‹ Galerie de MM. PereireChapitre 4 sur 5 · N"' :M cl ti, |»a\c> cininiM .(() (MM) francs les ilciix · texte numérisé non relu

N"' :M cl ti, |»a\c> cininiM .(() (MM) francs les ilciix

10 t.\LKIllK IKIll IKK

WntU'nii |i(tiii° .'ivoir, i-ii i-\)'iM|ilaii°t's <!<■ |ii°i-inii «•\quis (lu xvm' siiVlc.

Iini\. Inil.» (fS inailD'r-

LU» Dirx ro^riMiKTiiii,

Talilrtu de Roorlivr.

( rnllrrltnn <1o M. I»»«c Prmr» )

Dans im aiitiv salon, rlit-z M. lùnilc. wnc Jninr Fille . de (Jivuzf. est isoloc onlro (h-ux friièlirs. Otlc t(Me pracieusp ost du ton fnme et flpuri f\\\\ rfsplrndit on rrrtainos peinlurrs do (îiruze. par «-xcniplo dans la ■Irmii Fi/h dr la rollcrdon Lirazc.

GALEHIE PEREIKt. 11

Ailleurs, c'est le Joseph Vernet, de la vente Uemidoll', Marine et paysage, ou de précieux dessins de Prudlion, ou quelque bataille du Bourguignon, ou même, dans le cabinet de travail de M. Isaac, un petit Claude Lorrain, tout ensoleillé. C'est enfin, dans la grande galerie de M. Emile, un beau portrait d'homme par Carie van Loo, une Madeleine, de Mignard, et un Poussin.

La Madeleine désolée, ses blonds cheveux épars sur les épaules, semble être un portrait ; celui de M"' de La Vallière, à ce qu'on dit. La tête a de la tendresse ; les mains sont délicates et distinguées.

Ce Mignard plaît surtout aux gens du monde. Le tableau de Pou.<sin enthousiasme les artistes : simple petite ébauche de la Jeunesse de liacrhiis, dont le maître a probablement peint aussi la grande composition ; trois figures, Bacch us enfant, derrière lui une espèce de faune au torse nu, en avant une femme accroupie; à droite, une panthère couchée. Le fond de paysage est frotté d'une brosse chaleureuse. Le torse du faune est touché comme par la main d'un statuaire , qui construit d'abord la charpente du corps, accuse les reliefs par larges plans, fait saillir les muscles où il faut, creuse d'un coup de pouce les ombres, et n'a plus, pour ainsi dire, qu'à mettre la peau sur cette forme profonde et essentielle. Chose singulière : cette figure à demi faite ressemble aux œuvres parfaites, que le temps, hélas ! a un peu défaites, — à ces superbes statues du Parlhénon , devenues frustes au grand air, qui dévore la superficie du marbre. Ah! ((ue Poussin connaissait bien la structure anatomique et les grandes pratitjues des anciens!

Avec cette certitude dans le dessin et le modelé, avec son génie de la composition, il est ici, de plus, coloriste énergique et original. Au premier aspect, la puissance de la couleur fait hésiter sin- l'attribution à Poussin de cette merveilleuse ébauche, peinte d'un seul coup, peut-être sous l'influence des Baechanales du Titien. Je dois ajouter que certains amateurs ne veulent pas y reconnaître l'exécution de Poussin et qu'ils l'attribuent au Castiglione, vaillant coloriste, aussi habile que le (iiordano à reproduire des maîtres de différents styles. Cependant la comparaison de plusieurs Poussin du musée , par exemple du i\atrisse, n" ^^i, du P//rr/ius, n" /|37, de la llarehanale, n" A'iO, peints dans le même ton et avec la même facture (jue le tableau de la galerie Pereire, ne laissent guère de doute sur son authenticité.

