sont guère sortis de l'Allemagne, et, sauf quelques portraits, ils ne conviennent point aux galeries particulières. Au xyii*" siècle , il n'y a plus d'école allemande : les artistes du pays s'en vont travailler chez les Hollandais, comme les Ostade, les Netscher, Backhuysen, Lir)gelbach, Mignon, etc., ou travailler en Italie, comme lîottenhannner, les Roos et tant d'autres, qui s'y déformèrent au milieu de la décadence. Ln seul de ces émigrés, Adam Hlzheimer, conserva une originalité très-particulière et il eut même une influence lointaine, jusque sur l'art llamand, par son élève Teniers le Vieux, jusque sur l'art hollandais, par ses amis et sectateurs, Lastman, Bramer et autres. Au xviii'' siècle, toujours l'émigration et le pastiche, et (piel([ues-uns y conquirent une renonnnée (pii dure encore, par exemple iJalthasar Donner et IJaphael Mengs, l'un (pii semblait presque ressusciter Rembrandt, l'autre ressusciter Raphaël, ou pour le moins Guido Reni!

Nous avons ce Denner et ce Mengs dans la grande galerie du rez-deciiaussée : un portrait d'iiomme, par Raphatl Mengs, et une Vieille femme, peinte à la loupe, par Denner; on poiurait la mettre en pendant à riiorribli! Vieille ' du Louvre (n" 117), payée 1S,'.>00 francs à la vente

1. « Les UililiMiix (le Denner (illVenl ce cnle utile |>mir le> iiniiiteurs d'-iH, qu'ils |imuvenl la fausseté de l'axiome en vertu (lii(|uel le plus tirand mente en |K'intuie eonsisterail à repriseii 1er la nature jus(|u'ii faire illusion. Si te |innei|K' était \rai, Ik-nner sci'ait le plus i^iaml peintre (|ui ail )amai> vécu ■ ( \\'aai.'en, Mmi-'i ■'•■ ' /■•-'•>irr thlu /iriiilinr. I 111. p :"M

20 GALKlUh l'KUKIUK.

(If M. (le Moiiiv. fil \syi. l'dur cf llf >oiniM«'-l:i. on aurait un |MMlrail d»- Hfinbrandt «u d»* van Dyrk !

Ih'iiiier rt'|K'iidaiU a fait qufl(|U('fois i\r la pfiiilurf tolt-rable. Ce n'ftait point l'adresso qui lui manquait, pas |)lus qu'à son compatriote Diftiirk; c'était le sentiment artiste et poétique, (Juand il se relâche un peu de son procédé minutieux, il n'est pas plus mauvais qu'un autre. In second portrait. Vieillard, vu à mi-corps, est exécuté dans cette manière plus larj;e et dans une gamme de couleur brunâtre qui cherche l'école de Hembrandl. I^ portrait de Vieille est signé d'un monogramme composé des lettres lU) avec un J, à ce qu'il semble. Denner aurait-il eu encore, tiutre son prénom Halthasar, un autre prénom commençant par J ?

IMazer va bien après Denner. Il est assez peu connu en France, et l'on n'y rencontre guère de ses tableaux. Mais on en voit dans plusieurs musées de l'Allemagne, par exemple huit au nms«'e de Dresde, deux au njusée de Nienne, deux au musée de (iassel, etc. Il en a pass«' deux à la vente l^roy d'Kliolles. Paris, février ISO! : Ariiuw ronsolrc par liarrlms et le Combat drs Criitaurcs cl des fjtpit/irs, vendus ensemble 1 1 .^(►0 francs î d'est cher pour une peinture si fausse et si maniérée. Il n'y a pas de peinture plus tapotée et plus p.i|)ill()tante «pi» relie de Plazer, plus malsaine pour le regard. La couleur brillantee miroite comme des verroteries et fatigue les yeux. On a peine à distinguer les formes dans les tableaux de cette espèce de mosaïste : tout y est fabriqué avec la même pâte et par le môme procédé, pei-sonnages , costumes, objets matériels, paysages, et même le ciel. On peut très-bien juger IMazer d'après sa Barilumale de la galerie Pereire, composition éclatante, avec grand nombre (le ligures autour du Bacchus trônant sur une estrade et appuyé sur un tonneau, avec des Amours en l'air qui portent des guirlandes, avec des accessoires de toute sorte, jonchés sur le sol.

Né à Vintschgau (Tyrol) en 170^, Johann-Niclor Plazer mourut à Kpan (Tyrol) en 17(57.

Re|)osons-nous de ces maniéristes, avec le brave Klzheimer. Son tableau de la galerie Pereire est un de ses meilleurs : petit paysage , harmonieux et poétique , avec l'épisode du Bon Samaritain , en figurines. Rembrandt a traité plusieurs fois ce sujet, en peinture et à l'eau-forte, et, une fois, comme Elzheimer, il en a fait aussi l'accessoire d'un superbe paysage. Ce tableau de Rembrandt, nous l'avons vu dans la collection du prince Czartoryski, hntel Lambert.

Encore deux peintures de l'école allemande : un fin paysage, assez arcadique, de Paulus Ferg, né à Vienne et mort à lx)ndres, et un petit |tortiait de Vieille femme, daté lôSS. On l'attribue à llolbein; je le croi-

Ui'

iilLlA.

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rais plutôt de Baitholomé de Bruyii. S'il était de Holbeiii, il aurait été peint durant le voyage que le grand portraitiste, établi depuis longtemps déjà en Angleterre, fit, cette année-là, sur le continent. Car la femme parait être Allemande.

Maintenant nous n'avons plus à étudier que nos hollandais et hos flamands, qui sont nombreux et intéressants à l'hôtel Pereire. Les deux grands maîtres des deux écoles y ont chacun un chef-d'œuvre : Rubens, une splendide composition mythologique ; Rembrandt, un superbe portrait.

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Ir. y a de superbes Rembrandt dans les collections particulières de Paris, il n'y en a pas qui soit de plus belle qualité que celui de la galerie de M. lîmile Pereire. C'e.st le portrait catalogué |)ar Smith, n" 3/i9, comme représentant Juste l.ipse, le célèbre philologue et philosophe, né en 15/i7, mort en J()0(i. A la vente du cardinal Fesch, Rome 1845, la même dénomination fut conservée à ce i)ersonnage, dans le catalogue rédigé par M. George. .Mais cependant, le portrait éteint peint d'après nature, sans aucun doute, il ne reprt'M'nte donc puint Justus Lipsius, mort (rente-huit ans avant la date qui accompagne la signature du tableau : — Kv'i'i.