12 (.M.KHIi: l'KIth.lKK

Les iuUieiis ue soûl pas nuinbreux à l'Iiôlel de MM. Pert-ire. Où trouver des tableaux italiens dont rori^iii.iliiù soit incontestable 7 Depuis deux ou trois siècles, presque tous les bons italiens ont éU' classés dans les collections princit'res, devenues successivement des musées nationaux. Sauf dans (juelcjues galeries de l'aristocratie anglaise, et à Paris dans la collection Pourtidès, l'école il;ilienne est presqtie introuvable chez les particuliers, en exen«|)laires vraiment originaux et d'une (pialité supérieure. On ne saurait s'en procurer, même à |)rix énorm»', car il n'y a plus guère en circulation que des u-uvres insigniliantes ou des copies. Le Vinci, Ha- |)iiaël. Corrége, — il faut s'en pas.ser, et de bien d'autres. Pour avoir des bolonais. Dieu merci ! ce n'est plus la mo<le. Contentons-nous donc d'une (Itnii-douziiine d'italiens, rapprochés dans la grande galerie d'en bas : un Calraire, sur fond d'or, attribué à fra Angelico da Fiesole; le Christ en croix au milieu, et quatre ligures de chaque cùté; — un fin portrait, en buste, avec cuirasse, attribué à Mazzolino: — une grande composition historique attribuée au Tintoret, et qui est plutôt du Schiavone, suivant l'avis de connaisseurs expérimentés; — un Carpaccio et un Rotticelli.

Le Carjiaccio porte une signature parfaitement originale : Victoris Carpatio Veneti opus. Le maître signait le plus souvent en latin. Cette signature est précieuse, en ce qu'elle donne raison à Ridolfi, qui assure que Carpaccio était de Venise , tindis que d'autres biographes ont supposé qu'il était originaire de l'islrie. Il peignait déjà lorsque (îiorgione et Titien vinrent au monde, la même année, 1477. Il s'était formé, probablement, à la grande école des Bellini. Il a encore la gravité des maîtres [)rimitifs, et, comme coloriste, il est aussi fort dans le ton local que Giorgione lui'-méme. Sa Madone est un chef-d'œuvre de couleur non moins que de style. A droite, la Vierge, de profil, les mains jointes, contemple son b/nnbino, assis sur un coussin vert et tenant un livre; elle a un voile blanc sur la tête, une robe pourpre, avec manches jaune safran, aux |)lis cassés. L'enfant est habillé d'une sorte de tunique cramoisie, dont la tonalité rappelle les rouges intenses qu'aiïectionna le (iiorgione ; ses jambes sont nues, les petit-s pieds chaussés de rouge; sur sa tête, une calotte de la même nuance que la tunique, avec des enfilades de petites perles. Entre lui et la Vierge parait le petit siitit Jean, portant la croix de

GALEHIE FEREIKE.

roseau et adorant le futur Rédempteur. A gauche, fond de paysage trèscorrect et très-lumineux. La tète de la Madone est sévère et touchante;

Jr5^/:î

( Cullectioii (!<■ M. liuiilu Porcin-. )

celle (lu petit Jésus raNouiie d'intelligence. La gamme générale de la couleur est montée à une énergi(! extraordinaire.

Kn pendant, la Madone du Florentin nolticelli fait contraste à la Madone vénitienne. La- peinture de Hotticelli a quelque clio.se de la IVesfpie, avec ses tons pâles si distingués. Il est \v précurseur des grande

Ifi (lALKllIK l'KUKIHK.

(li'ssiiKilenrs th» KInn'iic»'. (•(miiiu' Carpucciu est k* préciirsi'ur des (;rniulK «olorisli's «N- Vonisc. On seul qu'il a été orfèvre et ^raxeur. Son trait est ferme comme iiimî ciselure, et il enserre les formes dans un contour décidé. Son dessin a la grandeur auslènî qui se remanjue déjà chez (limabue et (jui s'exagère chez Michel - Aiij^e par des mouvements excessifs.

Ce fut une belle éporpie dans l'art italien que celle phase qui précéda la Renaissance proprement dite, lors<{ue les (Wiirlandajo, Signorelli , Ilotticelli, travaillaient à Florence, les lk;llini et (larpaccio à Venise, le Mantegna à Mantoue, le Pérugin en Ombrie , le Francia à Rolo(;n«'. Léonard en est aussi, de cette génération robuste, trop sacrifiée peut-éire à la gloire du dirin Raphaël. Pour Raphaël, soit. Raphaël et Michel- \nge, (iiorgione et Titien, (lorrége, André del Sarte, Tinlorel et Véronèse, sont et demeureront l'expression suprême de la Renaissance des arts en ludie aj)rès le moyen âge. Mais quand on |)ense que les successeurs de ces grands hommes, (jue les imitateurs de Raphaël et de l'école romaine, (pie Jules Romain, Dominiquin, les (larraclie, le (luid»*, éclipsaient, il n'y a pa.s encore bien longtemps, l'école du xV .siècle et qu'on les estimait en première ligue de l'art italien! C'est peu de chose que (îiulio Pippi, à côté de Rotticelli et de Carpaccio, que les Carracci et tous les Relouais de la fin du xvr siècle et du commencement du wii', à coté de leur vieux concitoyen Francesco Francia!