De grandeur naturelle', vu jusqu'à mi-jambes, le corps un peu tourné vers la droite, la tète pr(;s(|ue de face, riiornme est assis sur un fauteuil de cuir à clous dorés. De la main gauche il feuillette un in-folio ouvert sur une table, où se trouvent d'autres livres et une écritoire; un de ces livres a poui- titri! : liislilntioiis de Citlriii. De la main droite, abandonnée sur

I,a toile H oinifdii I niflrc M» r(>iilmi do h.uil -w 1 m Ut c. <!<• I,ir;;<*.

n GALKHIi: l'KHKlIlK.

la cui^>st^ il tient des lunettes. La lélc, énergique et irès-caractcrisée, est couronnée d'une |>elite calotte au sommet. L'ne plume, noircie par l'encre, est posée entre l'oreille et la temjK', comme au cran d'une patére. IjC motièle était donc certainement un écrivain, un savant, un philosophe, une espèce de réformateur. Ses traits an^^uleux, son teint basané, son a-il profond, trahissent les fatij,'ues du travail intellectuel. Ine lar^e simarre noire, garnie de fourrure, recouvre le costume tout noir. Seulement, une fraise plissée dessine autour du cou un demi-cercle blanc, sur le(piel s'enlève le visape. La lumière, ménagée dans tous les accessoires, lie frappe cpie là, sur ce front méditatif, et sur la main (jui touche le livre. La tète (pii pense, la main <\u\ agit, c'est tout l'homme que Rembrandt, par un artifice singulièrement expressif, a voulu représenter. Rembrandt est comme cela : il peint le caractère, la vie intime, l'âme. D'autres portraitistes, van Dyck lui-môme bien souvent, mais par exemple Rigaud pres(]uc toujours, peignent les étoiïes, les velours, dentelles et falbalas, qui enveloppent la personnalité de leur modèle. — L'habit ne fait pas l'homme.

On pourrait dire, dune façon générale, que Rembrandt aiïectionnait trois gammes de couleur, (pii se rapportent aux trois périodes de son œuvre, bien (juc ces dominantes variées s'enlre-croiseiit parfois dans ses peintures de toutes les époques. D'abord, il est surtout clairet argentin, dans sa première manière, jusque vers KiAO. Puis, de l('>^l) à 1(>50, il tourne aux tons dorés et fauves, comme la couleur de la peau de lion et de la peau de tigre. Puis, l'or se fonce et brunit dans des tons plus roux. 1^ Ij-ron d'iinntomit', la Ronde de mtit, les Syndics, représentent assez bien ces trois modifications quant à la couleur.

Le portrait de la galerie Pereire appartient à la seconde manière, à la qualité fauve, — lOià, deux ans après la Ronde de nuit. C'est le moment de la toute-puissance de Rembrandt. Au commencement, il n'a pas celte magie; à la fin, il n'a |)lus celte mesure. Pour moi, je ne dirai pas que j'aime mieux Rembrandt à telle date qu'à telle autre. Je l'aime de son commencement à sa fin. Mais cependant la Ronde de nuit est peutêtre son chef-d'œuvre. Ses portraits les plus extraordinaires sont aussi de ce temps-là, par exemple l'incomparable lady de la galerie van Loon et V Homme au fauron de la galerie du marquis de Westminster, l'un et l'autre datés Kî^.T. La Femme à ithentuii, de llucLingham Palace, e^t de \(Sh\, et madame Six, de la galerie Six van Ilillegom, est de 1(V^7. Kntre ces deux dates tout est parfait. Je sais bien que le portrait de Jan Six, le plus beau de tous les portraits en buste, semble dater des dernières années de l'artiste, quoique Smith suppose qu'il a été peint en UShh précisément.

GALEIUE PEHEIHE. 23

Je sais bien que les Syndics sont de 10(51, que la FinnilU du musée de IJrunswick et la Fiancée juive du musée van der Hoop sont encore postérieures aux Syndics, et que ce sont des peintures prodigieuses de fougue, de couleur et de caractère. Mais toutes les mêmes qualités, seulement plus contenues, se trouvent dans la Bonde de miil et dans les œuvres peintes lorsque le maître avait autour de quarante ans.

Notre vieux philosophe avait une femme, — qui est restée en Angleterre. Espérons qu'elle viendra le rejoindre.

En attendant, il a pour proches voisines deux jeunes Hollandaises qui se tiennent fièrement dans ce voisinage périlleux. L'une est peinte par maître Frans liais, qui craignait à peine Rembrandt, dont il fut certainement d'abord un des inspirateurs et dont il subit ensuite l'influence; l'autre, par maître Aalbert Cuijp, qui eut la chance d'avoir pour père un franc artiste, et qui s'imprégna aussi du génie de Rembrandt; car Rembrandt a rayonné, directement ou indirectement, sur presque tous les peintres de la grande époque hollandaise, même sur Lastman, dont il avait reçu les leçons, même sur les peintres étrangers à son atelier, sur les Ostade et sur Paulus Potter, sur les Ruisdael et sur llobbema, sur Jan Steen et sur Pieter de Hooch, et sur bien d'autres.

La Femme, de Frans Hais, est de grandeur naturelle, vue jusqu'aux genoux — knieshik, comme disent les Hollandais, — et tournée vers la gauche. Elle porte un costume noir, tout simple; sur la tête, une cornette blanche. Les deux mains, doigts entrelacés, sont abandonnées sur le devant de la taille. Point d'accessoires inutiles : un bijou seulement au corsage.

La tète se modèle grassement sur le fond neutre. Elle est fraîche comme une belle pomme encore attachée à la branche. C'est la santé dans toute son exubérance. Quelque chose de la paysanne, dont le teint s'enfleurit au grand air. Les gens du monde ne doivent pas la trouver très-élégante, mais ça se porte bien, et c'est franc du cœur comme du corps.

Les deux mains unies ensemble sont merveilleuses et rappellent les mains si étonnamment peintes dans le célèbre portrait de Jan Six, par Rembrandt. On ne sait trop comment c'est fait, par quelques touches hardies, qui accusent juste la forme et le mouvement.

Les mains sont une des dilïicultés de la peinture. On dit avec raison ((uc le gentilhomme — j'entends l'homme distingué par nature — s*' reconnaît à la main, — à l'ongle, comme le lion, (l'est aussi à la main ({u'on connaît la (lualité du peintre.

Les belles mains (pie le Titien donnait à ses nobles de Venise, par

2'i tlALKHIK l'KHKIHK.

«'Xi'inple ail jeiiiH' homme qu'on appelle X llotinnr nu gant ^ir ^73 tlii Louvre), mais dont une main d(^panlèe s'appuie sur la lianrlie ! Les délicieuses petites mains que le Corrt^pe donnait à ses saintes ou h ses nymphes, par exemple à la sainte Catherine qui reçoit sa baj;ue de fiancée avec le petit Jésus, ou à l'Anliope i\\\\ dort sous le repard du satyre, au musée du Louvre, n- 27 et !ÎS!

Van Oyrk éj^alement est renommé pour la distinrti(Mi des mains dans SOS portraits, mains délirâtes et musquées, peu capables d'action, maniérées souvent, presque toujours dans des poses pareilles, et qu'il avait le défaut de peindre soit de chic, soit d'après une nature étranpére à son modèle.

l'hilippe de Cliampaigiie encore soigne les mains de ses portraits : les mains du cardinal de Richelieu, celles des Religieuses de Port-Royal, n"* 87 et 83 du Louvre, sont admirables pour leurs convenances avec les personnages; mais, d'habitude, ses mains sont mortes et immobilisées comme un plâtre moulé, par exemple dans le portrait d'\riiau{| d'Andilly, ir SS du Louvre.