I^ .Madone de Rotticelli est à mi-corps; elle tient (h-vant elle l'enfant nu et debout. Ses mains sont admirables : le maître excellait dans le dessin des mains de femmes. Il aimait les roses et il ^n a mis dans ce tableau comme dans plusieurs autres de ses compositions.

Avec les espagnols la collection s'élève tout de suite au premier rang. Velazquez , Murillo, Moya, Cano, Ribera, Zurbaran, leCireco, et jusqu'à (ioya, ils y sont tous.

C'est Velazquez qui attire d'abord, avec .son Infante, debout, de grandeur naturelle, et tournée de trois quarts vers la gauche. Li petite princesse, en roixî de .soie d'un gris argentin, éclate sur un fond neutre, avivé dans le haut , à droite, par un pan de rideau rositre. Sa chevelme blondiiie tond)i' mniji'nieiil fii bouch's frisées. Sur le dexaiil du corsage.

GALtlIîlK FEHElHb:. 15

aux épauleltes et aux poignets, quelques nœuds de ruban couleur camélia. Ses petites mains pâles et à peine envermillonnées tiennent, de chaque cùté, un pli de sa robe qui se ballonne galantement. Peut-être va-t-elle danser. On a presque peur qu'elle ne s'envole, malgré la réalité prodigieuse de cette peinture à la fois si plastique et pourtant si subtile. Le visage est d'une naïveté tout enfantine , frais de modelé, fin de ton, avec d'adorables nuances rosées. Pour les tons de la peau , Velazquez surpasse même Gorrége et Rubens, les premiers coloristes dans le clair.

Ah ! comme c'est peint ! avec quoi ? La pâte en est perdue ! Watteau en retrouva cependant quelque peu, vers le commencement du XVI II" siècle.

Cette Infante de la galerie de M. Emile Pereire ferait un digne pendant à Y Infante, en robe noire, de la galerie de M. de Morny '.

In autre portrait à' Infante, en buste, souvent attribué à Velazquez lui-même, nous paraît être de Juan-Bautista del Mazo .Martinez, élève et gendre de Velazquez. La touche en est violente, le ton extrêmement énergique. Beau morceau pour un artiste. Mazo Martinez exagérait encore la franchise d'exécution qui caractérise son niaitre.

Dans l'école de Velazquez a été peint un poitiait de IMiilippe IV, on buste, sans doute d'après un des nombreux originaux. In portrait de la femme de Phili|)pe IV, Isabelle de Bourbon, rappelle aussi ceux que Velazquez fit de cotte princesse. Il ne semble i)Ourtantpas être une copie, ot on rattril)ue à don Juan Carreno do Miranda, sectateur de Velazquez, sans avoir été son disciple.

Ces trois portraits et la belle Infante debout provionnont de la collection achetée à Madrid, ainsi que deux autres Velaztjuoz : une Adoration des Bergers, do la première manière, et assez analogue au tableau de l'ancien musée espagnol a|)partonant au roi Louis-Phili|)po; des Poissons, vaillante pointure , utilisé.' pour la déroratiou du château d'Anninvilliors.

Mais voici la trouvaille laite dans cette môme collection de Madrid ot racontée par plusieurs journaux de Paris ot de l'étranger : après avoir extrait de ces cont^iines de tableaux une ciiuiuantaino d'<oiivros très-di.stinguées, il restait encore à inspecter (piolquos vieilles toiles roulées ot oublio(;s on un coin. On on déroule une, sur le |)ar(|uot. — Tiens! c'est la mémo coni|)osition ipio les Fileiises — lus llilandtras , — le célèbre tahi.'au (!<> V<'laz(piez au nuisér (!<• M.i.liiil. Kt c'est suporbo d'oxocution ! rt

1. Mliifanli- .1.' I.i ^mI.'Iic «If M. «If M"ni\ ;i cl.- -r;i\.><- tl.m> l.i ti,i:,-llr I \l\

n. :iN!l.

Page 1