Le diflicile est de faire la main vivante, agile, qui Sf réunie ou qui va se remuer. Vraiment. la main, cet instrument délicat, si compliqué, si adroit, est la merveille (1(> l'organisation humaine, nu rlicf-d'o-uvre de mécanicpie.

Il y a peut-être à dire sur Tinvention de la tète humaine, et il n'est pas impossible de lui concevoir des perfectionnements : elle serait plus commode avec des « fenêtres » en haut et par derrière ; je conviens que c'est franc de regarder en face; pourtant il serait agréable de voir en arrière, sans se retourner, et d'avoir toujours un œil au ciel, sans lever la tète. Mais, de la main, que critiquer? Elle est bonne pour la caresse et pour le combat, pour ci-selerdes bijoux et pour enlever des fardeaux; elle a des tournures coquettes ou fières; elle a des grâces imprévues, et quelquefois une irrésistible autorité; elle a une physionomie non moins .significative que la structure de la tète ou que les traits du visage. — Cache tes mains, si tu veux cacher tes vices. Montre-moi ta main et je te dirai qui tu es. N'a-t-on pas, en tout temps et en tout pays, pronostiqué la bonne ou mauvaise aventure d'après l'inspection de la main? — De même, d'après unt' main en peinture, on peut dire le rang de lartiste qui l'a peinte.

C'est ce caractère et cette physionomie des mains, que Rembrandt a exprimés mieux que ne le fit aucun autre peintre, et sur ce point Frans Mais l'égale presque. Les Hollandais en général, à cause de leur naturel et de leur sincérité, ne sont point embarrassés pour la pose des mains :

(lALEKiK Pi: Il 1:1 H II. ij

ils les mettent où il faut, et comme il l'aut. Chez les peintres emphatiques et maniérés, surtout chez les Carrache et les Bolonais, aussi chez les Français, depuis Lebrun jusqu'à David, on ne voit que des mains qui s'étalent partout et vous piquent des doigts dans l'œil. Nous conseillons aux peintres contemporains d'aller étudier, à la galerie Pereire, les mains de ce superbe portrait de Frans Hais.

L'autre portrait de femme hollandaise est d'un type plus aristocratique ; la tête est fine et spirituelle, la désinvolture élégante, le costume très-riche malgré son austérité : une robe de soie noire ouvragée, des guipures en collerette rabattue, en manchettes relevées, et à la cornette qui couronne gracieusement la chevelure; une chaîne d'or, des bracelets et quelques bijoux. Le tableau n'est pas signé, mais il porte la date : A» 163G. Aalbert Cuijp avait trente ans, et, outre qu'il connaissait bien Mierevelt, il avait déjà sans doute étudié des peintures de Rembrandt, qui demeurait à Amsterdam depuis six années. Il paraît que la famille Cuijp était assez riche, et Aalbert, bien qu'il habitât Dordrccht, ne fut pas sans aller visiter les autres villes de la Hollande.

Ce portrait, de grandeur naturelle, est vu jusqu'aux genoux. Un second portrait de Cuijp, et qui rappelle encore bien plus Rembrandt, est en buste : Femme assez âgée, pâle et presque de couleur citron. Peinture très-sévère et très-forte, avec la suscription : x.t. 49. a" 1(549. A. ruij'p fecit. On remarquera qu'ici, comme toujours, Cuijp, lorsqu'il signe en toutes lettres, ne met point de capitale à son nom. Ces signatures en toutes lettres n'appartiennent qu'à sa seconde manière.

Voici une œuvre, bien précieuse, de sa première manière, durant laquelle il signe seulement avec ses deux initiales A. C; une marine où il se rapproche de Salomon van Ruisdael, où il songe môme à Renibrandt; elle a encore ceci de curieux, qu'elle montre qu'il fut l'iniiiatcur de son jeune ami Aart van der Neer, avec qui, plus tard, il lit en collaboration quelques tableaux.

C'est à la tombée de la nuit; le ciel, un peu nuageux, laisse percer les pâles rayons de la lune mi-voilée. Cet eilet mystérieux, si souvent reproduit par Aart van der Neer, ce ciel profond et transparent sans être clair, appartiennent donc d'abord à Aalbert Cuijp, au peintre des paysages inondés de soleil, au maître lumineux par excellence, et qu'on surnomme, ajuste titre, le Claude hollandais.

Singulier artiste, qui a travaillé dans tous les genres avec une égale supériorité : un des premiers portraitistes, après Rembrandt et à r(^té de Hais et de van der Helst ; un des premiers peintres d'animaux, à la hauteur (If Paiiliis l'otltT: un (les premiers paysiigistes. au même rang (|ue

(;.\LKIiIK l'KlilIliK.

Itiiisilacl et llolilx'in.i: un des proiiuers inarinisU.'s, uu inéine rang que \N illein van de Velde ; un des premiers peintres d'intcVieurs d'église, avant Kninianuel de Witte, son sectateur; un des premiers peintres de fruit* et d'objets immobiles, au-dessus de Jan David de Hcem. Il a même peint (les intérieurs avec scènes familières, aussi étonnanLs que ceux de Nicolaas Maes ou de Pietcr de Hoocli, par exemple \v Mangntr d'huitret. de laiirienne collection de M. Viardot.

N'est-ce point là une des facultés particulières aux artistes d'un vrai pénie? Ils comprennent tout et ils expriment tout; la nature entière est leur domaine. Rembrandt faisait aussi le paysage et la marine, le gibier njorl, et même un Bœuf ^corrht\ Personne n'a mieux peint (pie Velazquez les poissons et les fleurs.

l-a marine de Cuijp est presque monoclirome, dans le sentiment de van Goien, de Salomon van Ruisdael, quelquefois aussi de Jacob van Ruisdael, même de Rembrandt et de sas sectateurs en paysage, de Philip Koninck entre autres. L'eau, les premiers plans marécageux, les lointains, tout est d'un roux harmonieux, extrêmement fin de ton, avec (les dégradations infinies, qui ne sortent point de la gamme dominante, ('/est plein d'air, et l'on voit très-loin et très-<listinctement dans cette domi-obscurité. La signature A. C. est en bas à droite, sur un bout de terrain.

Ce tableau rappelle assez un paysage très-original de la galerie Suermondt à Aix-la-Chapelle, une C/itmmitW au viilini des diinct, sorte de grisaille rembrancsque, évidemment inspirée par les eaux-fortes qu'avait publiées Rembrandt. Nous en connaissons d'autres enœre, du même style et du même ton, chez M. Dupper à Dordrecht, chez M. Blokhuijzen à Rotterdam, au musée de lierlin et ailleurs. Seulement ils portent la signature entière, ce qui semble les classer dans une période postérieure, intermédiaire sans doute entre la première manière et la manière décidément personnelle qu'Aalbert Cuijp adopta dans sa maturité et jusqu'à sa fin. — Il faut croire que Rembrandt l'a longtemps tourmenté !

In grand tableau, de ce style tout personnel à Cuijp, orne un des salons du château d'Arminvilliers. Il est comparable aux chefs-d'œuvre qu'on rencontre dans plusieurs galeries de l'Angleterre et au grand paysage du I^ouvre (n" 104), avec le pâtre et son troupeau. C'est aussi un troupeau de vaches blondes et brunes, couchées parmi les hauts herbages, dans un paysage radiant.

In cinquième Cuijp représente le Dâpart pour In cIuimc. Devant une habitation ombragée d'arbres, un gentleman à cheval, un piqucur et des chiens, dont un grand lévrier jaune. \ gauche, la campagne découverte

et un ciel de matin. L'exécution de cette peinture est très-soignée, même un peu mince, contre l'habitude du maître, et, malgré la puissance du ton, l'effet paraît sec et un peu métallique.

Je ne crois pas qu'on puisse citer de plus beaux van der Ncer que ceux de la collection Pereire, surtout que l'Effet de mût, où l'on remarque des filets de pêcheur étendus sur des perches au bord de l'eau. Le paysage est doucement éclairé par la lune, qui argenté de ses reflets la surface des canaux et jette des tons de perle sur les terrains. Dans les compositions avec de grands massifs d'arbres, la peinture de van der Neer pousse au noir assez souvent, à cause des bitumes dans les ombres; ici, comme le site est découvert, la couleur primitive n'a pas varié dans le clair-obscur et elle a conservé toute sa transparence.

Van der Neer est aussi habile pour les Efléts d'hiver que pour les Effets de lune. II a fait aussi des marines et des paysages ordinaires, sans neige ni glace, et en plein soleil, par exemple une marine de la galerie d'Arenberg, datée de 164â, et qui rappelle à la fois Salomon van Ruisdael et Aalbert Guijp, par exemple le grand et superbe paysage de la National Gallery de Londres, provenant de la collection Érard, et dont les figures sont peintes par Guijp, qui a signé en toutes lettres, à côté du double monogramme de son ami : AV DN. — Les van der Neer de la galerie Pereire portent aussi ce monogramme, sans date.

Deux des Jacob van Ruisdael représentent des Cascades; l'une, assez froidement peinte, rappelle de trop près van Everdingen; l'autre offre davantage les qualités particulières à van Ruisdael. Quoiqu'on estime beaucoup Ruisdael dans ses Cascades, qui se vendent très-cher, ce n'est pas là cependant qu'il témoigne de sa puissante originalité, puisque, très-probablement, il n'avait jamais vu ces sites norvégiens et qu'il les peignait d'après les dessins que son ami — et peut-être un de ses maîtres — Everdingen avait rapportés des pays septentrionaux. Le génie hollandais a besoin de voir ce qu'il peint. C'est avec un buisson au milieu des dunes, avec un champ de blé, avec une tempête sur le bord des digues de sa Hollande, que Jacob van Ruisdael a fait ses chefs-d'œuvre. J'aime mieux sa moindre Entrée de forêt, ou quelipie cabane de bûcheron perdue sous les chênes, que ses plus célèbres Cascades, parmi des rocailles amoncelées et des troncs de sapins fondrovés.

Nous avons Injustement un petit Jntérieitr de bois, exlrêmemciit original, et qui api)artient à sa première manière. Il est toujours curieux d'étudier les grands artistes dans leurs commencements. Ils y ap|)(>rtent la franchise de la jeunesse, des in)pres.sions neuves et toute la naïveté de leur caractère propre. Vivent h-s jeunes! Il n'y a guère, <lan>. riii^ioire de

38 (.M.KUIK l'KUKIIlK.

larl. f|m' drs saiivajîcs comino llcinhratKU et Kraiis Hais r|(ii soicnl encore meilleurs — si c'est possible — à leur lin qu'à leur dél>ut. Uaphael, qui helas ! n'eut pa.s de vieilless<>, Hapliatl lui-inùme n'est peut-^lre pas si entraînant dans sa troisième manière «pn; dans la première. Pour moi, je préfère la lltllr Jardinière à la Stiinir lùnnille de 151 S, et beaucoup de connaisseurs préfèrent le Mariage de la Vierge, quoiqu'il soit presque copié du l'érugin, à la fameuse Tran* figurai ion.

Au commencement, — in princi|)io, — Ruisdael est d'une énergie farouche. Son coloris est intense, les verts surtout; sa touche est volontaire, et p-enée comme un travail de ciseleur. Nous avons, ailleurs, cité de lui plusieurs j)ays.anes datés de lOM», les premières dates qu'on connaisse sur ses tableaux; car une de ses eaux-forte,s est datée de \i\hiS. Il devait avoir alors autour de vingt ans. Li petite Forêt de la galerie Pereire est signée du monogramme, sans date ; mais elle est certainement de la première époque, de I(^i> ou de HSbO, au plus tard. Le ciel, orageux et sontbre, laisse tond)er en certains endroits des rayons égarés qui découpent en clair la cime des arbres, pendant que sur des plans plus rapprochés tout est envelop|>é d'ombres. Les dessous de bois sont pleins de mystères. Toute la poésie mélancolique d'un des plus nobles |>aysagistes du Nord se révèle déjà dans cette petite peinture de sa jeunesse.

Un autre lUiisdael excellent — toujours dans la galerie de M. Emile — représente la lïlaïuhisserie d'Orerreen, près de llaarlem, campagtie plate, que le maître a peinte souvent, avec les prés sur les<iuels sont étendues les pièces de toile à blanchir. Il y a des Hlam/iisserirs d'Orerreen, j)ar van Huisdael, au musée de La Haye, chez M. Dupper à Dordrccht, chez M. Suermondt à Aix-la-(;hapclle, etc.

On trouve encore un cincpiième Utiistlael. dans le cabinet de M. Isaac Pereire, — où il y a deux llo!)i)eina. Avec le ilobbema de la galerie de •M. pjnile, ça fait trois! Allons, ce fameux paysagiste, dont on s.ivait à peine le nom en France au connnencement de notre siècle, n'est plus très-rare dans les collections de Paris. On voit maintenant de ses tableaux au Louvre, chez M. de Morny, chez M. de Hothschild, chez M. Delessert, chez M. Schneider; — peut-on ajouter chez lord Heriford, qui est à moitié parisien? mais je crois que ses Hobbema, (ju'il avait prêtés à l'Exhibition de Manchester, sont restés en Angleterre, où il faut encore aller |)our apprécier la valeur de ce grand p«'intre. En Hollande même, il ne reste peut-être pas une douzaine de Hobbema, parmi lesquels le chefd'o'uvre de la galerie du baron van Brienen, le grand pays.ige de la galerie Six van Hillegom, ceux des collections de Kat et Dupper, à Dordrechi, relui de la galerie du baron Slerngrarlil ;i La Haye, les (\ou\ du musée

■■.ir l'iiitrr •!« II.nkIi.

30 r.\ij;iiii: i-kiikiuk.

van dt-r Hoop, rolui du mustH' de lloltrrdam, vie. Lvs grands dAinsiordain it de Li Haye n'en onl point !

L'n dt'sdeux Hohlx'ina, apparlenanl à M. Isiuic l'creire, oiïre le même site et pri'S(pi(' la nu''nie fonijiosiUon que le (ydèbre Moulin i) rau, de la galerie de M. de Morny '. Les dimensions ne sont pas les niêmes, et les variantes sont surtout dans la couleur et dans l'eiïel. 1^ lumière est distribuée autrement, avec moins d"éclat, mais non pas avec moins de justesse. Ce moulin plais;iit à llohbema, qui l'a répété même une troisième fois, avec d'autres variantes, dans un tableau de la magnifique galerie de lord Overstone, à Londres*. Ces répétitions ne sont pas rares dans l'œuvre de Ilobbema : le paysage de la collection llolford, qui fut exposé à Manchester, est pres(jue analogue à celui de la galerie van Hrienen ; dans celui que lord Hertford a conquis à la vente du roi de Hollande, même moulin, avec tronc^s d'arbres creusés en rigoles, que dans un des tableaux du musée van der Hoop ; nous connaissons aussi des répétitions du tableau delà galerie Steengracht. Smith, d'ailleurs, dans son excellent (Catalogue, signale plusieurs de ces duplicata.

Le second Ilobbema, appartenant à M. Isaar, une Font, est de petite dimension et il se rapproche du style de Ruisdael. Cette ressemblance tient sans doute beaucoup au caractère du site, mais les fréquentes analogies qu'on remanpie entre Ruisdael et Hobl)ema n'ont plus de quoi surprendre, depuis que l'amitié et la solid.-irité des deux grands paysagistes hollandais a été constatée par la découverte de l'acte de mariage de Ilobbema, où figure comme témoin Jacob van Ruisdael.

Le grand Ilobbema de la galerie de M. Kmile, toile large de plus d'un mètre, est tout simplement le portrait d'une maison dec-ampagne, si l'on peut ainsi dire. Le site n'a guère d'intérêt : une espèce de jardin, bordé d'urie double rangée d'ormes vulgaires, en avant d'une habitation l)ourgeoise: à gauche, une route qui se contourne sur le premier plan: le long de la route, quelques figurines, des cavaliers et une voiture à deux chevaux. Mais l'exécution fait oublier l'insignifiance du sujet. La couleur est forte et juste, la perspective bien graduée, le ciel profond et d'une lielle tonalité. On attribue les figures à Mcolaas de Helt Stokade, né à Nimègue en 101. "J. lerpiel a peint beaucoup de grands tableaux et a dememé longtemps en Italie. Pour ma part, et après avoir étudié ses grandes peintures, je ne suis pas bien sur qu'il ait jamais fait les r/o^^/^r.* qu'on lui

t. 1^ (iazrtic a rp|)rrKluil vc UIiUmii ilans 1.^ (. XIV, p. 301. î. Nous l'avons vu nou.'^-iiK^mr rhoz lord Ov.^rslonc, cl M. Waapon lo rilp aussi Han? s<"s Trrnsurcs of art cl duns son Manurl lir ihisluirr de la Peinture.

JWéi

atuilnio dans les paysages de plusieurs maîtres hollandais. Smith a catalogué, n° 30, ce Hobbema, qui a passé dans les collections Lanjac, 1808, Érard, 1832, Tardieu, 18Zil, de Morny et Piérard (n" 27 du catalogue).

En pendant à ce Hobbema, et de la même dimension à peu près, est le Berchem provenant de la vente du baron de Mechlenburg, Paris, 185à : des Animaux au pâturage, sur le bord d'un canal; cinq vaches, six moutons et une chèvre, gardés par un pâtre causant avec une femme occupée à traire une vache; au delà du canal, un village, avec tour crénelée et clocher. Effet de soir. Berchem n'a pas fait souvent de peinture aussi harmonieuse et aussi bien sentie. Habile homme, certainement, et qui savait son métier ; trop bien ! Chez lui, le procédé tue le sentiment. Il en était venu à ne plus consulter la nature , à composer ses tableaux avec une collection de pièces emmagasinées dans sa mémoire, comme les ménages qu'on donne dans une boîte aux petits enfants : il avait ainsi un bric-à-brac de rochers en carton et de figurines en pâte; une demi-douzaine de bergers, couverts de peau de mouton, et de bergères en jupon bleu; autant de vaches jaunes ou grises; un cheval blanc, un âne et un chien épagneul ; plus, des bandes de papier azuré, pour simuler des montagnes à l'horizon. Avec cela il agençait un passage de ruisseau, une scène de bergerie quelconque, dans un site italien. — Quelle distance de Berchem à Cuijp!

Ici pourtant, Berchem est très-fort, parce qu'il est plus sincère. Il a vu cet effet de soir, avec de larges ombres tranquilles, qui ont décidé un ensemble vigoureux et saisissant.

La galerie de M. Emile possède un autre Berchem tout petit, un bijou, signé et daté 1053; c'est le bon temps. Berchem est meilleur dans sa jeunesse : il touchait alors à trente ans, et il peignit encore trente années, répétant toujours la même composition et les mêmes personnages , — qu'il n'avait pas inventés, et qui appartiennent à ses compatriotes, trop iUilianisés comme lui, aux frères Both et aux frères van La<ir. — Ce petit tableau est clair et fin, très-délicat de touche; le cheval blanc y est, portant le pâtre vu de dos, avec sa peau de mouton en dolman ; mais on ne s'aperçoit pas trop du stéréotypage : la (pialilé de la lumii-re s;iuve la banalité de la composition.

Il y a un troisième Berchem, qui ne perd rien à être resté en ébauche, chez M. Isaac, où l'on voit aussi un Both dltalie, si lumineux qu'on le prend pour un Claud<'.

On attribue à Lodewig van Thielen un grand tableau de l'école de Berchem. Quel est ce van Thielen, imitateur d'un maître hollandais? Nous connaissons les van Thich'ii d' Anvers, iiolammcnt Jan Philip van

«i.M.KIIIK l'KUKIUK.

riiitltn, («Irvi' (lu jcsniU- Hanii'l ZcpTs vl liaMIr pi-inlif di' (liMirs. in' en l(US. iiKul en \M7. LocU'wif; scrail-il un (ils <\r Jaii l'Iiilip? Il faudrait voir la signal iin* du lalilcaii.

Non loin dti jX'tit lU'rrhcm, dans la galriic de M. l'jnilf. est un Adriium van de Vcldo exquis : Pastorale tr^s-poéliciue, avec un herper couclu^ priS de son trou|)cau, dans un paysai^e tendre et mystc^rieux. Première qualiti^ de ce charmant artiste, dont les compositions pourraient ^Ire tra- «luites en vers. Ce petit chef-d'œuvre, sif^né, provient d«'s collections Maudin, Kalkbrenner et llhon<'''.

Je pr(''fère encore la petite \ue dune canipapne découverte et blonde, avec des personnages microscopiques (chez M. Isaac). \driaan van de Velde est toujours très-délicat, mais il est surtout excellent, lorsque, au lieu de resserrer ses bergères et ses moutons dans un site ombreux, il se livre au plein air et disperse des figurines juscpi'à un horizon lointain. On rencontre de ces petites merveilles chez certains amateurs hollandais, par exemple chez M. Dupper, A Dordrecht. Li Phiffc de Srhereningeii. au musée du Louvre (n" 53(i), est dans cette manière fine et précieuse.

C'est au.ssi chez M. Isaac qu'on trouve van der Heijden, Pietcr de Ilooch et Terburp, qui manquent dans la paierie d'en bas. Le van der Heijden est un paysage avec architecture, très-vigoureux de ton. Le I*ieter de Ilooch représente un intérieur, avec une femme et un enfant; l'air y circule et une douce lumière enveloppe les figurines. Le Terburg est un portrait d'homme, debout, presque de face, costume tout noir, chapeau noir à larges bords; figure entière, haute d'environ hh centimètres. On dirait un Velazquez, de grandeur naturelle, tant il y a de Caractère dans la tournure et de vie dans l'expression. Les noirs profonds du costume se modèlent sur un fond neutre, d'un ton inappréciable. Ce portrait fait penser aux plus grands maîtres, non-seulement ;i Velazquez, maisàUembrandt et à van Dyck. Il vient de l'ancienne collection d' \ry Scheiïer.

Point de Metsu, mais plusieurs Adriaan van Ostade, de belle qualité. Les deux de la galerie de M. l'Imile sont .signés en toutes lettres, sans date. L'un ne contient (pfune figure, tin liurnir. le même bonhomme que van Ostade a peint plusieurs fois, notamment dans un tableau du musée de Hotterdam, et qui posa aussi pour Jan Steen, dans un tableau du même musée. L'autre réunit deux personnages, un buveur et un fumeur, buveur qui fumera, fumeur qui borra, tout à l'heure; laissez-les faire : ils sont propres à tous les exercices de cabaret: bientôt ils joueront aux cartes et ils chanteront, sans resser de fumer et de boire.

\ P.iv.' n.iOO friinrs. ii l.i \pnlo Rhoniv

3i, (iM.KHIK PKHKIHK.

l'Iiilips ^^lHnv^•nnall n'i'st repivst'iii»- dans la j,MKMie lU- M. Aiiiile (|ue pai- un seul tal»k'au, très-capilnl. une hoirc iiu.r rhcvmu\ romposilion riche el animée, avec groupes à pied et à cheval, des maquignons et des paysans, et une Iwlle rangée de chevaux à vendre. M. Isaac possède aussi dans ses appartements deux beaux Philips Wouwerman.

En marinistes, nous avons Willem van de Velde, une grande marine, eiïet de calme, avec hcauroup de navires; elle a pour pendant une autre gran<le marine, |)ar I/ieve Verschnur. de Rotterdam, l'habile sectateur de Willem, et f|ui alla ensuite se mélamor|)h(»ser en Italie. Yei-schuur est un maître .issez rare hors de la Ilollan*!»'. mais on le trouve en bons exemplaires au musée d'Amsterdam et au mus<''e van der Hoop. Nous avons encore Zeeman. qui parfois égale presque Willem.

De portraits divers, il y en a quantité : un portrait du professeur Emilius. par Janson van Ceulen : — un |>ortrait de vieillard, signé et daté, par Theodor Haburen, maître très-rare, presque inconnu aujourd'hui, mais trés-s.ivant ; — un superbe portrait de femme, en buste, avec une grande collerette à guipures dentelées; il porte la date 1(iI5 et paraît être de Ravestein ou de Paulus Moreel.sc, le disciple et presque le rival de Mierevelt: — un élégant portrait de femme, par Constantin Netscher: — un autre charmant portrait de femme, figure entière, de j^etite proportion, signé d'Eglon van der Neer, et res.scml)lanl l)eaucoup à Samuel van Hoogstraeten ; — enfin, un des plus beaux portraits de Salomon Koninrk, signé en toutes lettres et daté UShi: portrait d'homme, ji mi-corps, avec deux mains savamment |>eintes: il porte une toque el un costume noir.

Mlons! pourquoi hésiter? Venons-en aux Mieris. puisque nous n'avons pas reculé devant les Denner. ('/est la vente Rhoné qui a fourni ces |>orcelaines, trois Willem Mieris, dont la SMitrtion. vieillard qui voudrait jouer avec une poupée; un van der Weriï. petite Fnmncnur. qui se peigne en plein champ: aus.si le tableau était-il intitulé Sràtr rhampflrc, dans le catalogue de vente. I.a SMurtion a été payée prés de 2.000 fr. : mais un autre Willem van Mieris n'a-t-il pas été payé (>.500 fr., à la vente Piérartl, par M. d«' Galliera!

Le Slingeland vient aussi de la vente Rhoné '. Assurément, c'est le chef-d'œuvre de cet habile élève de (ierard Dov. La Uçon de musique, deux figures : une femme, en jaquette bleile et robe de satin blanc, est assise de face, prés d'une table couverte d'un tapis rouge uni ; de la main droite elle tient son petit épagneul. de la main gauche, un cahier de musique, ouvert sur son giron. Le maître de musique, debout, accorde son violon.

I l'.tv.

GALl'.HIK PEHEIRE. 35

en (aisanl des mines aimables. Fond d'architecture, avec percée sur un parc. La signature, délicatement écrite P. r. SUngdand, est suivie de la date 1683. Que de temps il a dépensé sans doute à polir cette peinture si proprette et si minutieuse !

Tout cela finit par van lluijsum, le dernier des peintres hollandais, — le dernier dans l'ordre chronologique. Lorsqu'il naquit en 1082, toute la génération de la bonne école avait déjà disparu. Personne n'avait plus la moindre inspiration et personne ne savait plus peindre. Lui, il appliqua à ses bouquets de fleurs le procédé de (Jerard l)ov et de Slingeland, — la patience, et il fit de petits prodiges — relatifs. Car, en conscience, tous les bouquets de van lluijsum ne valent pas, comme peinture, un pot d'Adriaan Brouwer. Enfin, puisqu'il a pcintjusqu'au milieu du xvin'' siècle, ne lui demandons pas la verve, l'ampleur, la maestria des artistes qui avaient illustré la Hollande un siècle auparavant.

Le Bouquet qu'on voit à la galerie de M. Emile Pereire est de la plus fine et de la plus harmonieuse exécution. Aussi ce petit tableau a-t-il été payé près de 20,000 fr., le prix d'un bon jardin tout en fleurs parfumées. 11 est signé, comme d'habitude, en toutes lettres : Jan van lluijsum.

J'ai réservé, à la fin des Hollandais, deux maîtres presque inconnus en France et qu'il convient d'y faire connaître : Aalbert van Keijeren et Jan van der Meer, ou Vermeer, de Delft. Dans la galerie de M. Isaac Pereire est un Cêoyniphc de Vermeer, et au château d'Arminviiliers il y a des Poissons de van IJeijeren.

On ne sait ni la date de naissance, ni la date de la mort d' Aalbert van Beijeren. On ne sait pas même où il est né. Hien de sa biographie dans les anciens auteurs, ni dans Houbraken, ni dans van (iool; huit lignes seulement dans van Lynden et van der Willigen, mais sans renseignement aucun. Et cep(!ndant ses tableaux ont toujours été très-estimés en Hollande. Les catalogues de ventes publi((ues, réédités à La Haye en 1752, par Gérard Hoet, et complétés en 1770 par Piet<M- Terwesten, indi(|uent un certain nombre de van Beijeren vendus à des prix honorables, depuis la fin du xvir" siècle. En 109(5, à Amsterdam, il en passa trois à la même vente; en 1713, à La Haye, quatre; en 1720, à Dordrecht, un; en 1740, 17/|3, 1750, 17()2, à La Haye, cin(|. Toujours des poissons, des écrevisses, des huîtres ou des fruits. Les prix vont de 10 à 20 florins, sonnne Jissez haute pour répo(pie, (piand, aux mêmes ventes, on a Frans Hais et Melsu à 1 1 florins, cl à 1 T) florins le portrait de l'inqjrimein- Frobenius de Bàle, par liolbein ! — à supposer (|ue les caUdogues ne trompent pas sur les attributions.

H faut rcniarqin'r que, dans le catalngiic dr la vente faite à Amslei •

:»• <;\Lr.i;ii: ikiikihk.

«Iniii m \t\\H\, le pivii<nii csi \;ilbiMl. cl (|m', dans If c;ilali)j;ii(' do 17 15, If piviioni l'st \dii:uiii ; d iiis les aiilres c:iLilo;;u:*s, il n'fsl indiqua que par l'inilial**. I ii liio^^raplie tout récent, M. Ohristiaaii krainin, d'Ctreclit, propose Ahraiiaiii, h'u'ii (|(ie le prénutn Aalberl semble avoir toujours été adopte, de tradition, par les Hollandais, et aiijonrd'liiii enexire par les rédacteurs des catalogues des musées d'Aujslerdani et de Hotlerdam, où l'on admire trois tableaux de ce maître, ("..ir, à défaut de ren»«'ij;nements bio(;raplii(pie$, nous avons du moin» d'excellentes leuvres qui placent van lU'ijeren au premier ran^ dans s;i spécialil(^ Le malheur est qu'elles sont signées seulemi'nt de son monu^^ramme, composé des trois lettres accolées : AVn, et presque toujours sans date; nous n'en connaissons par nousméme (pi'une seule (pii sjit datée, UM\, à la galerie de M. Uarthold Suermoiidt, d'Aix-la-t^hapelle. On eu trouve une autre, datée 1«<73, et représenUint un co(| plumé, une perdiix, un verre, une oian};i', dans le catalof^ue de la belle collection de .M. Nicolaus lludiualcker, à llambur;,'. M. krainm cite, de plus, les dates I(5.')(> et I(W).1. Mittniis donr rpie \an lleijeren travaillait de KS.^O à U\70.

Outre ses tableaux des nnis^'es d'Amsterdam et de Hotterdam.dont nous avons parlé dans nos volumes sur ces musées, outre les tableaux de la galerie Suermondt et de la galerie lludiwalcker, on en voit encore d'excellente dans plusieurs collections hollandaises, et en Belgique chez M. Leys, le peintre d'Anvci-s, chez M. Cremer, à Bruxelles, etc. De l'autre coté du Uliin, il devient très-rare, et parmi les musées de l'Allemagne, il n'y a pcut-étœ que le musée de Dresde (pii possède un van lieijeren, poissons de mer, crabes, etc. (n" l/l'i) : encore le catalogue snpposc-t-il que ce maître vivait vers 1700. A Paris, je ne crois pas qu'il y en ait d'autres (jue celui du château d'Arminviir»rrs et deux que j'ai rapportt's de Hollande, (lelui de M. Isaac IVreire a été restauré dans les ateliers du Louvre, où personne n'a su à (pii attribuer cette forte peinture, bien (pi'ellc soit signée du grand monogrannne, ti'ès-distincl. In des miens, je l'ai expose quehpie tem|)s dans l'atelier de M. Haro, où il a fait l'admiration des artistes et des amateurs, d'Kugéne Delacroix comme de .M. Ingres, <pii a été jus(|u'à appeler ce maître inconnu : « le Raphaël des pois.sons: » c'est sa manière pour dire : tout ce (pi'il y a de mieux. Mais Haphaël n'a rien à voir avec ces Hollandais. C'est |>iutôtànembrandl (pie van lieijeren ferait |)enser, à cause de sa .science profonde du clairobscur, de la puissance et de l'harmonie de son coloris. 11 est sûr que le grand |)einire llantand Snydt'rs iw parait qu'un décorateur à côté de van IJ<-ijeren.

Il faut nou^ pardonner un peu de passion, lorsque nous rencontrons

CAL Kl! Il-: l'KlîLlIii:. 37

ces maîtres de haute qualité, avec lesquels nous voudrions lainiliariser les amateurs français, et surtout quand il s'agit de van der Meer de Delft, de ce grand artiste oublié, que nous avons commencé à remettre en lumière. Aussi bien, il mérite place à la hauteur de Pieter de Hooch, de Metsu, de Terburg, de Jan Steen, des premiers maîtres de l'école hollandaise. Assurément, il est un des plus originaux, des plus fantasques, des plus variés, après Rembrandt, dont il procède, d'ailleurs, sinon directement, au moins par l'intermédiaire de Carel Fabritius, le plus intime adhérent du maître, dans toute la pléiade rembranesque.

Lorsque j'ai commencé à étudier ce « sphinx, » je connaissais seulement son paysage, du musée de La Haye, la Laitière et la Façade de maison hollandaise, de la galerie Six van Ilillegom à Amsterdam, la Liseuse, du musée van der lloop, le portrait de femme, de la galerie d'Arenberg, le paysage, de la galerie Suermondt. Successivement j'en ai découvert une trentaine d'autres, en Hollande, en Helgique, en Allemagne, en Angleterre, et aujourd'hui je pourrais presque refaire un catalogue de son œuvre et presque restituer sa biographie. Peut-être publierai-je, ici ou ailleurs, une espèce de monographie sur ce ressuscité.

En France, combien compte-t-on de van der Meer? Dans les collections de la province, j'en connais deux : à Cambrai, chez M. Dumont, un Céofjraplie , décrit, dans cette Revue même, par M. Paul Mantz, et dont M. Neven à Cologne possède une répétition; à Marseille, la Lettre, provenant d'une vente de Lebrun et appartenant à M. Dufour. A Paris, je ne connais que la Femme à sa toilette, chez M. Henry (Jrevedon, la Peseuse d'or (ou de perles), provenant, je crois, de la première vente Laperière, chez M. Casimir Perier, et V Intérieur de elinmbre, catalogué (n" 81), dans la galerie Delessert, Pieter de Hooch, mais (|ue je tiens pour un van der Meer. Je dois ajouter que moi-même j'ai deiiv van (1er Meer, un Intérieur de ville, rap|)orté de Hollande, et une </<7///r //•/«///<' au elaveein, provenant de la collection SoUy, vendue à Londres, après la cession que Solly avait faite d'une partie de ses tableaux au nmsée de Rerlin.

La galerie de M. Isaac Pereire fournil une nouvelle concpiètcà ma liste. Le tableau rej)résen te un (iâograplie, pendant du CiVr^^/v//;//*- appartenant à M. Dumont, de Cambrai. 11 est daté 1(5(35, mais je n'ai pas encore pu découvrir la signature, si elle y est. Je n'avais jamais rencontré (lu'une .seule autre date sur une i)einture de Vermeer, — 1(55(J, — sur le t;ibleau du nmsée de Dresde (n° 1432), avec quatre figures de grandeur naturelle et tout à fait dans le style et les praticpies de Rembrandt. Van der Meer n'avait alors — l(}5(} — (|ue vingt (jualre ans, puis(|u'il est né

(JALERIi: PElîElRi:. 3'J

signatures de l'ieter d(! Hoocli. Outre la sympalliie qu'inspire un talent supérieur, n'y a-t-il pas plaisir à restituer une personnalité injustement éclipsée?

Rubens manquait à la collection de MM. Pereire, — car ce grand peintre n'était pas dignement représenté par un buste de Vieillard à barbe blanclic, dans la galerie du rez-de-cliaussée, — lorsque M. Isaac a acheté V Apollon et MidaSy provenant d'une galerie anglaise : six figures entières, à peu près de la proportion des figures de la Fuilc de Lotli (n" /r25, au Louvre). Ces compositions avec de petites figures sont très-rares dans l'œuvre de Rubens, et très- recherchées; car ce sont presque les seules qu'il ait peintes de sa main. Dans les « grandes machines, » les élèves y sont toujours pour beaucoup, par exemple, dans la série du Louvre sur Marie de Médicis. Ici, Rubens lui-même se reconnaît à l'incomparable qualité d'une couleur fleurie, au charme des figures de femmes, assises à gauche, à l'ampleur du paysage où se passe la scène, aux accents lumineux répandus partout. L'Apollon, debout au milieu, est le même à peu près que l'Apollon d'un des tableaux de la galerie Médicis. Les femmes sont des portraits, et l'une d'elles paraît être le [)ortrait d'une des femmes de Rubens. Ce tableau a un éclat extraordinaire, surtout à la vive lumière des lustres, et il l'ait pâlir tout son entourage. Je suppose que cette belle composition a dû être peinte aussi en grand, et peut-être gravée, car j'en ai vu passer dans une vente publique un dessin qui semblait être un dessin de graveur.

Un seul van Dyck, dans la galerie de M. Ivuiile : Portrait de la reine Henriette d'Angleterre, femme de Charles I<'^ Elle est debout, vue jusqu'aux genoux, tournée vers la gauche, les deux mains croisées contre la taille. IDe l'idni guipure d(;ntelée couvre pres(pie tout le cyrsage de sa robe d'épaisse soie jaune citron; cette étoile est superbement peint»', surtout dans les manches à larges plis. Pour ceinture, un ruban noir. A gauche, sur une table, la couronne royale, ornée de perles et de pierreries. La tête est sérieuse et même mélancofKpie.

Van Dyck a lait, dv cette pauvn; reine, bien des portraits, conservés à Windsor, à llamplon Court, et dans les collections de \n ncbiliti/ nu-

UO liM.llllK l'KUr.ll;K.

plais»». (!rlui-ci pourrait l»i«'n avoir vU- touché en certains endroits par le chevalier I^ly, qui, arrivé à Londres au momont «le la mort de van Dyck, recueillit quantité de tableaux du praïul peintre <lont il s'eiïorrail decontiiuier le style et la pratique.

David Teniei-s le jeune ne manque puérc nulle part : M. Isaar en a deux excellents. Dans la galerie de .M. Kmile, une Tntiatiou de miint Antflinr, tableau de fine qualité, provient d'une vente célèbre, où il a été payé cher. Réserve faite de quelques iuiliens inébranlables — et introuvables,— comme Ra|)liarl, le Vinci, le Corrépe, — Teniers est presque le .•^eul maître dont la valeur .se soit toujours maintenue, au travers de toutes les variations de la mode, des systèmes et des caprices qui influencent le f^oût des curieux. Hubens et van Dyck eux-mêmes avaient baissé, sous le régne de l'école académique, au conmiencement de notre siècle. Les hollandais surtout eurent des fortunes bien diverses : on a vu le chevalier van der Weriï glorifié, tandis qu'on négligeait .\albcrt Cuijp et même Rembrandt. Teniers a toujours été en faveur, parce qu'il plaît à la fois aux artistes et à la foule. Le génie est souvent contesté. L'esprit et l'adresse, même appliqués à des sujets sans élévation, sont mieux compris par tout le monde.

()ui croirait que van llellemont égale quelquefois son maître Teniers? Oui, il l'égale dans une grande et réjouissante Krnvrssr. signée en toutes lettres, son chef-d'uiivre, qui orne une des salles du château d'Arminvilliers.

Du vieux Peter Neefs, nous a\ons un bon I/itt'rinir d'rf/lisr; de Snyders, un Conrrrt d'oixrau.r, avec un gros chat-huant, perché sur une branche, au milieu d'un orchestre de volatiles éblouissants; de Jan Fyt, deux excellentes peintures, lièvres et gibier mort ; enfin, d'un maître trop peu connu, Joris van Son, une riche guirlande de fleurs.

Joris van Son, né à Anvers en ir)2'2, paraît s'être formé d'après Daniel Zegers, qui ne mourut qu'en 1061 ; il lui res.senil)le assez par sa manière de peindre les feuilleset les branchettes. Dans ses fruiLs, surtout dans les raisins, il rappelle souvent De lleem. C'est d'ordinaire, soit à De Ileem, soit à Zegers, soit à Weenix, qu'on attribue ses tableaux. Il vaut d'ailleurs à peu près ces maltres-là.

La guirlande qu'on voit chez M. Isaac entoure un médaillon «-n grisaille, peint par Comelis Schut. Kn bas est la signature j van son, les trois lettres de raii formant un monogramme assez singulier. Presque tous ses tableaux sont signés ainsi, — excepté ceux où la signature a été eiïacée, pour les vendre sous le nom d'un peintre plus célèbre : fraude commune dans le brocantage des tableaux.

11 y a tiois van Son au musée de Madrid et un au musée de Dresde. Le plus beau qui nous soit connu appartient à un amateur de Bruxelles.

Après cette longue énumération, faut-il dire que cependant j'ai encore passé un grand nombre de tableaux, surtout ceux dont l'attribution est incertaine. Mais cette esquisse rapide de la galerie de MM. PereiresuflTit pour en constater l'importance : il n'y a pas beaucoup de collections particulières où l'on trouve réunis, parmi les modernes : Ary Scheffer, Paul Delaroche, Eugène Delacroix, Decamps, MM. Ingres, Meissonier, Rousseau, Diaz; parmi les anciens, Claude et Poussin, Lancret, Pater, Bouclier, Fragonard et Greuze ; Botticelli et Carpaccio; Velazquez, Murillo et (ioya: Bubens et Teniers: Frans liais et Aalbert (luijp, Terburg et Ostade, Buisdael et Hobbema, les van de Velde, Pieter de lloocli, van der Meer de Delft, — et Rembrandt.

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